Rugby Championship : du bon et du moins bon

Que l’on se le dise, dans ce premier Four Nations, il y aura eu du bon, mais aussi du moins bon. Déjà, pour ce qui est du niveau des équipes.

All Blacks Rugby Championship Four Nations

Les Blacks version 2012, une sacré équipe… Crédits : Euronews

Steve Hansen All Blacks

Steve Hansen fait désormais l’unanimité en Nouvelle Zélande

Du côté du bon, on aura eu vu une équipe des All Blacks sur un nuage. Imbattables, inaccessibles, inamovibles, on a rarement vu une équipe maîtriser aussi bien son rugby. Les Blacks exécutent ce qu’ils veulent faire à la perfection. Des lancements de jeu en première main très souvent perforateurs, une conquête systématiquement performante, un système défensif à la pointe, un réservoir de joueurs unique au monde… Rien ne manque aux Blacks, si ce n’est la concurrence. Le système Steve Hansen a désormais fait ses preuves. Mieux, il réutilise le système Graham Henry en l’améliorant. Il a fait du jeu après contact la pierre angulaire du jeu néo-zed. Les Blacks n’ont même plus besoin de franchir les rideaux adverses, ils le font en jouant debout. D’ailleurs, les Néo-Zélandais ne franchissent pas forcément plus que leurs adversaires. C’est dans l’application donnée aux passes, au jeu devant la défense et dans la transformation du jeu qu’ils font la différence et non pas dans l’unique perforation. Ca paraît simple comme bonjour…

Kieran Read All Blacks Canterbury Crusaders

Kieran Read, peut-être le meilleur joueur dans ce Four Nations

En plus de ça, le pack des Blacks n’a plus besoin de dominer son adversaire uniquement par la force physique, il le fait par l’aisance technique de ses joueurs et par la science du placement. Un réel gain d’énergie. Dans le sillage de ce que produisent les Chiefs mais surtout les Crusaders, la Nouvelle Zélande révolutionne chaque fois un peu plus le jeu d’avant. Il ne faut plus s’étonner de voir un Kieran Read ou un Sam Whitelock conclure un mouvement long de plusieurs minutes en bout de ligne. Et, au pire des cas, si l’adversaire ou le contexte l’exigent, les Blacks peuvent très bien durcir leur rugby, par simple rotations de joueurs et par un changement de stratégie. On l’a vu face aux Springboks. Ce qu’il y a de bien avec les Blacks en fait, c’est que leur système est calqué sur les qualités intrinsèques de chaque joueur. Qui maîtriserait mieux le jeu des Blacks que les Blacks eux-mêmes ? Personne ? Y aurait-il des personnes mieux qualifiées que Kieran Read, Aaron Smith ou Conrad Smith pour appliquer le jeu Néo-Zed ? Certainement pas, bien que ces garçons possèdent d’aussi bons voire de meilleurs vis-à-vis sur la planète.

Ce qu’il y a de plus compliqué avec les Blacks, c’est de leur trouver des défauts. Si on cherche on en trouvera, comme un manque de réalisme face aux Australiens ou une mauvaise entame face aux Sud-Africains. Mais jamais ces problèmes n’apparaissent comme récurrents, ils ne sont qu’occasionnels. Le jeu des Blacks dégage de la maîtrise. Et à partir de là, il ne peut pas leur arriver grand-chose. Après avoir enchaîné 16 victoires de rang, leur série a été interrompue par le match nul de Brisbane face aux Wallabies

Du côté du moins bon, on peut aisément citer les Boks et les Wallabies. On peut fort logiquement mettre ces deux équipes sur un pied d’égalité, tant elles ont été à mal de produire un rugby performant. Le contraste avec leurs homologues néo-zélandais est saisissant.

Morne Steyn Bulls Blue Springboks

Morne Steyn, poussé vers la sortie

Les Boks n’auront pas surfé sur la vague des bons résultats des franchises en Super Rugby et du renouveau instauré pendant les tests de juin face aux Anglais à la suite d’une coupe du monde médiocre. Ils ont été beaucoup trop maladroits dans la réalisation du jeu qu’ils ambitionnaient. Ce jeu direct, basé sur le défi physique n’a plus été la grande force du rugby sud-africain. Loin de là. C’est assez rare pour le signaler mais le pack sud-af a été bousculé. S’ensuit l’échec du pragmatisme ayant fait gagner le Tri-Nations aux Boks en 2009. C’est ce qui a amené Heineke Meyer à pousser Morne Steyn vers la sortie au profit d’un Johan Goosen, bien meilleur animateur et à changer sa stratégie de jeu. Le jeu des Boks s’est vu ainsi plus aéré, mieux équilibré et non plus basé uniquement sur la puissance de son paquet d’avant et de la botte du n°10. Les Boks maîtrisaient mieux leur rugby et leur pack se permettait même de retrouver de l’agressivité et de l’allant. Jusqu’à rivaliser avec les Blacks par deux fois (21-11 puis 32-16) dans rencontres certes perdus mais au combien honorables. Comme quoi, quand on est plus cohérent. Les Boks tiennent même ce qui pourrait être apparenté comme un match référence : la large victoire face aux Wallabies (31-8).

