Quel avenir pour les Springboks ?

L’Afrique du Sud a été éliminée prématurément par l’Australie en 1/4 de finale de Coupe du Monde comme en 2003. C’est la fin d’une époque; Peter De Villiers ne prolongera pas, John Smit partira à Londres jouer pour les Saracens, Fourie Du Preez et Danie Rossouw iront au Japon, Victor Matfield arrêtera sa carrière alors que Guthro Steenkamp et Bakkies Botha se retrouveront en France. Une page se tourne.

Apprendre de ses erreurs

Peter de Villiers, pas à la hauteur

Une grande polémique autour de l’arbitrage a eu lieu après l’élimination des Springboks et l’arbitrage contestable de Bryce Lawrence. Cependant, les lacunes affichées par l’arbitre Néo-Zélandais ne doivent pas servir à cacher les différents problèmes Sud-Africains. Toutes les statistiques ont été outrageusement à l’avantage des Boks sur ce match à savoir la possession, l’occupation du terrain ou la conquête en touche. L’incapacité à concrétiser les temps forts de l’équipe a été la principale raison de cette défaite, on ne peut pas se permettre de perdre un match d’un tel niveau avec autant de statistiques avantageuses. Clairement, les Sud-Africains ont failli tactiquement, car peut être avaient-ils trop à cœur de vouloir défier physiquement les Wallabies en oubliant l’essentiel : marquer des points! De nombreuses opportunités de drop ont été présentes mais non saisies! Quand on aligne un joueur aussi doué au pied que Morné Steyn, le but est de concrétiser chaque temps forts avec en dernier recours l’arme du drop, la spécialité du 10 des Bulls. Ce manque de clairvoyance est donc impardonnable. Des enseignements tactiques et stratégiques doivent en être retiré pour ne plus revivre de telle désillusion dans le futur, et les erreurs au cours des 4 années de mandat de Peter De Villiers ne doivent plus être commises.

Trouver un vrai coach

Victor Matfield se retire du rugby

Ce lundi Victor Matfield a confirmé dans la presse les nombreuses rumeurs qui étaient apparues à l’issue du premier test contre les Lions Britanniques en 2009 à propos de la répartition des rôles dans l’équipe. John Smit avait été décrit comme étant lui-même le sélectionneur et capitaine de cette équipe. Après l’échec de l’année 2008 menée par Peter de Villiers, les joueurs avaient repris les commandes de l’équipe en adaptant le style de jeu à leur profil, avec un certain succès. L’équipe a battu à 3 reprises la Nouvelle-Zélande la même année. En 2010, les cadres de l’équipe n’ont pas su s’adapter aux différents changements de règles. Nous avons pu clairement voir des déficiences tactiques chez les Springboks, et l’absence d’un véritable coach a cruellement manqué à cette équipe qui a souffert tout au long de la saison. L’Afrique du Sud avait pourtant placé deux équipes en finale de Super 14 mais a totalement échoué dans le Tri Nations en perdant 5 de leurs 6 matchs.

Allister Coetzee, choix "politique" ?

De nombreuses rumeurs circulent à propos du nouveau sélectionneur. Jake White a annoncé publiquement qu’il souhaitait reprendre en main la sélection nationale, cependant, les relations tendues entretenues avec la SARU au cours de son mandat pourraient lui être fatales. De plus il vient de s’engager pour quatre années avec les Brumbies. Le même constat est valable pour Nick Mallett, libéré de son poste de sélectionneur de l’Italie. Heyneke Meyer est souvent cité, mais son nouveau poste de Director of Rugby au sein des Bulls tend à montrer qu’il souhaite peut-être plus s’investir pour sa province. Rassie Erasmus et Alistair Coetzee bénéficient d’une place privilégiée pour succèder à Peter De Villiers. Le premier a eu une place importante dans le staff des Springboks pour cette Coupe du Monde, alors que le second pourrait répondre à des obligations “politiques”. Le Néo-Zélandais John Mitchell est parfois annoncé et celui-ci pourrait révolutionner le jeu des Springboks mais voir un Kiwi à la tête des Springboks semble peu envisageable.

Gert Small est parfois cité, ce dernier réalise un travail très intéressant avec l’équipe d’Irlande en tant qu’entraineur des avants. Le très controversé Brendan Venter est une autre bonne possibilité vu le travail de grande qualité réalisé avec les Saracens. Tacticien clairvoyant, il a emmené son équipe au titre de champion d’Angleterre en s’adaptant parfaitement aux exigences requises par les nouvelles règles. Mieux encore, Brendan Venter est un spécialiste pour faire déjouer l’adversaire. Il était venu en aide aux Cheetahs lors de la venue des Crusaders cette année en Super 15 et l’œil de l’ancien centre des Springboks a grandement contribué à museler Sonny Bill Williams pour une victoire surprise des Guépards. Lors de la finale du championnat d’Angleterre, il a su faire déjouer Toby Flood, le maitre à jouer de Leicester, en ne lui laissant aucune possibilité de mettre de la continuité dans son jeu. Habitué à des déclarations franches et tapageuses, Brendan Venter semble être une excellente solution.

