Et si on parlait un peu de l’équipe des Samoa ?

A l’instar des autres grandes nations de l’hémisphère sud, l’équipe des Samoa est en tournée en Europe au mois de novembre. Après une victoire facile 42-12 face au Canada, match pour lequel ils étaient favoris, ils viennent de s’offrir hier le scalp du Pays de Galles 19-26. L’équipe de France qui doit les affronter au Stade de France dans une semaine est prévenue.

David Lemi sera le capitaine des Samoa contre la France

David Lemi est le capitaine des Samoa en grande forme!

L’équipe des Samoa avait fait sensation en juillet 2011 en battant chez eux les australiens, futurs vainqueurs du tri-nation, (23-32) à Sydney. Robbie Deans avait certes mis une partie des ses titulaires habituels sur le banc (Genia, Beale,…), mais leur rentrée n’avait pas été suffisante pour inverser le cours du match et les samoans avaient obtenu une toute première victoire méritée en terre australienne. Dans la foulée, lors de la coupe du monde, ils avaient mis en grande difficulté le Pays de Galles (bien que n’ayant eu que 4 jours de récupération en comparaison avec les 7 des gallois) et l’Afrique du Sud qui n’avait tenu que grâce à une excellente défense. Ces résultats avaient été précédés d’une victoire dans le Pacific Nation Cup en 2010 (performance rééditée depuis en 2012).

Si l’équipe nationale avait déjà eu quelques résultats dans le passé (quart de finale de coupe du monde en 1991 et 1995), elle semble aujourd’hui franchir un cap. Elle est aujourd’hui principalement composée de joueurs évoluant dans les meilleurs clubs européens.


Groupe des Samoa pour la tournée de Novembre

Census Johnston Samoa Toulouse

Le Toulousain Census Johnson, un cadre des Samoa

La situation sportive fait dans un peu penser à celle de l’Argentine du milieu des années 2000, des joueurs talentueux dans de bons clubs, une équipe nationale qui commence à réaliser des résultats, il ne manque que peut-être une grosse performance en coupe du monde. Comme souvent, cette émergence ne vient pas de nulle part. La SRU (Samoa Rugby Union) a en effet lancé un programme de haut niveau soutenu par l’IRB, qui a investi 17 millions de livres entre 2009 et 2012. L’été 2011, juste avant la coupe du monde, a été achevé la construction d’un centre de haut niveau à Falefa et a du coup permis à l’équipe nationale de s’entraîner dans les meilleures conditions pour préparer la coupe du monde.

Mais si comme on peut le constater la formation des joueurs de haut niveau est une réussite, on est en droit de se poser la question de la finalité de ce programme. En effet, bien que les joueurs formés intègrent des clubs à l’étranger, l’équipe nationale ne dispute que la Pacific Nation Cup (d’un niveau bien moindre que le rugby championship ou le VI nations) et les clubs locaux ne disputent que de petites compétitions. Le programme a quelque peu un goût d’inachevé.

Tusi Pisi Hurricanes Suntory Samoa

L'ouvreur Tusi Pisi, auteur d'un essai face au Pays de Galles

Que faire alors ? Pour en revenir avec la comparaison avec l’Argentine dont le rugby est en pleine transition, les Samoa n’ont pas la même population (180000 en comparaison des 38 millions d’argentins) et donc ni les mêmes moyens ni le même potentiel économique (le PIB des Samoa est l’un des plus faible au monde). Et si par conséquent une intégration au rugby Championship semble improbable aujourd’hui, surtout depuis l’intégration de l’Argentine, y a-t-il une autre solution ?

La question économique est devenue un vrai problème depuis le démarrage du professionnalisme dans le rugby. Il est par exemple impossible d’imaginer un modèle économique viable aux seules Samoa comme pour un club de rugby Pro classique tel que cela existe en Europe (billetterie, droit TV, revenus annexes comme les maillots etc… en comparaison du coût des salaires, transports, staff, formation…). Pour résoudre le problème, la fédération samoane a fait appel en 1995 à un mécène néo zélandais du nom de Mickael Fay, qui, via un sponsoring d’une banque dont il est copropriétaire, a investi dans le rugby samoan. Son but avoué ? Maintenir à flot le niveau des « petites équipes » dans le contexte de l’émergence du professionnalisme. Avec une certaine réussite vu les résultats récents de l’équipe nationale. Toutefois, le problème du long terme n’est pas résolu aujourd’hui et les investissements récents de l’IRB ne font que le reporter. Devrait on envisager une répartition différente des retombées économiques des tests matchs et de la coupe du monde pour aider les « petits » pays ?

