Il aura suffit du transfert de grands noms pour que la franchise d’Auckland se prenne à rêver de sa gloire passée quand les Jonah Lomu, Doug Howlett, Carlos Spencer ou Michael Jones foulaient le terrain de l’Eden Park. Les arrivées de Piri Weepu et Ma’a Nonu ainsi que les prolongations des All Blacks du club ne peuvent qu’appuyer l’ambition des Blues de remporter un quatrième tournoi, le dernier remontant à 2003. Dans mon article sur les Melbourne Rebels je précisais que malgré les arrivées de James O’Connor et de Kurtley Beale, il ne fallait pas s’attendre à de gros exploits de la part de cette franchise. Même si les Blues sont d’un niveau supérieur, je pense qu’à l’instar de Melbourne, il ne faut pas non plus les mettre sur un piédestal étant donné le manque d’homogénéité entre les lignes et de profondeur à certains postes.
En regardant plus attentivement l’effectif ainsi que les transferts sortant, on peut voir que les Blues ont perdu gros et laissant partir leurs deux ouvreurs Luke McAlister et Stephen Brett. L’absence de McAlister au Mondial n’est pas du à son niveau mais à un problème relationnel avec Graham Henry. Stephen Brett a lui aussi été étonnement snobé sous l’ère Henry alors que des joueurs comme Stephen Donald ou Mike Delany ont eu du temps de jeu. N’étant pas disposés à passer le reste de leur carrière à attendre un appel du pied, les deux joueurs sont partis voir ailleurs, respectivement à Toulouse et au Japon. Avec seulement deux ouvreurs un peu tendre dans le squad, un Piri Weepu certes polyvalent mais avant tout demi de mêlée ou un Michael Hobbs pouvant aussi évoluer à l’ouverture mais qui revient d’une grave blessure, les Blues sont très limités. De plus avec John Afoa et Jarred Payne partis en Irlande du Nord, deux joueurs expérimentés et importants à l’équipe n’ont pas été remplacés. Malgré les deux stars, le reste des arrivées concerne des jeunes joueurs et on ne gagne pas un titre sans expérience malgré tout le talent disponible.
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Pat Lam en charge des Blues pour son 4e tournoi
Le staff des Blues est inchangé par rapport à la saison dernière. L’ancien international Samoan Pat Lam reste aux commandes de la franchise qu’il manage depuis 2009. Il dirigeait auparavant Auckland en NPC après avoir débuté sa carrière de technicien comme entraîneur adjoint du XV Ecossais lors de la Coupe du Monde 2003 en Australie. Son adjoint est Bryce Woodward, technicien qui a gravi tous les échelons de la Auckland Rugby Union. Il s’est aussi occupé ponctuellement des juniors nationaux. Liam Barry fait aussi office d’adjoint de Pat Lam, dans un rôle plus proche des arrières. Egalement entraîneur en chef de North Harbour depuis l’an dernier, il a l’avantage d’être proche des joueurs n’étant pas sous contrat avec Auckland. Deux consultants sont également intégrés au staff technique. Mike Casey est en charge de la mêlée d’Auckland et des Blues depuis plusieurs saisons. Son expertise lui a permis de faire partie des staffs des Pacific Islanders en 2006 et des Samoa lors du dernier Mondial. Enfin la légende All Black Jeff Wilson est le dernier ajout et se concentrera sur les skills des joueurs.
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Jerome Kaino, l'un des flankers les plus complets au monde
Beaucoup de titulaires avec les All Blacks représentant toutes les lignes font partie de l’équipe. En premier lieu le talonneur capitaine Keven Mealamu qui a déclaré vouloir absolument remporter ce tournoi. Modèle de professionnalisme et référence mondiale à son poste, il ne semble pas subir le poids de l’âge alors que sa fin de carrière approche. En seconde ligne Ali Williams est en quelque sorte un revenant après avoir accumulé les pépins physiques entre les mondiaux 2007 et 2011. Il a su se préparer à temps avec un court passage en Angleterre pour être prêt pour la Coupe du Monde en Nouvelle Zélande. Sera t’il capable de prolonger son niveau de forme? Jerome Kaino était favori pour le titre de joueur mondial de l’IRB finalement obtenu par Thierry Dusautoir. Possédant toutes les qualités d’un troisième ligne complet, sa polyvalence et sa vitesse sont des atouts lui ayant permis de s’imposer avec les Blacks dès le départ de Jerry Collins en Europe. Piri Weepu et Ma’a Nonu ont donc quitté Wellington pour rejoindre Auckland. Piri n’était pas titulaire au début du Mondial mais à su inverser la tendance et toucher les fans pour des raisons personnelles, mais il n’est pas devenu non plus une référence mondiale en quelques rencontres. Il pourrait avoir du mal à s’imposer aux Blues s’il n’est pas fixé à un poste. Nonu a lui réussi une belle saison internationale en 2011 mais a été décevant avec les Hurricanes en Super Rugby. La signature en grande pompe de SBW en Nouvelle Zélande a finalement été bénéfique pour lui et le boxeur de chamallow n’a finalement pas soutenu la comparaison. Il pourrait cependant être fatigué car n’ayant pas pu se reposer entre la Coupe du Monde et le début du Super Rugby. Il était en effet au Japon pour participer à la Top League et vient tout juste de rentrer au pays.
