Le naufrage Australien

Alors que nous sommes désormais rentrés dans la deuxième moitié du championnat, une chose paraît bel et bien alarmante : l’état des franchises australiennes. C’est incontestable, le niveau de jeu de la poule australienne laisse à désirer.

Queensland Reds New South Wales Waratahs Super Rugby Australie

Que ce soit avec les Reds ou les Waratahs, le rugby australien est au plus mal. Ici Mike Harris balle en main. Sources : www.zimbio.com

C’est simple, sur les sept dernières équipes au classement, quatre sont australiennes, à savoir les Reds, les Waratahs, les Rebels et la Western Force. Autant dire que les équipes australiennes sont plus dans l’optique de sauver une saison déjà calamiteuse que d’accrocher les phases finales. Les phases finales, parlons-en. Il n’y aurait à l’ordre du jour qu’une seule équipe en quart de finale, sans parler encore des demis : les Brumbies.

Puis au delà du bilan au classement, le niveau de jeu des franchises australiennes inquiète. En témoignent les sévères déculottées infligées par les équipes néo-zélandaises ou sud-africaines comme celle des Hurricanes face à la Force (défaite 46-19), des Highlanders face aux Rebels (43-12) mais surtout des Bulls devant les Reds (61-8). Bien que garnis de joueurs talentueux, les équipes peinent à installer un jeu conquérant, structuré. Pis, le jeu offensif qui a fait toute la réputation du rugby australien est devenu un rugby champêtre sans organisation. On a bien entrevu toutes les difficultés du rugby australien pas plus loin que le week-end dernier. Les cinq équipes jouaient et elles ont toutes perdu, sauf les Brumbies mais qui jouaient face à une autre équipe australienne, les Waratahs (victoire 23-6). Mis à part cette équipe des Brumbies qui reste la seule chance pour le rugby australien de glaner le titre (et encore), on voit mal comment les équipes australiennes pourraient se sortir de la nasse dans laquelle elles s’y sont pétries.

Mais pourtant, quoi d’étonnant ? Les équipes australiennes ont toujours été les moins performantes dans l’histoire du Super Rugby. En 16 années de Super Rugby, les Australiens ne sont parvenus que trois fois à remporter le titre. En mettant à part la victoire des Reds l’an passé, il faut remonter 8 ans en arrière en 2004 pour voir l’ombre d’un succès à la grande époque des Brumbies de George Gregan et de Stephen Larkham. Jamais une franchise australienne n’est parvenue à remporter le titre deux années de suite, ce qu’on toutes deux fait les franchises néo-zélandaises et sud-africaines. Puis il ne faut pas oublier non plus que sur les trois équipes à avoir intégrer le championnat pour passer du Super 12 au Super 15, deux sont australiennes, à savoir la Western Force et les Melbourne Rebels ensuite. Cela explique bien sûr le fait que ces deux équipes se retrouvent systématiquement dans la deuxième moitié de tableau, bien que ce soit simplement que la deuxième saison des Rebels. Il leur faut un plus grand temps d’adaptation, même avec les Beale, Pocock et cie dans les deux équipes.

Quade Cooper Queensland Reds Wallabies

Quade Cooper, toujours blessé, manque cruellement au jeu des Reds

N’empêche, le rugby australien va mal. Il n’y a qu’à regarder les Reds. Champions l’an passé, premiers de la saison régulière, les Reds ne sont pour l’instant même pas qualifiés pour les phases finales. Difficilement concevable étant donné la façon dont ils avaient survolé le championnat l’an passé. Et que dire de leur jeu souvent pénible de cette saison comparé au volume de jeu ahurissant de l’an passé. Rendez-vous compte, les Reds sont la deuxième moins bonne attaque avec seulement 18.7 points marqués par match ! Les Reds ne sont plus que l’ombre d’eux-mêmes, ils peinent à développer ce rugby total qui a fait tout leur succès l’an passé. La raison ? La blessure de Quade Cooper, notamment. Il n’a pas remis les pieds sur un terrain depuis la petite finale du mondial (quoi qu’il trouve quand même le moyen d’être waterboy). Son indisponibilité fait mal tellement il incarne ce jeu de mouvement de l’équipe de Brisbane. Les blessures coup sur coup de ses trois remplaçants n’ont rien arrangé…

Berrick Barnes Waratahs NSW Wallabies

Berrick Barnes enfin titulaire indiscutable chez les Wallabies ?