Ofisa Treviranus Samoa

Ofisa Treviranus un cadre de la 3e ligne Samoane

Si les difficultés économiques devaient être surmontées, il reste le problème sportif. Si l’on remonte aux origine du super rugby, les équipes qui le composait étaient pour la Nouvelle Zélande Canterbury, Auckland et Wellington, les sélections australiennes étaient les sélections des États de Nouvelle Galles du Sud et du Queensland, et l’équipe nationale des Fidji. Dans un second temps, lors du tournoi du super 10, l’équipe des Samoa avait intégré la compétition. L’arrivée du professionnalisme en 1996 a fait sortir les équipes iliennes pour ne garder que des provinces néo-zélandaises, australienne et sud-africaines.

Pour aller de l’avant, pourquoi alors ne pas intégrer une franchise samoane au super XV aujourd’hui comme cela était le cas aux origines du super rugby ? C’est ce qu’on essayé de faire les samoans, dans une candidature commune avec les Fidji et les Tonga lors du passage du super 12 au super 14. Mais celle-ci avait été refusée par la SANZAR très attentive à la viabilité économique du projet.

Lors d’une future extension du super rugby, avec l’aide de l’IRB, on pourrait imaginer qu’une hypothétique nouvelle franchise puisse regrouper les meilleurs joueurs des îles du pacifiques (non plus la sélection mais un club des Pacific Islanders composées uniquement des joueurs iliens restés au pays) comme cela avait essayé il y a quelques années et dont le stade serait basé aux Samoa. Les îles Fidji, sous dictature militaire, et les Tonga, sortant d’un gouvernement monarchique et moins développés ne pourront vraisemblablement satisfaire les conditions d’accueil, même si on pourrait envisager que des rencontres soient éventuellement délocalisées. Le potentiel économique paraît déjà meilleur qu’une équipe uniquement basée aux Samoa.

Stade Français Samoa

Le Parisien Paul Williams, indispensable à l'équipe

Toutefois, la SANZAR, bien que continuant à parler d’extension de la compétition, n’en prend que modérément le chemin. Sans fermer aucune porte, les déclarations parlent plutôt d’intégrer une franchise argentine, avant d’étendre le super rugby au Japon, aux Etats-Unis ou au Canada.

Le rugby samoan est aujourd’hui à un moment charnière de son histoire. Si rien n’est fait pour conclure les projets lancés par l’IRB, alors les bons résultats actuels de l’équipe risquent de rester un one shot. Si au contraire le projet de développement du rugby aux Samoa est poursuivi par l’IRB, alors on pourrait espérer que cette équipe reste compétitive dans la durée. Cela ne peut qu’être bénéfique pour le rugby et ses compétitions internationales, où il n’y a que trop peu d’équipe capables aujourd’hui de jouer les 1ers rôles lors de la coupe du monde…

Author: Vincent

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2 comments
Antoine
Antoine

Bon article ! T'as entièrement raison de pointer du doigt les problèmes économiques des petites nations du Pacifique. Jamais on s'en rendra autant compte que l'argent à l'échelle internationale compte énormement. Même pour un sport soit disant sans affaire de gros sous... D'ailleurs si l'IRB donne la priorité aux USA, au Japon et au Canada, c'est sans doute pour une question d'agent avant tout !

Phil Traere
Phil Traere

Bonjour, Bon article qui met bien en évidence les problèmes rencontrés par ces équipes du Pacifique. On oublie trop souvent que ce sont de très petits pays et je suis toujours fasciné par leur capacité à bouger les « grosses » équipes en proposant du beau rugby. Du côté de la SANZAR, en plus de la question des retombées financières, je me demande s'il n'y a pas aussi une volonté de ne pas trop développer ces équipes. En effet, on voit bien que la Nouvelle-Zélande et dans une moindre mesure l'Australie piochent allègrement dans les joueurs venant des îles que ce soit pour leurs provinces ou leurs équipes nationales. Vu l'importance des diasporas de ces îles en NZ, si la sélection dans leur pays d'origine devient intéressante sportivement, cela fera moins de choix. L'IRB est également un peu ambiguë. D'un côté, on cherche à rendre ces équipes compétitives, de l'autre on les pénalise sportivement lors des compétitions internationales. Les clubs européens et notamment Français ne sont pas exemptes de reproches non plus. Les clubs recrutent ces joueurs et rechignent ensuite à les libérer pour les matchs internationaux. Nous les enfonçons au lieu de les renforcer... Bref, une situation bien complexe pour le rugby à XV du Pacifique et qui n'évoluera pas dans le bon sens à moins d'une réelle volonté des instances du rugby. Par contre c'est un régal de les voir en rugby à 7 :)

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