Beaucoup de joueurs ont quitté les Stormers à l’intersaison, aussi bien des stars comme Jaque Fourie ou Francois Louw, des espoirs comme Johan Sadie, Tim Whitehead ou JJ Engelbrecht ou des cadres sur le déclin comme Rickie Januarie, Anton Van Zyl ou CJ Van der Linde. Si certains ne manqueront pas à la franchise de Cape Town, le gouffre laissé par les autres pourrait cependant sembler difficile à combler. De plus le départ soudain de Rassie Erasmus, en désaccord avec les dirigeants de la Western Province, a jeté un froid au Cap et Allister Coetzee est désormais le grand patron jusqu’en 2015. Pour bâtir son groupe, Coetzee a pioché au sein de la Western Province, du club voisin des Boland Kavaliers (vainqueurs en deuxième division de la Currie Cup) mais a aussi observé les performances des Maties de la Stellenbosch University et des Ikey Tigers de la University of Cape Town engagés en Varsity Cup.

Schalk Burger sera une nouvelle fois le leader des Stormers - Crédits: Gallo Images/Getty Images Europe
Il est toutefois regrettable que, à l’instar de la FFR ou de la LNR en France, les dirigeants de la Western Province prennent des décisions qui vont à l’encontre du développement et de la progression de leur franchise pour conserver leur petit confort. Alors que la possibilité de jouer les matchs dans l’ultra moderne Cape Town Stadium (construit pour la Coupe du Monde de football en 2010) a été évoquée, les dirigeants ont décidé de rester au plus petit, isolé et vétuste Newlands Stadium. La décision de laisser partir des espoirs nationaux comme Sadie, Engelbrecht, Whitehead ou Cronje pour renforcer la concurrence est également incompréhensible. Enfin en ne retenant pas Rassie Erasmus, ils se privent des compétences d’un technicien hautement réputé et affaiblissent donc leur équipe. Souvent limités quand ils atteignent les phases finales, les Stormers ne devraient pas inverser la donne cette année.
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Allister Coetzee désormais grand patron
Comme expliqué précédemment, Rassie Erasmus a quitté les Stormers en janvier 2012 et son poste de manager n’a pas été remplacé. Allister Coetzee a donc désormais les pleins pouvoirs et a même prolongé pour trois saisons de plus jusqu’en 2015. Il cumulera donc la direction de la Western Province et de la franchise de Cape Town. En poste depuis 2008 après avoir été pendant trois ans adjoint de Jake White à la tête des Springboks il était pressenti pour prendre la succession de Peter de Villiers avant la nomination de Heyneke Meyer. Ses adjoints restent Robbie Fleck en charge des arrières et des skills et Matthew Proudfoot pour les avants et la mêlée. Fleck est un ancien joueur de la province passé par Bath possédant une trentaine de sélection avec les Boks. Proudfoot a lui passé beaucoup de temps en Ecosse au point de représenter le XV du Chardon à quelques reprises. Enfin Jacques Nienaber est en charge de la défense, tache qu’il devrait cumuler au niveau international avec la sélection Sud Africaine.
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Jean de Villiers, un des plus expérimentés derrière
Bien que Jaque Fourie et Francois Louw aient quitté la franchise, il reste quelques stars à Cape Town. Avec la retraite de Victor Matfield et le départ à Toulon de Bakkies Botha, le meilleur deuxième ligne Sud Africain est désormais Andries Bekker. Malheureusement victime de nombreuses graves blessures ces deux dernières années, il n’a pas réussi à s’imposer plus tôt dans la hiérarchie. Il a désormais le champ libre. On ne présente plus Schalk Burger, à la renommée internationale de boucher mais avant tout amateur du combat et considéré comme un des meilleurs plaqueurs du circuit mondial. Déjà capitaine des Stormers, il pourrait être nommé également capitaine ou vice capitaine des Springboks par Heyneke Meyer. Enfin Jean de Villiers, peu épargné par les blessures, est le régulateur des lignes arrières grâce à son expérience, son dynamisme et sa puissance. Orphelin de Jaque Fourie, il devrait cette saison alterner entre le centre et l’aile.
