Où en est la France dans le circuit Sevens mondial?

L'enceinte magnifique du Hong Kong Stadium

Comme chaque année, l’étape de Hong Kong de l’HSBC IRB Sevens fut magistrale, proposant une fête exceptionnelle que ce soit sur le terrain ou dans les tribunes. Ce tournoi est la plus grande vitrine du rugby à sept mondial, Hong Kong offrant l’avantage de posséder une communauté d’expatriés assez conséquente. Toutes les nations participantes sortent leurs prodiges et génies de cette disciplines, DJ Forbes ou Declan O’Donnell pour les All Blacks, Uale Mai ou Lolo Lui pour les Samoans voire Emosi Vucago, Todd Clever et la légende Ben Gollings pour les Fidjiens, les Américains et les Anglais. La France a également dépêché ses “stars” et ses “spécialistes” du sept avec la venue de Jean-Baptiste Gobelet, Alexandre Audebert et Thierry Brana ce qui lui a permis de terminer troisième derrière la Nouvelle Zélande et… le Portugal… dans sa poule. Les lusitaniens sont même mis en avant comme étant champions d’Europe et donc des adversaires redoutables, une situation et un retard des bleus qui ne semble choquer personne à la fédération bien que ni l’Angleterre ni les nations Celtes ne participent à ce championnat d’Europe. Lors de la retransmission du documentaire sur le rugby à sept Français d’Intérieur Sport sur Canal +, nous avons pu suivre la préparation des bleus pour ce tournoi de Hong Kong et tout ce que nous avons pu constater était une préparation de dernière minute de joueurs de Rugby Union (ou à 15) pour le tournoi Sevens le plus intense (Audebert et Brana se sont d’ailleurs blessés lors de ce stage). Les connaisseurs savent parfaitement que cette discipline ne se prépare pas en trois jours comme l’a montré ce reportage et bien que les Jean-Baptiste Gobelet ou Alexandre Audebert soient de belles bêtes professionnelles qui évoluent dans le Top 14, le rugby à VII n’est pas une question de dimension physique mais plutôt une combinaison de cardio, de technique (ou “skills”) et de stratégie. Pour résumer, il s’agit d’un sport complet pour des joueurs complets, donc il est assez étonnant d’y retrouver ces deux joueurs qui ne sont pas reconnus pour leur vision du jeu, même en Top 14. Les courses et les stratégies défensives fonctionnent totalement différemment du XV mais pourtant, la FFR comme à son habitude, ne différencie pas ces deux disciplines.

Ben Gollings, légende vivante du Sevens

Bizarrement les joueurs de Rugby League (ou à 13) n’excellent que rarement à l’Union lorsqu’ils font un transfert d’un code à l’autre. Il y a bien sûr des exceptions, mais les perles comme Sonny Bill Williams, Jason Robinson et Chris Ashton restent rares. Alors pourquoi serait-il plus facile pour un joueur en provenance du 15 de passer au 7? Il est évident que ce sport n’est pas bien compris dans l’hexagone, plus perçu comme une discipline pour arrières faibles défensivement que comme un tremplin et un vecteur d’amélioration des performances des joueurs. La fédération française reconnait pourtant ses lacunes mais les tournois de rugby à sept en France sont toujours rares ou quasi inexistants. Le département des relations publiques de la FFR avait pourtant fait un excellent boulot après une raclée contre les All Blacks quand Bernard Laporte avait déclaré avoir été impressionné par leur jeu qui était similaire au rugby à VII. Il avait ainsi ensuite mentionné le fait que la France devait renforcer son organisation autour du Sevens mais depuis tout a été oublié. Pour prouver une nouvelle fois l’importance de cette discipline à leurs yeux, des fédérations étrangères proposent depuis longtemps des contrats professionnels pour leurs internationaux Sevens. Elles recrutent aussi bien de jeunes joueurs n’ayant pas encore été totalement formatés par le rugby union que des joueurs spécialistes, que l’on considérerait comme limités ou tout simplement mauvais en France. Des légendes comme Jonah Lomu, Christian Cullen ou Joe Rokocoko ont été lancés par le sept, tout comme les stars australiennes et sud africaines James O’Connor et Gio Aplon. Il existe quelques joueurs français sous contrat mais ils ne peuvent être considérés comme des spécialistes, étant surtout des joueurs issus d’un club pro ayant vu leurs carrières décliner au point de cherche à se recycler ailleurs. Pourtant Julien Malzieu ou Farid Sid sont des prototypes de joueurs façonnés par le sevens et ayant percé au plus haut niveau démontrant ainsi que ce n’est pas impossible dans une France qui a un retard important à combler d’ici les Jeux Olympiques de Rio de Janeiro en 2016. DJ Forbes, le capitaine des All Blacks, est sur le circuit depuis 2006 alors que Ben Gollings, capitaine des Anglais, est lui présent depuis plus d’une dizaine d’années et assure depuis un moment le transfert de compétences aux générations suivantes. Les meilleurs joueurs de rugby à VII 2009 et 2010, Ollie Phillips et Mikaele Pesamino sont désormais au Stade Français et à Sale. Enfin le roi Serevi a enchainé comme coach des Fidji à sa retraite puis de la Papouasie Nouvelle-Guinée.

Jean-Claude Skrela a encore du pain sur la planche

On assiste pourtant à quelques efforts dans lycées Français qui ont mis en place des championnats interrégionaux malgré un soutien très timide de la fédération. Cela démontre une nouvelle fois que la recherche par la FFR de spécialistes est très spartiate. Les écoles kiwis forment les enfants très tôt en les faisant participer à des tournois soutenus par leur propre fédération, pourtant elle aussi considérée comme peu riche. Nous pouvons également admirer le travail des anglais avec le tournoi du Middlesex (9 Juillet à Twickenham- http://middlesexrugbysevens.com/) ou des écossais avec le Melrose Sevens. La participation de joueurs professionels y est incroyable avec la présence de clubs pro ou de sélections de stars du VII mondiales. Alors pourquoi n’y a-t-il aucune équipe française officielle présente dans ces tournois? Où sont nos tournois pros nationaux? Que fait Jean-Claude Skrela pour le développement de nos équipes? Certes les jeux olympiques de Rio semblent bien loin, cependant lorsque nous regardons notre organisation d’amateurs, la tâche semble ardue. Nous avons beaucoup de retard et les nations nous devançant ne vont pas nous attendre, alors il est encore temps de former de bons joueurs car la moyenne d’âge des spécialistes du sevens reste autour de 22 ans. Pourquoi d’ailleurs ne pas s’appuyer sur les pensionnaires de Marcoussis? Avec une politique cohérente nous pouvons envisager de ramener une médaille des JO tout en évitant une gifle magistrale.

Author: alex

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