2013 : l’année où le Super Rugby changea

Dans le schéma du rugby mondial d’avant l’an 2000, il y avait historiquement comme pays important en Europe l’Angleterre, l’Irlande, le Pays de Galles, l’Ecosse et la France. N’oublions pas la Roumanie jusqu’aux années 80 et l’Italie dans les années 90 qui avaient aussi réalisés quelques résultats. Dans l’hémisphère sud, seules « comptaient » la Nouvelle Zélande, l’Australie et l’Afrique du Sud. Les équipes du Pacifique ou de celle d’Argentine avaient un niveau bien moindre, et, de même, pour diverses raisons, l’impact du rugby de ces pays était moins important.

Greg Peters, patron de la SANZAR, parle désormais d'expansion du Super Rugby vers d'autres nations

L’arrivée du professionnalisme dans le milieu des années 90 va marquer un changement. En 2000, l’Italie intègre le tournoi dorénavant des 6 nations. En 2007, l’Argentine obtient avec mérite la 3e place de la coupe du monde à la surprise des nations de l’hémisphère sud. En 2009, le rugby à 7 devient sport olympique (1er jeux pour Rio en 2016). 2012 voit l’intégration des Pumas dans le tri-nations. 2012 voit également la qualification en tant que 2e de poule de l’équipe des Samoa pour la coupe du monde 2015. Puis vint 2013…

2013 pourrait en effet connaître une petite révolution dans le monde du rugby. Au cours de cette année va en effet être discuté à la SANZAR du devenir du Super Rugby à partir de 2016. On parle aujourd’hui d’un super 16, 18, 20 ou 21, avec l’intégration d’une franchise Américaine, Argentine, Canadienne, Japonaise ou des îles du pacifique ou bien encore d’une 6e franchise Sudafricaine

Une véritable mondialisation du Super Rugby, voilà la révolution ! Et la fin du schéma traditionnel Australie – Afrique du Sud – Nouvelle Zélande.

Pourquoi intégrer ces nouvelles franchises ? Pourquoi maintenant ? Quels sont les idées ou projets en cours ?

Tout d’abord, le super XV dans sa configuration actuelle (5 franchises néozélandaises, 5 sud-africaines et 5 australiennes) est figé jusqu’en 2015. Le super XV est un « produit » rentable aujourd’hui, mais laisser indéfiniment un modèle qui tourne sans lui apporter d’évolution est le meilleur moyen de le voir disparaître à terme. De plus, le nombre de franchises de très haut niveau semble atteindre ses limites dans chacun des pays (et bien que l’Afrique du sud pousse pour l’intégration d’une 6e franchise, souvenons-nous qu’en 2012, les Lions ont fini bon derniers de la phase régulière). Par définition donc, le super rugby est amené à se développer, et il se tourne aujourd’hui nécessairement vers l’international. Voici un extrait de ce que Greg Peters, patron de la SANZAR, a déclaré au journal « The Australian » :

« Super Rugby in its present form is a pretty successful model and we are not going to water it down. But we’d be derelict in our duty if we didn’t consider expanding into areas. The United States is a very big market and so is Japan and Asia generally. Ultimately it all comes down to what is in the best interests of the three SANZAR parties ».
Business is Business, non?

On retrouve dans d’autres interviews un intérêt pour les autres pays cités plus haut. Je vous propose maintenant un petit tour des projets des fédérations concernées.

Franchise Argentine :
Depuis 2007 et la fameuse 3e place de l’équipe d’Argentine à la coupe du monde, le rugby argentin a bougé. Il y a eu tout d’abord l’intégration des Pampas XV en Vodacom Cup, avec une victoire dès leur 2e participation en 2011. Il y eu ensuite l’entrée des pumas dans le rugby championship (où l’équipe nationale a prouvé qu’elle était proche du niveau des 3 nations majeures de l’hémisphère sud).

Ce projet est aujourd’hui mené par Agustin Pichot, l’ancien capitaine des Pumas en 2007. Pour le mener à bien, et afin d’avoir une équipe compétitive dès 2016, des centres de détection ont été créées (à Buenos Aires, La Plata, Córdoba, Rosario et dans la province de Tucumán). L’idée est de créer une réserve de joueurs suffisante permettant la création d’une franchise argentine compétitive. Entre l’équipe des pampas XV, les jeunes joueurs formés chaque année aujourd’hui avec un objectif de professionnalisation (qui ont, on le rappelle, atteint les demi-finales du championnat du monde des moins de 20 ans il y a 1 an) et ceux aujourd’hui expatriés en Europe et qui pourraient rentrer au pays, le projet de création d’une franchise d’un niveau suffisant en 2016 paraît réaliste.

