Bernard Foley, le timing parfait

Disclaimer : cet article a été écrit avant le match Australie-France. En cas de rouste infligée par les Wallabies aux Bleus, l’auteur décline toute responsabilité. En cas de victoire des Français, l’auteur assumera seul les moqueries éventuelles (après avoir fêté la victoire tout de même, merci).

Bernard Foley, l’ouvreur des Waratahs sera demain le n°10 des Wallabies, le maître à jouer chargé d’impulser le mouvement d’une ligne arrière qui ne manque pas de talent malgré l’absence de nombreux joueurs potentiels titulaires (blessés, écartés, partis sous d’autres horizons).

Bernard Foley Waratahs

Justement, aurait-il été titulaire si Quade Cooper n’avait été absent en raison d’une blessure ? Dur à dire, Ewen McKenzie n’a pas hésité à écarter Will Genia, le partenaire attitré du fantasque ouvreur et « meilleur n°9 du monde » (pas cette année, sans doute) qui forme la paire inamovible des Reds de l’actuel sélectionneur australien qui leur a permis de remporter le Super Rugby en 2011 et aux Wallabies le Tri Nations cette même année.

La composition de l’équipe semble indiquer que McKenzie a fait le choix des hommes en forme, et Bernard Foley fait indéniablement parti de ceux là. Pourtant, il a failli faire les frais d’un autre homme en forme, Matt Toomua, ouvreur des Brumbies, qui sera aligné en position de n°12 ou plutôt 2nd 5/8e comme les premiers centres au profil d’ouvreur sont dénommés là-bas (en rapport au rugby à XIII).

Kurtley Beale Waratahs Super Rugby

Bernard Foley a réussi à être préféré au revenant Kurtley Beale avec les Waratahs

La ligne de trois-quarts des Wallabies peut faire l’objet de bien des discussions. Fallait-il aligner Kurtley Beale, prodige en voie de rédemption, au poste de n°12 avec Adam Ashley-Cooper en n°13, pour donner aux Wallabies la structure de la ligne arrière des Waratahs (10. Foley, 12. Beale, 13. Ashley-Cooper 15. Folau) qui met le feu au Super Rugby ? Le sélectionneur australien a préféré aligner une paire des Brumbies Toomua-Kuridrani (Lealiifano, n°12 et buteur étant blessé), le premier étant meilleur défenseur que Beale tandis que le second apportera son explosivité et sa puissance. Cependant, là encore, le choix n’avait rien d’évident, Pat McCabe ou Rob Horne, tous deux en grande forme, auraient aussi pu être inclus considérant de plus leurs solides qualités défensives. Mais ce sera finalement Matt Toomua qui sera chargé de soulager Bernard Foley dans la conduite du jeu, notamment au pied.

Bernard Foley a une véritable carte à jouer avec l’absence de Quade Cooper. Avec cette tournée, puis le Rugby Championship, l’opportunité est belle d’endosser le n°10 à une période clé avec la Coupe du Monde 2015 en ligne de mire. Au bon endroit, au bon moment ? Cela dépendra de ses performances.

C’est un enfant de Sydney, où il est né, a grandi et a été formé. Il a en effet affiné ses qualités avec Sydney University en Shute Shield. Dans le même temps, il laissait libre court à sa vista offensive avec l’équipe australienn de Sevens depuis 2009, avec comme fait d’armes une médaille d’argent aux jeux du Commonwealth en 2010. 2011 fut l’année de la révélation, il est élu à la fois meilleur joueur de Sydney University et meilleur joueur de l’équipe à VII dont il est devenu capitaine.

Berrick Barnes Melbourne Rebels Super Rugby Wallabies

Le départ de Berrick Barnes au Japon a facilité l’éclosion de Foley

Seulement, la concurrence est rude à l’époque à l’échelon supérieur, chez les Waratahs. Le prodige Kurtley Beale a reculé en n°15 au début du Super Rugby 2011 après des déconvenues à l’ouverture, malgré un talent brut qui n’a que peu d’équivalent. Le titulaire est un certain Berrick Barnes, joueur doué pouvant couvrir aussi le poste de premier centre voir d’arrière. Comme le relevait notre ami du blog Le XV Nz, cela dénote d’un problème récurrent chez les Australiens : la difficulté à positionner les joueurs de manière à assurer la complémentarité des talents et le plein rendement des joueurs. En témoigne une longue liste de joueurs réputés « polyvalents » : Beale et Barnes dont on vient de parler, mais également Ashley-Cooper et O’Connor récemment, ont tous été déplacés à tous les postes ou presque de la ligne arrière.

Barnes est toutefois un joueur fragile, qui n’a pas non plus fait l’unanimité. Au cours de l’année, son absence a été compensée soit par Daniel Halangahu, bon ouvreur mais sans génie (sans offenser nos amis narbonnais), soit par un retour de Beale en n°10. C’est ce dernier qui joua finalement titulaire en barrage (perdu) contre les Blues.