La meilleure franchise de l’histoire du Super Rugby aborde une nouvelle fois la compétition avec le costume de favori. On se souviendra longtemps du tournoi 2011 où, à cause du tremblement de terre de Christchurch, les Crusaders se sont retrouvés sans stade, obligés d’évoluer dans différentes villes de Nouvelle Zélande et délocalisant même un match à Londres. Malgré toutes ces péripéties et la fatigue engendrée par les voyages, les hommes de Todd Blackadder ne se sont inclinés qu’en finale face à des Reds irrésistibles. Les Croisés ont aussi du composer une bonne partie de la saison sans quelques joueurs clés comme Richie McCaw, Dan Carter ou Israel Dagg mais le banc à su être à la hauteur. Malgré quelques départs importants, les joueurs de Christchurch ne semblent pas s’être affaiblis, une nouvelle génération étant des les starting blocks depuis l’an passé et elle devrait apporter un nouvel influx de dynamisme, essentiellement derrière. Les nombreux jeunes lancés en 2011 devraient confirmer cette saison voire même bousculer la hiérarchie établie depuis quelques temps.

Israel Dagg et Dan Carter, les deux armes offensives des Crusaders - Crédits: Martin Hunter (Getty Images AsiaPac)
Les Crusaders espèrent également (et on leur souhaite) passer une saison beaucoup plus calme que la dernière. L’AMI Stadium, dont les structures sont toujours fortement fragilisés à cause du tremblement de terre, étant indisponible, les matchs à domicile auront lieu dans un Rugby League Park rénové, le stade des Canterbury Bulls en rugby à XIII situé à Addington dans la banlieue de Christchurch.

Todd Blackadder en quête d'un premier titre
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Un temps pressenti pour prendre la relève de Graham Henry à la tête des All Blacks, Todd Blackadder s’est déclaré pas assez expérimenté pour une telle fonction et a préféré rester en charge des Crusaders. Il espère toujours remporter son premier Super Rugby, Robbie Deans étant manager de l’équipe lors du dernier titre en 2008. Après une belle carrière de joueur, Blackadder s’est reconverti en technicien lors de sa dernière année à Edimbourg en Ecosse où il occupait le rôle d’entraîneur adjoint. Il est rentré au pays en 2006 pour prendre en main les Tasman Makos, la province nouvellement crée. Il fût nommé en 2009 à la tête des Crusaders. Il est secondé par Dave Hewett, ancien All Black lui aussi, qui a remplacé l’an passé Mark Hammett parti aux Hurricanes. Il occupait auparavant le rôle de spécialiste de la mêlée. Enfin Daryl Gibson est lui en charge des arrières depuis l’intronisation de Blackadder en 2009. Il compte aussi quelques sélections en équipe nationale.
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Kieran Read, le numéro 8 des All Blacks
Le capitaine des All Blacks Richie McCaw est également capitaine des Crusaders où il évolue depuis ses débuts professionnels en 2001. Que l’on aime ou pas son style et son application aléatoire des règles du rugby, il reste un énorme champion qui sait s’adapter à toutes les situations de jeu et… à tous les arbitres. Il devrait manquer le début de la compétition suite à son opération du pied dès la fin du mondial. Kieran Read est l’autre star des avants. Au contact de tauliers comme Brad Thorn et McCaw, il a su hausser son niveau de jeu pour déloger Rodney So’oialo avec les All Blacks et être élu meilleur joueur Néo Zélandais de l’année 2010. A seulement 26 ans il peut encore progresser. Le meilleur ouvreur du monde, Mr Dan Carter, a prolongé son contrat avec les Crusaders alors que le Top 14 lui faisait les yeux doux. Après s’être blessé lors de la Coupe du Monde, il devrait refouler les terrains pour la seconde journée du Super Rugby. Une bonne nouvelle pour les croisés qui manquent de back up à l’ouverture. Enfin Israel Dagg a marqué les esprits l’an passé pour sa première saison à Christchurch. Il a définitivement écarté Mils Muliaina en équipe nationale et impressionne par ses crochets, son jeu au pied précis et ses prises de balles aériennes. Il devra faire attention à son physique lui qui a tendance à se blesser facilement. En changeant d’hygiène de vie peut être?