Kurtley Beale Melbourne Rebels Wallabies

Kurtley Beale, nouvel ouvreur des Wallabies

Les Wallabies justement. Très vite dos au mur – la faute à deux revers sans bavures face aux Blacks (27-19 puis 22-0) – ils ont mis un certain temps à retrouver une réelle envie de jouer. Longtemps ils ont bafoué leur rugby, dans un jeu dépourvu d’organisation et de sens. Honnêtement, on était proche du pathétique. Ils auront retrouvé de l’allant d’abord face aux Boks (victoire 26-19) puis face aux Argentins (23-19 puis 25-19). Ce ne fut pas des victoires remportées haut la main, mais les Australiens y auront retrouvé leur système, celui du jeu de mouvement. Avec un Kurtley Beale étincelant à la baguette, les Aussies maîtrisaient de nouveau leur rugby – entre large-large et alternance – et retrouvaient le chemin de la victoire. Malgré ça, quelques approximations persistent. Mais l’essentiel est désormais qu’on a la preuve que les Wallabies peuvent eux-aussi produire du jeu, et bien.

Graham Henry Auckland Blues All Blacks Pumas

Graham Henry aura amené toute son expertise aux Pumas

Quant aux Argentins, pour leur grande première face au gratin du rugby mondial, ils auront été bons, puis moins bons parfois. Bons déjà dans les résultats. Car s’ils n’ont gagné aucun match, les Pumas auront concédé en moyenne qu’un écart de 9.6 points, hormis l’erreur de parcours face aux Blacks en fin de Four Nations (défaite 54-16). Soit trois fois rien. Ils ont même bien failli s’offrir le scalp des Boks à Mendoza, ça s’est finalement soldé par un match nul au combien amer (16-16). Il aurait suffi « simplement » d’une victoire pour que ce Four Nations soit une totale réussite. Dommage. Mais au-delà des résultats, ils auront été valeureux, plus que ce que témoignent les résultats eux-mêmes. Pendant tout le long de ce Rugby Championship, les Pumas auront-été animés d’une fougue, de cette « grinta » qui leur a permis de rivaliser avec leurs adversaires. Mieux que ça, ils auront été épatants dans la maîtrise de leur rugby, dans l’organisation générale, secteur où ils péchaient quelques peu auparavant. Dire que les Pumas produisent un jeu brouillon est de l’ordre du passé. L’effet Graham Henry ? Sans doute. Restent à trouver des arguments offensifs plus convaincants. Mais ça viendra.

Rodrigo Roncero Pumas Argentine Argentina Stade Français

Rodrigo Roncero, symbole de l'engagement Argentin

Mais s’il y a bien une chose de négatif à retenir dans ce Four Nations, c’est le niveau de jeu. Le tournoi phare de l’hémisphère Sud n’aura pas tenu son rang habituel. Le Tri-Nations et maintenant le Four Nations, se veulent garants d’un esprit bien à lui : le jeu, le jeu et encore le jeu. Qui dit Tri-Nations dit forcément matchs à gros rythme, à longs temps de jeu et avec, le plus souvent, une pluie d’essais. Ce n’est ni plus ni moins que le format international du Super Rugby. Mais voilà, cette année n’aura pas été un grand cru. Il n’y aura pas eu – mis à part peut-être les deux chocs entre Blacks et Boks – de grands matchs de rugby tels qu’on a l’habitude de le voir dans le Sud. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : il n’y aura eu cette année que 35 essais marqués en 12 matchs, soit une moyenne de moins de 3 essais par match. A noter que la Nouvelle Zélande, du haut de ses 18 essais, a quand même marqué la moitié de l’ensemble des essais à elle toute seule. C’est dire le niveau offensif des trois autres équipes… A titre de comparaison, 50 essais avaient été marqués sur seulement 9 rencontres en 2010, dernier Tri-Nations hors d’une année de coupe du monde (soit 5.5 par rencontres). La comparaison est vite faite… D’ailleurs les statistiques d’essais du dernier Four Nations ne sont même pas à la hauteur des standards européens. En effet, lors du dernier 6 Nations, 50 essais auront été plantés en 15 matchs, soit 3.3 en moyenne. Bien au-dessus des chiffres du Four Nations…