Nouveau capitaine, nouveaux leader, nouveaux joueurs

Schalk Burger, futur capitaine ?

Victor Matfield, le vice-capitaine, ne jouera plus au rugby. Ce dernier pourrait cependant apporter son 6éme sens en touche pour contribuer au développement du rugby Sud-Africain. Le capitaine emblématique John Smit jouera l’an prochain à Londres et ferme définitivement la porte à la sélection nationale. Un nouveau capitaine et de nouveaux leaders doivent être nommés. Deux noms reviennent très régulièrement à savoir Juan Smith et Schalk Burger, ce qui semble légitime au vu de l’exemple que ces joueurs véhiculent sur la pelouse. Les deux flankers ont de plus déjà l’expérience d’être capitaine à l’échelle continentale.

Pour repartir sur de bonnes bases après 4 années difficiles, il est indispensable de construire un paquet d’avants dignes des Springboks autour notamment des deux capitaines et des frères Du Plessis. A ce sujet, les départs de Bakkies Botha et Guthro Steenkamp semblent très problématiques car ils n’ont pas d’égal à leur poste. On connait la longueur et la difficulté des saisons en Europe et l’exemple de François Steyn a montré qu’il était peu judicieux de faire appel à ces joueurs lors du Tri-Nations. Cependant, ces trois joueurs doivent absolument avoir une place privilégiée dans la construction de cette nouvelle équipe des Springboks car leurs qualités sont uniques. Cependant l’incertitude plane toujours concernant la carrière de Bakkies qui est menacée suite à une blessure récurrente au tendon d’Achille.

Andries Bekker, successeur de Matfield

A mon sens, Tendai Mtawarira bénéficie d’un gros buzz, mais n’apporte pas autant que le pilier des Bulls. Coenie Oosthuizen possède un apport dans le jeu courant exceptionnel, mais il reste encore un pilier « arcade » pas encore adapté aux exigences internationales. Au poste de 2éme ligne, le successeur de Matfield est annoncé et il s’agit de Andries Bekker, un digne héritier à condition que les blessures l’épargnent. Le successeur ou plutôt la doublure de Bakkies Botha pourrait être Rynhardt Elstadt, rugueux et brutal 2éme ligne, qui a impressionné au cours de sa première année de Super Rugby. Wattie Vermeulen a une moindre mesure peut-être considéré comme potentiel remplaçant. Nous pouvons citer des noms tels que Flip Van der Merwe, Franco Van der Merwe, Juandre Kruger ou Alistair Hargreaves, mais ces derniers n’apportent pas encore de grandes garanties. Gerhardt Mostert aurait été intéressant à voir mais son départ en Europe ne permet pas de le considérer à long terme pour le moment. Ce poste de 2éme ligne reste flou en raison de la dispersion de joueurs en Europe, l’inexpérience de certains, l’accumulation des blessures chez d’autres. A ce jeu là, un repositionnement de Juan Smith en 2éme ligne ne serait pas surprenant quand on sait l’expérience et l’ingratitude que demandent un tel poste.

L’abondance de biens en 3éme ligne pourrait également influencer un tel repositionnement. La présence dans le combat et l’immense détermination de Schalk Burger parait indispensable, au même titre que les qualités de gratteurs de Heinrich Brussow. Willem Alberts a pris depuis deux saisons une dimension intéressante et il mériterait mieux qu’une place de remplaçant, bien que son rôle d’impact player lui convient relativement bien. Pierre Spies, Jean Deysel, Keegan Daniel, François Louw, Duane Vermeulen, Joshua Strauss ou encore Ashley Johnson illustrent parfaitement le potentiel Sud-Africain à ce poste.

Une nouvelle animation

Francois Hougaard, relève légitime en 9

Le départ de Fourie Du Preez va laisser un vide chez les Springboks et peu de candidats se présentent. François Hougaard a peu d’expérience à ce poste et la venue de Jano Vermaak aux Bulls devrait limiter son temps de jeu en temps que demi de mêlée. Cependant, ce dernier pourrait constituer une bonne option s’il retrouve l’état de grâce qu’il avait lors des saisons 2009-2010. Sarel Pretorius serait le joueur idéal si le nouveau sélectionneur Sud-Africain opte pour un rugby plus offensif car on sait qu’il peut renverser un match à lui seul, mais son départ en Australie pour les Waratahs et sa faiblesse défensive lui ôtent de nombreuses chances.

