Wallabies : Que faire ?

Et oui. Que faire? Aujourd’hui, on en est arrivé à un point en parlant des Australiens qu’on peut légitimement se poser cette question. Que faire pour ces pauvres Wallabies à qui rien ne sourit et qui ont tant souffert face aux Blacks ?

Kurtley Beale Melbourne Rebels Wallabies Australie

On lit ici tout le désespoir de Kurtley Beale, celui des Wallabies en même temps.

Le constat est sec, amer. Par deux fois les Wallabies auront été battu sans bavure par des All Blacks bien au-dessus (27-19 et surtout 22-0). Et encore, ça aurait pu être bien pire tant les Blacks ont gâché d’énormes occasions … 49 points encaissés en deux matchs, c’est déjà beaucoup. Mais en réalité il y a bien pire que ça côté Aussies. S’ils ont encaissé près de 50 points, ils n’ont marqué qu’un seul essai en deux rencontres. Chose rare en soit car ça n’est arrivé que trois fois sur les onze dernières années (depuis 2001 donc)… Pour une nation réputée pour son jeu d’attaque, ça fait tâche. Pire encore il faut remonter à 1973 pour voir les Australiens marquer aucun point dans un match de rugby. C’était face au Pays de Galles et leur génération dorée autour de Gareth Edwards, un tout autre rugby que celui d’aujourd’hui. C’est dire donc l’envergure que représentent ces deux revers dans l’histoire du rugby australien.

Robbie Deans Wallabies Crusaders Canterbury All Blacks

Robbie Deans y aura laissé des plumes, il est maintenant sur la sellette.

Inutile de dire que les chances de succès final dans ce Four Nations – promis comme on pouvait l’imaginer aux Blacks – sont anéanties. Les Australiens ont perdu leur couronne et c’est déjà en soit un petit évènement. Au lieu de ça ils vont devoir batailler pour ne pas finir bons derniers, les Pumas étant plus fort que l’on ne pouvait l’envisager. Bons derniers, c’est ce que sont ces Wallabies au tiers de la compétition. Le mal australien auquel Sudrugby faisait déjà écho en mai dernier est pesant.

Mais alors d’où vient ce « mal australien » ? Il vient de l’attaque. C’est ce qui saute aux yeux en premier quand on observe les Australiens. Leur attaque est en berne, rien ne marche plus. Le zéro pointé lors du second match en est le parfait exemple. Ils n’ont jamais ô grand jamais été en mesure d’inscrire un seul point. Ou si, juste une fois grâce à une pénalité lointaine mais Berrick Barnes a loupé la cible. Et pourtant, l’occupation du camp adverse était à leur bénéfice, seul enseignement positif d’ailleurs à tirer de ce match (et encore il n’y avait rien de très net).

Ca montre bien que les Australiens même avec l’avantage du ballon ne maîtrisent plus leur système offensif qui – pas plus loin que l’année dernière – était encore leur force. Le souci est intrinsèque, c’est le manque d’inspirations offensives, de propositions pour battre la défense qui leur fait le plus défaut. Ils sont en panne d’idées, clairement. Le trio de derrière ne fait visiblement plus la différence. La puissance de leur pack dans l’axe est bel et bien limitée, seuls Timani, Hooper voire Sharpe ne subissaient pas contre les Blacks. Ils ne trouvent pas non plus de solutions au centre du terrain. A leur défense, il faut dire aussi que les Wallabies n’ont pas été aidés par le système défensif intraitable des Blacks.

Will Genia Wallabies Queensland Reds Australie

Will Genia ne mène plus le jeu à la baguette

Mais au-delà de l’organisation de l’attaque en elle-même, ce sont les joueurs qui pêchent. La charnière – notamment – peut fort logiquement être critiquée. Le duo Genia-Cooper, autrefois magique, dorénavant morose, ne crée plus du tout d’avancée. Ca avait été la grande force des Australiens l’an passé, ça ne l’est plus. Will Genia, pourtant assez bon avec les Reds, n’orchestre plus le jeu comme habituellement. Pire, son jeu autour des rucks si divin n’est plus, il ne perce plus la ligne d’avantage et son travail de fixation sur le premier défenseur (voire deuxième) ne marche plus. Quant à Quade Cooper, il n’est simplement plus que l’ombre de lui-même, incapable d’amener sa fantaisie qui fait de lui toute sa splendeur. A croire qu’il digère mal son retour de blessure.

Digby Ioane Wallabies Australie Queensland Reds

Digby Ioane, l’un des seuls Australiens à (vraiment) avancer

Un problème de charnière certes, c’est aussi d’un problème de perforateur qu’il s’agît. C’est simple, il n’y a personne véritablement capable de concentrer plusieurs défenseurs ou à moindre échelle de créer un bon point de fixation pour déstabiliser les défenses. Ce que toutes les nations ont désormais les Australiens ne l’ont pas : un centre très puissant utilisé en grande partie pour cette qualité, indispensable dans le rugby actuel (la preuve !). Barnes n’est pas du tout un perforateur et Rob Horne ne pèse pas lourd face à un Maa Nonu. Il y avait Pat McCabe – et encore – mais il est blessé, Fainga’a n’apporte pas assez de puissance, sans parler d’Adam Ashley-Cooper. Alors c’est vrai Digby Ioane a été l’un des seuls à déstabiliser les Kiwis, à avancer ballon en main, chose que n’arrivent plus à faire les 3/4 Aussies ! Mais la combinaison l’impliquant à l’intérieur de l’ouvreur est désormais découverte et téléphonée.

