La France défie les All Blacks à l’Eden Park

Le gros défi de Morgan Parra

Les rencontres entre la France et la Nouvelle Zélande ont toujours une saveur particulière grâce aux exploits réalisés par les Bleus aux antipodes ou en Coupe du Monde. On se souvient tous de ce que l’on faisait pendant ces rencontres comme à titre perso pour le match de Cardiff en 2007, regardé depuis Sydney à 5h du matin après une soirée mythique de 11h…  notre voisin (ce bon vieux James!) s’en souvient encore et pas sur que l’appart ait été depuis reloué à des Français! Les cad deb de Domi, Richard Dourthe en transe, Elissalde qui traverse le terrain dans l’autre sens pour taper en touche, cette réponse au haka légendaire ou autant d’actions que l’on aimerait revoir ce samedi le café à la main… Mais contrairement à 1999 et 2007, l’enjeu de ce match n’est pas aussi important, la qualification des Bleus pour les phases finales étant presque assurée mais devra tout de même être validée par un succès face aux Tonga. En mettant de côté les élucubrations vaseuses de certains journalistes laissant entendre que la France devrait lever le pied sur ce match pour se faciliter la vie dans un remake des Six Nations dès les quarts, il est à mon avis inutile d’attendre un exploit des hommes de Lièvremont car ce match n’est pas couperet, donc un “pétage de plomb rugbystique” est difficilement envisageable ce week end. Mais pourquoi pas plus tard dans la compétition?

Pour présenter ce match, retrouvez l’article que Thibaut Santa a eu la gentillesse d’écrire pour Sud Rugby.

Nouvelle Zélande vs France : Les clés du matchs

La 100e pour Richie McCaw

C’est le “big game” de ce groupe A, peut être même de ce 1er tour si l’on considère que la France aurait logiquement du être versée dans le 1er chapeau compte tenu de son passif en coupe du monde (double finaliste en 1987 et 1999, 3 fois 1/2 finaliste en 1995, 2003 et 2007, et 1/4 de finaliste en 1991). Mais les savants algorithmes de l’IRB en ont décidé autrement et Bernard Lapasset eut le bon goût de placer la France dans le groupe A, groupe des All Blacks, pays hôte et épouvantail déclaré de la compétition.

Alors certes, les All Blacks ont subi de lourds traumatismes tout au long de l’histoire de la coupe du monde, et en grande majorité contre ces diables de français, mais ce sont aussi ces mêmes blacks qui écrasent outrageusement la planète rugby d’une manière tellement régulière, qu’on en oublierait presque qu’ils ont des failles. Si les Boks parviennent régulièrement à battre les All Blacks grâce à l’efficacité de leur jeu direct, à la précision chirurgicale de leur buteur et à la puissance de leur pack, il n’y a guère que les Wallabies et leur animation offensive tout feu tout flamme pour pouvoir prétendre rivaliser 80 minutes avec les All Blacks. Qui d’autre à réussi à mater les rois du Ka Mate ? Les anglais au sommet de leur art en 2003 ? Année royale pour le XV de la rose, tout simplement intouchable dans le sillage d’un pack impérial et d’un Wilkinson au sommet de son art. Les gallois des années 50 ? Soyons sérieux, Bleddyn Williams “le prince des centres” n’est plus en état de jouer.

Grosse responsabilité pour Szarzewski

Reste la France. 12 victoires face aux All Blacks dont la dernière remonte il y a moins de 2 ans, bien moins que les Wallabies et les Boks, mais toujours plus que le nombre de victoires cumulées des gallois et des anglais. Les romantiques de ce jeu ne peuvent s’empêcher de se remémorer avec émotion les confrontations face au Blacks. Que ce soit pour un jour de fête nationale, une 1/2 ou un 1/4 de finale de coupe du monde, il y a toujours eu une certaine dramaturgie autour de cette affiche entre 2 chantres du beau jeu. Je ne vous ferais pas l’affront de galvauder à nouveau le terme “french flair”, mais c’est pourtant de cela qu’il s’agit, ce petit facteur X qui permet au XV de France de se transcender pour gravir l’Everest, si cher à ce kiwi de Sir Edmund Hillary. C’est souvent en partie grâce à cette folie douce, combiné à un instinct de survie exacerbé que les bleus ont réussi leurs coups les plus fumants (1999 et 2003). Bien sur il y eut deux victoires estampillées “maîtrise collective” en 1995 et 2009, mais cela reste de l’ordre de l’exception. En effet, les issues des matchs France All Blacks sont de deux typologies:

– La rouste
– L’exploit

Que doit-on attendre de ce match de poule ?

Hypothèse A: Une rouste

Les bleus se présentent sans demi d’ouverture de métier, Parra sombre sous les coups de boutoir de Kaino et Mc Caw et Carter s’en sert de sparring partner. La mêlée est au supplice en l’absence de Domingo et Mas, et dans le sillage d’un Dagg intenable, les Blacks infligent une véritable correction aux bleus de Lièvremont, qui, meurtris, sortiront une grosse perf face aux anglais pour s’ouvrir la voie royale pour la finale.

Hypothèse B: Un exploit

Richard Kahui doit s'imposer à l'aile

Les bleus vexés d’avoir été qualifié d’équipe B par la presse locale sont en feu, les coups de casques pleuvent comme en 40, Papé arbore un sourire sanguinaire à chaque sortie de regroupement, Dagg et Kahui sont atteints du syndrome Umaga en 1999 et Rougerie se transforme en Richard « psycho » Dourthe. Ducalcon fait Tony Woodcock pour un bon vieux Matt Dunning en mêlée fermée et Poux contient le terrible Franks. Parra fait un sans faute à l’ouverture et Yachvili sanctionne les incursions douteuses de Mc Caw et consorts sur les rucks. La France vire en tête de son groupe et échouent lamentablement en 1/4 face à des Pumas qui deviennent définitivement les bêtes noires des français.

Bien sur on grossit le trait volontairement, mais l’issue de ce match ne devrait pas être éloignée d’une de ces deux hypothèses. Car on voit mal ces bleus brouillons et timorés venir à bout de manière “logique” de ces All Blacks si bien rodés. Il faudra que la folie du jeu s’empare de cette équipe de France et que les 22 joueurs fassent preuve d’une abnégation sans faille tout au long de la partie et non pas seulement le temps d’un gros quart d’heure. Il faudra aussi instaurer le doute dans les esprits néo-zélandais et faire déjouer les cerveaux de cette équipe: Mc Caw, Carter et Smith. Alors, si, et seulement si, toutes ces conditions sont réunies, les ailes de l’attaque tricolore pourront peut être s’enflammer sous les courses chaloupées de Clerc et de Médard pour permettre aux bleus d’ajouter un 13ème trophée sur leur tableau de chasse, surement pas le moins beau mais pas forcément le plus utile…

Thibaut Santa (@ThbtS)

Author: Thibaut

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