Les Waratahs se retrouvent dans la même situation, 8ème, ils vont devoir batailler pour accrocher le wagon des six. Les Tahs restent quand même la meilleure franchise australienne de ces dernières années en termes de résultats et de participations en phases finales. C’était le cas l’an dernier où les joueurs de Sydney s’étaient inclinés face aux Blues. Ils se cherchent encore cette année dans ce jeu de mouvement, certes mieux organisé que celui des Reds, sous la houlette de Berrick Barnes, en bon animateur qu’il se doit depuis le début de la saison. On pourrait d’ailleurs compter sur ce dernier chez les Wallabies au poste d’ouvreur ou de premier centre en raison des multiples blessures à ce poste en Australie. La qualification reste possible pour ces deux équipes mais il va falloir se frotter à des équipes comme les Sharks et surtout les Hurricanes ou les Highlanders. Pas facile aussi quand on sait que le haut du classement apparaît comme très (très) solide.

Stephen Larkham Wallabies ACT Brumbies

Stephen Larkham, déjà coach des 3/4 des Brumbies, aurait pu se remettre à jouer avec son club

Dans ce haut de tableau, on y retrouve justement les Brumbies. La franchise de Canberra reste la seule à avoir la tête hors de l’eau. Ils se cantonnent tant bien que mal à une 3ème place mais uniquement acquise par le jeu de la règle qui veut que le leader de la poule le moins bien classé sur les trois conférences soit automatiquement qualifié. En terme uniquement de points, les Brumbies ne seraient en fait que 6ème et donc au bord de la qualification. En d’autre terme, les Brumbies ne tiennent leur place sur le podium que part le niveau très médiocre de la poule australienne. Fort de ses sept bonus engrangés (record avec les Sharks), les Brumbies donc restent une équipe fragile avec un ratio victoires/défaites tout juste positif (6 victoires, 4 défaites). Face aux gros bras comme les Chiefs ou les Bulls, ils restent décevants (défaites contre les Chiefs 29-22 et contre les Bulls 36-34). Le volume se jeu démontré est néanmoins une de leurs meilleures armes, tout comme leur défense efficace (c’est la 4ème défense du championnat). Mais la blessure de Christian Leali’ifano pour le reste de la saison, excellent depuis le début de saison ne va pas arranger les choses. Surtout que Matt Toomua, l’autre ouvreur s’était lui aussi blessé en début de saison. Ils n’ont tout simplement plus d’ouvreurs de formation dans leur effectif, seuls Robbie Coleman et Zack Holmes pouvant évoluer à ce poste. On a même entendu dire que Stephen Larkham, à 37 ans, pourrait reprendre du service pour dépanner son club de toujours. Jack White, coach des Brumbies a déclaré qu’il serait « fou de se passer de ses services » car il vrai que Larkham est l’entraîneur adjoint des 3/4, il connaît donc à merveille les lancements de jeu. C’est finalement l’ancien joueur des Waratahs et actuel arrière de Suntory Sungoliath au Japon qui rejoindra l’équipe de Canberra en tant que joker.

David Pocock Western Force Wallabies

David Pocock, en fin de contrat à la fin de la saison, pourrait quitter la Western Force

La Western Force (13ème) et les Rebels (12ème) évoluent sur un pied d’égalité. Leur jeu n’est pas bien brillant et leurs packs semblent limités, malgré les apports évidents de David Pocock et de Nathan Sharpe chez la Force. On a plus parlé d’ailleurs de la Western Force pour l’éventuelle prolongation de Pocock justement et du transfert de Will Genia… finalement avorté. Genia a en effet décidé de prolonger au dernier moment chez les Reds. Malgré l’argent et les ambitions affichées, ces deux équipes peinent à se faire une place dans le Super Rugby. Richard Graham, l’entraîneur de la Force a carrément démissionné (les joueurs ayant perdu confiance en lui depuis l’annonce de son transfert aux Reds). L’attaque de la Force est en berne avec seulement 18.9 points par match (3ème moins bonne attaque). Quant aux Rebels, les recrues James O’Connor et Kurtley Beale n’y font rien, leur défense est calamiteuse avec plus de 30 points encaissés par match (2ème moins bonne défense). O’Connor loupera d’ailleurs les 6 prochaines semaines de Super 15, il est lui aussi – parmi tant d’autres – blessé, cette fois-ci au foie. Il y a beaucoup d’approximations dan le jeu de ces deux équipes pour espérer jouer le haut de tableau.

