Le réveil du volcan Americain

Remporté par l'Afrique du Sud

Les Etats-Unis ont accueilli récemment, et pour la seconde fois de leur histoire, l’étape des HSBC IRB Sevens au Sam Boyd Stadium de Las Vegas. Hormis les Experts (pas ceux de handball), Vanessa Marcil et autres casinos, Las Vegas est également un site renommé pour les sports insolites ou à fort potentiel (financier). Depuis le vote de l’IOC (International Olympic Commitee) en octobre 2009 en faveur du retour du rugby à sept aux jeux de 2016 à Rio, la Fédération américaine ainsi que ses supporters ont lancé une grande campagne de recrutement de jeunes joueurs. Le rugby américain n’est à présent plus vu comme étant un petit rugby d’amateurs mais plutôt comme un client à prendre au sérieux notamment dans le rugby à sept. USA Rugby a mis en place différents évènements reliés au Sevens qui ont pu augmenter la popularité du rugby dans ce vaste pays. Le Las Vegas rugby Sevens tournament a attiré plus de 10,000 spectateurs par jour selon la chaine de télévision américaine 8News. Les Yankees étant de fans de « Super » évènements comme le Superbowl, ils ont besoin de voir que le rugby peut connaitre la même notoriété que le football US mais a une échelle internationale.

Les Américains ne répondent présents qu’aux deux évènements sportifs internationaux que sont la coupe du monde de football et les jeux olympiques (d’été comme d’hiver). L’entrée du rugby à VII aux jeux Olympiques a annoncé une montée en puissance de toutes les nations de la planète ovale. Ce climat de changement a poussé le comité olympique américain à ouvrir les portes du US Training Olympic Training Center de Chula Vista à l’équipe de rugby à sept, la soumettant à un entrainement intensif sans oublier de mettre à sa disposition un matériel d’entrainement ultra sophistiqué. A présent, les USA ont vu une incroyable amélioration de leurs performances sur le circuit du HSBC Sevens World Series et figurent au classement de la compétition (dont la France est absente…).

Mike Petri

Tout comme la Chine et la Russie, les USA ont commencé à enseigner le rugby dans les high schools. De nombreux jeunes le pratiquent en automne et au printemps en dehors de la saison de football US. Il est en effet un alternatif à l’autre ballon ovale lorsqu’une carrière dans le football US n’est pas garantie. Le meilleur exemple joue en ce moment pour le Biarritz Olympique Pays Basque: L’ailier supersonique Takudzwa Ngwenya a en effet été repéré à VII quelques semaines avant la Coupe du Monde 2007 lui ouvrant les portes de la carrière que l’on sait. Le championnat universitaire US de rugby continue à s’accroitre ce qui illustre les grands investissements lancés par les établissements comme Penn State ou Berkeley, qui propose depuis quelques années des bourses pour les jeunes avec deux objectifs: leur permettre de développer leurs qualités athlétiques mais aussi les aider à obtenir une excellente éducation leur offrant un “vrai” avenir après le rugby. Le tout jeune Michael Petri qui est aujourd’hui le demi de mêlé de Newport Gwent Dragons et des Eagles est un joueur issu du centre sportif de Penn State, Todd Clever le capitaine des Eagles est lui diplômé de l’université du Nevada. USA Rugby propose aux universités souhaitant se lancer dans le rugby un programme de développement les aidant à devenir compétitives très rapidement. De tels programmes n’existent pas en France où le sport universitaire n’est pas très populaire. Quelques accords existent entre clubs pro et universités mais bizarrement et malheureusement nos jeunes français n’ont pas un avenir aussi organisé en cas d’échec alors que la FFR est plus “aisée” que la fédé américaine.

Jerome Kaino né aux Samoa US

Un autre point qu’il ne faut pas négliger, c’est le nombre de jeunes expatriés. Les Américains restent de grands voyageurs et donc fondent des familles à l’étranger surtout dans les nations rugbystiques. De jeunes joueurs possédant un parent américain commencent à faire leur apparition en Australie et en Nouvelle Zélande. Ces talents jouent déjà en Super Rugby ou dans les académies des provinces comme James Paterson avec les Highlanders, Liam Gill avec les Reds ou Greg Peterson avec les Waratahs. Par ailleurs, la dimension physique qui peut être un problème pour certaines nations telle que la Chine est plutôt un atout du côté américain. Bien qu’une grande majorité de ses joueurs possèdent déjà un physique digne des Springboks, il ne faut pas oublier leur gros réservoir d’Islanders. Le territoire US n’est en effet pas limité uniquement aux iles Hawaiiennes mais il s’étend jusqu’aux Samoa américaines qui eux aussi fournissent des joueurs de grande qualité comme Jérôme Kaino.

Pour la petite anecdote, les Américains ont été doubles champions olympiques de rugby a 15 aux jeux de Anvers (1920) et à ceux de Paris (1924) avant que l’IOC ne décide d’abandonner cette discipline. Le rugby américain est donc un volcan endormi, sur le point de se retrouver sa gloire. L’heure du changement a sonné et nous entrons dans une nouvelle ère dans le rugby Sevens. Le retour du Sept aux J.O. va nourrir à nouveau les ambitions des petites nations, notamment celles des USA, et les grandes nations quinzistes sont à présent prévenues. Le retard de la France dévoile encore une fois l’arrogance de la FFR et de ses dirigeants en pensant qu’en alignant une équipe de joueurs évoluant dans le TOP 14 suffira pour gagner les JO. Le Sevens est un style de jeu totalement différent du rugby à 15. Toutes les fédérations ouvrent petit à petit des centres de formation spécialisés dans le sept mais seule la France semble pouvoir se passer de ces programmes. L’objectif ici n’est pas de démontrer que la France n’a pas le moyen de figurer parmi les grandes mais de montrer qu’elle stagne tout en abandonnant petit à petit ses jeunes talents et se condamne à devenir une équipe de seconde classe si la Fédération ne se décide pas à investir plus dans ses équipes. Il faut croire que “l’intérêt supérieur du rugby français” si cher à Pierre “Escalettes” Camou consiste plus à endormir la LNR et placer ses potes au sommet des fédérations internationales plutôt que de placer ses joueurs au sommet des podiums.

Author: alex

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