La retrait du tacticien des Bulls pourrait fortement compromettre l’avenir de Morné Steyn, dont le positionnement en 10 est du à son jeu au pied et ses automatismes avec Fourie du Preez. Peter Grant offre un jeu plus complet et surtout une défense plus appliquée que l’ouvreur des Bulls. De nombreux jeunes postulent avec des jeunes talents comme Sias Ebersohn, Elton Jantjies et bien sûr Pat Lambie. Ce dernier a été cependant peu convaincant en 10 avec les Springboks et le poste de 15 lui va à ravir. Depuis le début de la Currie Cup, un jeune joueur de 18 ans fait bonne impression. Il s’agit de Johan Goosen qui ne cesse de recevoir des louanges grâce à une réussite insolente dans son jeu au pied combiné à une défense et animation offensive plus que convenables. Près de 95% de réussite dans ses tentatives de but, une adresse spadassine, une facilité déconcertante à mettre des drops et une puissance de frappe exceptionnelle, sa pénalité marquée des 67 mètres avait d’ailleurs fait sensation.

Sias Ebersohn, grand espoir

Au niveau des 3/4, Bryan Habana semble totalement dépassé et il est à la recherche d’un contrat lucratif en Europe. JP Pietersen est encore jeune et entrera certainement dans les plans à long terme du futur sélectionneur. De nombreux ailiers talentueux en provinces se doivent de confirmer leurs talents à une échelle supérieure ou à long terme, ce que n’arrive pas encore à réaliser Björn Basson, Wandile Mjekevu, Lionel Mapoe ou Lwazi Mvovo. François Hougaard a démontré des qualités remarquables à ce poste mais pour des impératifs politiques, il se pourrait qu’il ne puisse pas exprimer son talent à ce poste assez souvent. Le même constat est valable pour des ailiers tels que Michael Kilian, JJ Engelbrecht ou le polyvalent Joe Pietersen. Au centre du terrain, il serait judicieux de donner plus souvent la chance à Juan de Jongh d’exprimer son talent que ce soit en premier ou second centre. A ce poste, l’Afrique du Sud est comblé. François Steyn et Jaque Fourie restent des options valables à long terme. Jean de Villiers n’est pas à oublier vu ses qualités de coureurs. Des jeunes comme Johan Sadie, Robert Ebersohn et François Venter représentent une nouvelle génération de centres Sud-Africains bien plus portée vers l’offensive.

Pat Lambie devrait se fixer en 15

Pour conclure avec le poste d’arrière, Pat Lambie est monté en puissance durant cette Coupe du Monde pour démontrer un véritable talent à cette position. Solide sous les ballons en l’air, propre sous la pression, habile pour se faufiler dans les intervalles, il possède un flair que peu de joueurs Sud-Africains ont et également une belle botte. Jaco Taute est un fin contre-attaquant encore très jeune, il doit améliorer sa défense pour monter au plus haut niveau. Riaan Viljoen, arrière au coup de pompe énorme, a montré des dispositions correctes alors que des joueurs comme Zane Kirchner ou Gio Aplon ont tous les deux montré des limites inquiétantes à un tel niveau de la compétition.

Le monde du rugby Sud-Africain est encore dévasté par cette terrible élimination face à l’Australie. Cependant, toutes les raisons sont présentes pour être optimistes par rapport à l’avenir des Springboks, tant le réservoir et la diversité des joueurs disponibles sont importants. Le potentiel Sud-Africain a été ruiné ces dernières saisons par des choix tactiques et d’hommes plus que contestables, nous pouvons espérer que le futur sélectionneur ne reproduise pas les mêmes erreurs.

Author: Adrien

Bien évidemment pour parler rugby du sud, il faut aimer ce sport et aimer écrire! Après un an à Sydney où j’ai chaussé les crampons pour le Mosman Rugby Club aux côtés d’australiens, d’européens, de kiwis, de sud afs, d’islanders et même de zimbabwéens ou de japonais, le retour en France a été difficile avec une presse spécialisée qui préfère parler de la signature du pilier de La Voulte à Lourdes plutôt que du Super Rugby ou des autres compétitions passionnantes de l’hémisphère sud ! Alors pour éviter que Christian Jeanpierre ou Mathieu Lartot vous présentent comme “nouvelle star de l’hémisphère sud” le joueur qui cartonne en bas depuis 3 saisons, j’ai décidé de créer Sud Rugby en 2009 dans le but de proposer une information pertinente, crédible et régulière.

Share This Post On