C’est un fait, ce Four Nations aura été décevant, en terme de rythme et de niveau de jeu. La faute à qui ? La faute à quoi ? Certainement pas aux Blacks pour qui le jeu construit fut leur leitmotiv tout au long du tournoi. Pas non plus aux Argentins qui ont su trouver un équilibre relatif entre jeu ambitieux et pragmatisme et pour qui la question du rythme n’aura pas vraiment posé de problème. Ils ont proposé du jeu et tenu le rythme physique proposé par leurs adversaires aussi bien qu’ils le pouvaient. Ils ont fait ce qu’ils ont pu et l’on plutôt bien fait, voilà. Ceci-dit les Pumas restent la moins bonne attaque avec – seulement – 7 essais marqués.

Heyneke Meyer Springboks Blue Bulls

La stratégie restrictive d'Heyneke Meyer a été critiquée

Non le problème vient bien des autres nations : l’Afrique du Sud et l’Australie. Elles ont – dès le début de la compétition – voulu s’enfermer dans un jeu restrictif et ainsi jouer la carte du pragmatisme. Sauf qu’à force de trop vouloir être pragmatique, on se retrouve minimaliste. Sans jeu, on ne peut rien faire. Et si pragmatisme il y a, il faut qu’il reste modéré et en cohésion avec les qualités de l’effectif, ce qui n’a pas toujours été le cas. Elles l’ont compris après en commençant à jouer plus large, et ce, avec plus d’ambitions. Et mine de rien, ça a marché, elles marquaient plus et jouaient – il faut le dire – mieux. C’est aussi simple que ça. Le principe reste le même. Une équipe qui produit plus de jeu se donne beaucoup plus de chances de marquer des points et donc de gagner. La preuve en est par les Blacks, champions du monde et même du Pays de Galles, vainqueurs du 6 Nations, du Leinster, champion d’Europe ou encore de Toulouse, champion de France en titre. Ce sont toutes des équipes qui produisent du jeu. Et jusqu’à preuve du contraire, ce sont les meilleures équipes à leurs niveaux respectifs, clairement.

Si l’on entend partout que plus personne ne veut produire du jeu, c’est en partie faux. Jamais les équipes n’ont eu pareil intérêt à jouer, à travers les turnovers notamment de mieux en mieux exploités. Le hic, c’est qu’il est en fait de plus en plus difficile de produire du jeu, la faute à des défenses toujours plus performantes et à des systèmes vidéos toujours plus sophistiqués. Il faut donc redoubler d’inspiration et faire du jeu un aspect fondamental de son rugby. Et ça, les Blacks l’ont bien compris. Pour pouvoir de nouveau gagner des matchs, les Boks et les Wallabies vont devoir produire du jeu, comme ils ont bien su le faire en fin de compétition. Quelque part, qui ne tente rien n’a rien…

Mais croyez-le ou pas, le fossé entre le Sud et le Nord est peut-être bien en train de se resserrer. Et si cette baisse de rythme du Four Nations ne venait pas le prouver ? C’est d’ailleurs une chose que l’on avait entraperçu pendant les tests de juin. Les équipes du Nord auront à cœur de prendre leur revanche cet automne. Les Sud-Africains et les Australiens seront dans une phase de reconstruction, où ils essaieront de retrouver de la confiance. Les Argentins tenteront de confirmer tout le bien que l’on a dit sur eux dans ce Four Nations. Quant aux Néo-Zélandais, ils marchent désormais sur la trace d’un record, celui du plus grand nombre de matchs sans défaite pour une nation. Chacun sa route, chacun son chemin.

Author: Antoine

Dépressif pendant plusieurs années. A sombré non pas dans la drogue, mais dans le Top 14 de longs vendredis soir, notamment à travers les prestations d’une équipe jouant en blanc et rouge (ou ciel et blanc je sais pas trop ; ah, on me souffle dans l’oreillette que c’est pareil de toute façon) dirigée par un type au nom d’effaceur et qui a toujours fait des chemises trop chères pour moi. Tout semblait perdu, je n’étais plus que l’ombre de moi-même, rêvant parfois d’un « David Marty Tribute » sur Youtube. Et un beau jour, mon adolescence de pré-Directioner fut sauvée de justesse par le rugby, le vrai, celui d’en bas (pas d’Agen hein). Richie, Bismarck et Quade sont devenus mes héros, le Super Rugby mon fantasme. P.S : tente de temps à autres de pondre des papiers sur un blog constitué d’un futur chauve étant grand admiratif de Sony Bill Williams et d’un stagiaire argentin alcoolique souvent habillé en poncho.

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