Les Queensland Reds sont les tenants du titre, après avoir remporté la finale à domicile contre les Crusaders. Dès son arrivée en 2010 Ewen McKenzie a réussi à mettre en place un jeu volontairement offensif qui régale les spectateurs et en faisant confiance aux nombreux jeunes formés dans l’état. Ils nous ont aussi étonné l’an passé en conservant le même niveau de jeu tout au long de la saison malgré les nombreux obstacles qu’ils ont subi (blessures plus ou moins graves, sélections de joueurs au mondial des – 20 ans à l’approche des phases finales). Les joueurs sont donc interchangeables dans ce système tant que les métronomes Quade Cooper et Will Genia sont aux commandes.

James Horwill, Anthony Fainga'a, Will Genia & Digby Ioane espèrent accrocher un deuxième succès en Super Rugby - Crédit: Darren England (The Sunday Mail Qld)
Les Reds ont laissé partir de nombreux jeunes, principalement pour les Brumbies, mais ont su conserver leurs joueurs clés laissant augurer une continuité des performances lors de ce tournoi 2012. La donne à toutefois un peu changé à cause de la blessure de Quade Cooper l’obligeant à manquer le début de la compétition. Comment les Reds vont lancer leur Super Rugby sans leur génie incompris ? La dynamique lancée par les Reds a été profitable au rugby de tout le pays, les Wallabies ayant d’ailleurs remporté le Tri Nations avec de nombreux joueurs du Queensland dans leur groupe. Ewen McKenzie a prolongé son contrat pour 3 ans et espère désormais sérieusement concurrencer localement les treizistes des Brisbane Broncos en terme de popularité.

Ewen McKenzie, coach à succès des Reds
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Après deux expériences décevantes avec les NSW Waratahs puis le Stade Français, je n’aurais pas misé un dollar sur Ewen McKenzie lorsqu’il a pris en charge une franchise des Queensland Reds à la dérive en 2010. Je ne peux désormais que reconnaitre mon erreur en voyant les résultats obtenus par « Link ». Il a donc prolongé 3 saisons mais espère toujours remplacer un Robbie Deans de plus en plus décrié après le mondial raté des Wallabies. A moins d’un effondrement de la franchise, il devrait voir son vœu exaucé dans deux ans après la tournée des Lions Britanniques. Il pourrait cependant avoir un rôle consultatif auprès de la sélection nationale dès cette année. Peu d’informations sont disponibles concernant ses adjoints…. Jim McKay et McKenzie sont amis depuis leurs années joueurs à Randwick. McKay exerçait en Angleterre comme coach au sein de l’académie de Leicester avant que McKenzie lui propose un rôle d’adjoint. Il fût auparavant entraîneur des Cornish Pirates et de Redruth dans les divisions inférieures anglaises. Matt Taylor, aujourd’hui adjoint, a gravi tous les échelons du rugby dans le Queensland. Il semble proche et apprécié des joueurs. Enfin Alec Evans est un spécialiste de la mêlée au parcours surprenant. En charge de la mêlée des Wallabies lors du titre mondial de 1999, il a précédemment entraîné brièvement le XV du Pays de Galles et Cardiff. Il est investi dans le rugby au Queensland depuis 1998.
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Quade Cooper, le seul de cette rubrique absent de la grande photo au début de l'article
Capitaine des Reds et des Wallabies, James Horwill est désormais respecté et incontournable en Australie. Le punching bowl préféré d’Imanol Harinordoquy est revenu très fort après une saison 2010 pourrie par une grave blessure et s’est mué en charismatique leader des Reds. Il est également irréprochable dans le jeu. Mais les deux principales stars forment bien entendu la meilleure charnière du monde, Will Genia et Quade Cooper. Le demi de mêlée est le vice capitaine de la franchise et possède des qualités de leader impressionnantes pour son jeune âge. Capable de s’adapter à de nombreuses situations délicates, il a également l’avantage d’éjecter rapidement les ballons ou de prendre des initiatives payantes comme l’a prouvé son essai en finale. Il est également un excellent plaqueur ce que son physique ne laisse pas augurer au premier abord! On ne peut nier le génie de Quade Cooper mais on ne peut également pas nier son inconstance et sa « Genia Dépendance ». Brillant toute l’année, il s’est effondré lors du mondial où il n’a visiblement pas supporté la pression. Espérons qu’il ait gagné en humilité lors de sa convalescence. Enfin Digby Ioane est un phénomène, et les célébrations de ses essais ont fait le tour du web. Lui non plus n’a pas été épargné par les blessures par le passé mais il a su changer son mode de vie et a travaillé dur pour revenir au plus haut niveau et exploser la saison dernière.