Franchise Japonaise :
Avant même de parler de sport, n’oublions pas que le Japon reste la 3e puissance économique mondiale et que de nombreuses infrastructures sportives existent déjà. Quand on y ajoute la popularité grandissante du rugby, la progression continue du championnat national, l’accroissement constant du recrutement de joueurs (célèbres) de l’hémisphère sud et l’organisation de la coupe du monde en 2019, toit cela mène la SANZAR à penser que le Japon est un marché de développement au potentiel énorme.

Sur le plan sportif, si les meilleures équipes ont aujourd’hui le niveau de celles du top 14, regrouper les meilleurs joueurs du pays permettrait-il de créer une (ou 2) franchise(s) de niveau suffisant pour le super rugby ? Car le projet aurait-il un intérêt si les équipes japonaises devaient se prendre une valise à chaque rencontre ?

Franchises Américaine et Canadienne :
Là aussi, toujours dans ce qui ressort de l’interview de Greg Peters, c’est d’abord l’intérêt économique qui est au centre de la question du développement de franchises nord-américaines. Une franchise qui pourrait par ailleurs être mixte entre les 2 pays.

Au niveau sportif, quelques rugbymen professionnels américains (Mike Pietri, Todd Clerver, Takudza Ngwenya, … ) et canadien (Jamie Cudmore, Jebb Sinclair,…) jouent en Europe ou dans le super XV, et chacune des équipes nationales dispute la coupe du monde tous les 4 ans avec un niveau honorable. Toutefois, les rugby américains et canadiens ont toujours le statut de sport amateur ou semi-professionnel dans leurs pays et la couverture médiatique du rugby n’est pas bien grande. Pour cette raison, la question du niveau sportif se pose. Notons tout de même que l’intégration des 2 équipes nationales à la Pacific Nation Cup montre une volonté de développement et d’élévation du niveau des joueurs locaux.

Franchise Islanders :
Sportivement parlant, une franchise composée de joueurs des Fidji, Samoa et Tonga est sans doute celle qui paraît la plus à même de rentrer dans la compétition. Chaque année, de nouvelles pépites issues de ces îles sont recrutées par l’élite des clubs européens (par exemple Metuisela Talebula cette année à l’UBB), et le niveau d’une franchise composée de ces joueurs devrait être suffisant pour participer à la compétition.

Toutefois, de nombreux obstacles politiques et économiques viennent à l’encontre de cette intégration. La puissance financière de ces trois pays, même regroupés, paraît bien faible pour imaginer le développement d’un rugby professionnel. De plus, rien ne garantit une entente suffisante pour la création d’une franchise commune. Lorsque l’on sait que la viabilité économique d’une région est le principal argument de la réflexion en cours, on imagine donc mal l’intégration d’une franchise des îles du pacifique au Super XV. Voici ce qu’en pense Mahonri Schwalger, ancien capitaine de la sélection samoane :

“The thing we released is it’s all about money. All the islands struggle financially. It comes down to sponsors and money to get our best players. That’s the only downfall about the islands; they don’t have the resources to compete with the big countries”. Avec ces 2 phrases, tout est dit. Alors, à moins de l’intervention d’un mécène, de l’IRB, ou plus probablement des 2 combinés, il est peu probable de voir naître une franchise îlienne d’ici 2016.

Quoi qu’il en soit, et quel que soit le développement futur du Super Rugby, il reste une difficulté majeure à résoudre : celle des déplacements énormes qu’impliquerait une aussi grande ouverture de la compétition. L’Argentine, le Canada, le Japon, les USA… ce ne sont pas des pays très proches les uns des autres, non ? La santé et la sécurité des joueurs comptent. Résoudre ce problème reste impératif avant toute réflexion sur un projet d’extension.

Author: Vincent

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2 comments
Antoine
Antoine

Article très intéressant, vraiment, sur un sujet que la presse spécialisée française snobe royalement. Ah pour parler des soucis de la FFR et de la LNR trois semaines de suite, il y a du monde ! Mais nada pour ça. Dommage, dommage... Autre remarque, j'ai l'impression - et tu en parles clairement à la fin - que les îles du pacifique vont se faire chiper les places visiblement promises dans le Super Rugby, plus par une question d'argent que de niveau. Et ça c'est ô combien regrettable. L'IRB a du boulot là-dessus. Parce qu'entre nous, pour ce qui est du Japon et surtout des USA et du Canada, il faudrait que ces équipes construisent une équipe nationale à part entière pour rivaliser avec les autres franchises. Et encore. Pour qu'elles aient le niveau, il faudrait qu'on voit les équipes américaines, canadiennes, japonaises (même si là le niveau est meilleur) vues à la coupe du monde. On a l'impression que la SANZAR regarde tout de suite vers les USA, le Canada et le Japon par soucis économique plus que par soucis sportif pour former une compétition qui désolé serait sans queue ni tête. Attention attention...

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