Ajoutez à cela une incapacité à jouer après contact, (7 « off-loads » sur les deux matchs, c’est presque autant que SBW à lui tout seul) qui pourtant est LA clef du rugby offensif – les Blacks en sont l’exemple absolu – et un nombre trop important de fautes de mains (rien que 8 en mi-temps sur le premier match) et le compte est bon.

Michael Hooper ACT Brumbies NSW Waratahs Wallabies Australie

Michael Hooper aura fait bien plus que suppléer Pocock

Alors que faire ? S’il y a une solution, quelle est-elle ? Les Wallabies se doivent de produire un jeu ambitieux, plein d’allant et d’audace. Leur salut passe par là. Ca a toujours été la grande qualité du rugby australien et il n’y a pas de raisons que ça change. N’ayant ni la ligne de 3/4 adéquate, ni le pack pour un jeu basé sur la puissance, l’Australie doit se servir de la vivacité de leurs arrières et écarter au maximum pour s’en sortir. C’est sans doute la solution pour ce qui est de l’attaque : le jeu, tout simplement. Sans quoi la ligne de 3/4 se retrouve sous-exploitée, le jeu n’étant pas adapté aux qualités de chacun. Ashley-Cooper, Barnes, Beale, Horne, Cooper et même Ioane ne sont par conséquent pas à-même de produire leur meilleur rugby et ça, c’est un problème. C’est sans doute la crainte de ne pas pouvoir rivaliser avec le jeu des Blacks qui a fait que les Wallabies n’ont joué « large large ». Ca pouvait être se tirer une balle dans le pied quand on connaît la faculté qu’ont les Néo-zeds de profiter au maximum des turnovers et leur goût pour le jeu débridé. N’empêche, la tactique inverse n’a pas marché non plus. Ces lacunes offensives avaient déjà été perçues face aux Gallois en test-match et il a fallu se résoudre à la qualité de leurs buteurs pour gagner, in extremis.

Autre soucis pour les Wallabies (parmi tant d’autres), les gros pourvoyeurs de ballons que sont Pocock et Elsom ne sont plus là. Les turnovers sont on le sait, des ballons très intéressants à jouer pour une équipe digne de celle des Aussies. Il n’y a eu que trop peu de ballons récupérés face aux Blacks. On compte – notamment – sur Michael Hooper, hallucinant du haut de ses 27 plaquages, pour remettre ça dans l’ordre.

David Pocock Wallabies Capitaine Captain Western Force ACT Brumbies Australie

David Pocock va manquer aux Wallabies, il sera absent trois mois.

L’attaque, il faut le souligner, est la première chose à régler. Mais la défense australienne a elle-aussi été à l’aboi. 21 % puis 19 % de plaquages manqués, voilà des stats dont Robbie Deans se serait volontiers passé face aux Blacks. Quant vous loupez un plaquage sur cinq et que le reste de la défense n’est que peu agressif, ça devient compliqué de contrer son adversaire. Une chance que McCaw et ses potes n’aient pas été plus réalistes que ça… L’indiscipline est elle-aussi un frein indéniable pour les Australiens avec 11 pénalités offertes aux Néo-Zélandais sur chacune des deux rencontres. Trop au niveau international. Genia aura même pris un carton jaune dans le premier choc. Le jeu au pied de Barnes et de Cooper n’a pas ou peu pesé, particulièrement en attaque. Quant à la mêlée, elle aura limité la casse, idem pour ce qui est de la touche (uniquement 4 ballons volés par l’alignement néo-zed sur l’ensemble des deux matchs).

Finalement, il est difficile de trouver des points positifs dans le camp australien. Les optimistes diront que rien ne peut leur arriver de pire et que le meilleur reste à venir. A voir. Une chose est sûre, ce n’est pas avec une ligne de 3/4 bafouée et un pack fébrile que les choses s’arrangeront. Ce qu’il y a d’optimiste pour les Wallabies, c’est qu’ils n’auront plus à se frotter aux Blacks, trop forts. On a vu meilleur environnement qu’un rectangle vert avec en face 15 types en noir pour pratiquer le rugby que l’on souhaite. Les Boks d’abord et les Pumas ensuite seront plus à la portée des Wallabies, c’est sûr. Si le collectif australien – il est vrai rongé par les blessures (Horwill, Pocock, O’Connor, Mitchell, McCabe, Kepu, Lealifano) – retrouve son envie et sa fougue habituelles, il n’y a pas de raison que ça ne marche pas. Mais il faudra avant tout redorer un blason déjà bien trop souillé.

Author: Antoine

Dépressif pendant plusieurs années. A sombré non pas dans la drogue, mais dans le Top 14 de longs vendredis soir, notamment à travers les prestations d’une équipe jouant en blanc et rouge (ou ciel et blanc je sais pas trop ; ah, on me souffle dans l’oreillette que c’est pareil de toute façon) dirigée par un type au nom d’effaceur et qui a toujours fait des chemises trop chères pour moi. Tout semblait perdu, je n’étais plus que l’ombre de moi-même, rêvant parfois d’un « David Marty Tribute » sur Youtube. Et un beau jour, mon adolescence de pré-Directioner fut sauvée de justesse par le rugby, le vrai, celui d’en bas (pas d’Agen hein). Richie, Bismarck et Quade sont devenus mes héros, le Super Rugby mon fantasme. P.S : tente de temps à autres de pondre des papiers sur un blog constitué d’un futur chauve étant grand admiratif de Sony Bill Williams et d’un stagiaire argentin alcoolique souvent habillé en poncho.

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