L’année suivante, en 2012, l’enfant terrible Kurtley Beale a décidé de partir pour un contrat en or chez les Melbourne Rebels pour jouer aux côtés de l’autre pépite James O’Connor. La suite leur donnera tort, mais ce serait une autre histoire. Aux Waratahs, Halangahu conserve sa place, tandis que Bernard Foley commence par faire des apparitions en n°15 dans une ligne arrière bien fournie, tellement bien que la composition change régulièrement. Au cours de l’année, Barnes prendra le poste de 10 quand il sera apte, mais Bernard Foley commence aussi à y faire des apparitions.

Il faudra attendre 2013 pour qu’il endosse le costume de l’ouvreur titulaire. Les Waratahs avaient déjà l’an dernier une des plus belles lignes d’attaque du Super Rugby, malgré un manque d’efficacité relatif par rapport aux franchissements, défenseurs battus, etc. L’animation de Foley y est pour beaucoup, en plus du coup gagnant réalisé avec l’arrivée du phénomène Folau. Les résultats n’ont pas suivi, avec un début de saison difficile et une trop grande irrégularité, mais ce n’était que partie remise.

L’alchimie entre-aperçue l’an dernier donne, jusqu’à présent, sa pleine mesure cette année. Derrière un pack plus musclé, avec le remplacement du médiocre McKibbin (dans le jeu ou comme buteur) cette saison par Phipps, en provenance des Rebels, qui par sa vitesse d’éjection permet à Foley de donner sa pleine mesure. De plus, l’ouvreur assume désormais la charge de buteur, plutôt avec réussite, ce qui ajoute une corde à son arc en vue de la sélection. Est-ce que cela sera suffisant pour qu’il soit le n°1 demain ? Peut-être pas, son partenaire de la charnière, Nic White, pourrait être préféré, lui qui a assumé l’intermède au but durant la blessure de Lealiifano chez les Brumbies. Quoiqu’il en soit, McKenzie offre à Foley une occasion en or avec titularisation, à lui de la saisir.

D’un gabarit « modeste » (1m82, 90 kgs), sans être d’une rapidité extraordinaire, il délivre des prestations d’envergure grâce à un sens du jeu, un « QI rugby », exceptionnel. Capable d’attaquer la ligne, sans en abuser, il brille avant tout par sa capacité à faire jouer les autres. Pour un ouvreur, c’est la qualité première, avec la ligne arrière des Waratahs ou des Wallabies, cela fait des merveilles.

Quade Cooper Super Rugby Reds

Bernard Foley fera t’il oublier Quade Cooper?

Beaucoup considèrent que les Wallabies n’ont plus pu compter sur un grand ouvreur depuis Stephen Larkham. Beaucoup d’espoirs étaient placés en Cooper, et sans nier le talent exceptionnel de ce joueur, ses performances à la dernière Coupe du monde lui ont valu bien des critiques. Il n’est, à mon avis, pas étranger à la saison catastrophique des Reds, tout comme son compère Genia en dessous de son niveau (Horwill étant également écarté). McKenzie aurait sans doute aimé bâtir les Wallabies avec les Reds de 2011, mais il bâtit autour des Brumbies et des Waratahs de 2014.

Bernard Foley a le sens du timing dans le jeu, bénéficiera-t-il également d’un timing idéal pour devenir le n°10 dont l’Australie a besoin ? Début de réponse demain. S’il veut débuter le Rugby Championship en tant qu’ouvreur titulaire, cela passe par des bonnes performances face à la France. Si d’aventure, Foley arrivait à enchaîner, cette saison pourrait bien être celle de la consécration. En effet, les Waratahs sont bien partis pour prendre la 1ère place du Super Rugby qui garantirait une demi et potentiellement une finale à domicile, avec la voie ainsi grande ouverte vers la victoire finale. Mais nous n’en sommes pas encore là.

Au sujet de cette conjecture, un petit parallèle amusant : si Michael Cheika, entraîneur des Waratahs, remporterait le Super Rugby 2 ans après son départ du Stade Français, comme McKenzie à son époque. Peut-on être Aussie malchanceux avec le Stade Français et Aussie heureux en Super Rugby ?

En tout les cas, la roue tourne vite en rugby. Au printemps et à l’été 2011, Quade Cooper était au sommet de son art et les Wallabies au firmanent. Mais c’était avant de sombrer à l’automne, à la Coupe du Monde. Depuis, nombreux se sont perdus en route : Cooper, O’Connor et Beale ont tous traversé une mauvaise passe. En 2011, Bernard Foley commençait son ascension. Sera t’il au top fin 2014?

Author: Nico

Share This Post On
0 comments

Trackbacks

  1. […] et le XV de France, soldé par une grosse déconvenue des Bleus, nous vous avions proposé un portrait complet de Bernard Foley. Depuis cette article, il a franchi un nouveau palier et ne semble plus être le remplaçant de […]