Mais en fait, comment peut-on expliquer ce « naufrage australien » ? Le fond du problème du jeu australien reste toujours le même. Que ce soit en équipe nationale ou avec leurs franchises, leur jeu à tout va qu’ils veulent le plus souvent mettre en place n’est possible qu’avec une organisation rigoureuse, un niveau technique sans faille et un pack conquérant. Surtout quand le rugby moderne tend de plus en plus vers une concrétisation de tous les points forts. C’est justement ce qui avait permis aux Reds dans le Super 15 et aux Wallabies dans le Tri-Nations de l’emporter. Cette année, cette organisation, mis à part celle des Brumbies, ils ne l’ont pas ou peu, la faute notamment à la cascade de blessures des ouvreurs. Le nombre de fautes de mains est aussi trop souvent élevé. Le pack n’est le point fort d’aucune des cinq équipes et leur mêlée reste aussi très fragile. Difficile de produire ce jeu de mouvement sans des lancements de jeu propres.

Pourtant, nous faisons face à un paradoxe : comment l’Australie peut avoir gagné le Tri-Nations et finit sur le podium de la coupe du monde et avoir des franchises aussi faibles ? Difficile à exploiter, déjà pour toutes les raisons évoquées avant, le jeu des Australiens reste approximatif et très variable. Mais les Aussies souffrent aussi du niveau de jeu des équipes sud-africaines et néo-zélandaises, tout simplement. Ils n’ont clairement pas le même réservoir qu’en Afrique du Sud mais surtout qu’en Nouvelle Zélande, et cela, notamment devant. Leur profondeur d’effectif lors de la coupe du monde aurait d’ailleurs mérité d’être pointée du doigt, notamment au centre du terrain et en 1ère ligne. Ne pas finir troisième lors du prochain Four-Nations ne sera pas une mince affaire. Il faudra aussi à tout pris éviter une défaite inédite contre les Argentins en clôture du tournoi.

Avant cela, il y aura aussi une série de trois matchs face aux redoutables Gallois ainsi qu’une rencontre face aux Ecossais. Loin d’être évident. Mais avant cela encore, il y a la suite de ce Super 15 et la promesse de bien y figurer. Bien y figurer, ce serait intégrer une voire deux équipes de plus dans les six premiers et compter sur les Brumbies pour les demi-finales. Si le rugby australien est au plus mal en ce moment, les franchises ont encore tout le potentiel de se racheter. Mais il faut faire vite, le temps presse.

Author: Antoine

Dépressif pendant plusieurs années. A sombré non pas dans la drogue, mais dans le Top 14 de longs vendredis soir, notamment à travers les prestations d’une équipe jouant en blanc et rouge (ou ciel et blanc je sais pas trop ; ah, on me souffle dans l’oreillette que c’est pareil de toute façon) dirigée par un type au nom d’effaceur et qui a toujours fait des chemises trop chères pour moi. Tout semblait perdu, je n’étais plus que l’ombre de moi-même, rêvant parfois d’un « David Marty Tribute » sur Youtube. Et un beau jour, mon adolescence de pré-Directioner fut sauvée de justesse par le rugby, le vrai, celui d’en bas (pas d’Agen hein). Richie, Bismarck et Quade sont devenus mes héros, le Super Rugby mon fantasme. P.S : tente de temps à autres de pondre des papiers sur un blog constitué d’un futur chauve étant grand admiratif de Sony Bill Williams et d’un stagiaire argentin alcoolique souvent habillé en poncho.

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