La globalisation du Rugby par les Saracens!

Saracens Global Network
Quel est le point commun entre les clubs Old Puget Sound Beach RFC (Etats Unis), VVA-Podmoskovye (Russie), Bandeirantes Rugby Club (Brésil), Impala RFC (Kenya), RC Lelo Tbilisi (Géorgie), Toa RFC (Tonga), RC Timişoara (Roumanie), Bintang Rugby Club (Malaisie) ou Das Island Rugby Team (Emirats Arabes Unis)? Ces clubs existants depuis parfois de nombreuses années et auréolés de succès dans leurs championnats respectifs ont tous intégré le réseau crée par le club Londonien des Saracens, le Saracens Global Network et ont ainsi été renommés comme l’indique la carte ci dessus. Une stratégie peu commune dans le Rugby bien que des partenariats puissent exister entre clubs internationaux. C’est bien entendu dans le football que nous rencontrons d’autres associations de ce type comme avec Manchester City, devenu actionnaire du New York City FC, Melbourne City FC et des Yokohama F. Marinos en plus de partenariats avec de nombreux clubs et académies dans le monde. Les Saracens ont donc importé ce concept au ballon ovale.

PETIT HISTORIQUE DES SARACENS

Francois Pienaar Saracens Springboks

Francois Pienaar, l’une des premières stars mondiales ayant porté le maillot des Saracens

Dès 2002 les Saracens se sont rapprochés de contrées non traditionnelles (Europe & Hémisphère Sud) du rugby en effectuant une tournée au Japon. Sous la direction de l’ancien All Black Wayne “Buck” Shelford, ils se sont imposés 66 à 17 face aux Fukuoka Sanix Blues puis 61 à 42 devant Suntory Sungoliath. Bien que fondé en 1876, les Saracens ont surtout fait parler d’eux hors d’Angleterre lors de la mise en place du professionnalisme avec les recrutements de stars mondiales comme Francois Pienaar, Michael Lynagh, Philippe Sella, Raphael Ibañez, Taine Randell, Brent Russell voire Chris Jack.

Edward Griffiths Saracens

Edward Griffiths

Le tournant pour ce club à lieu en 2008 lorsque le milliardaire Sud Africain Johann Rupert rachète 50% des parts du club à Nigel Wray, propriétaire du club depuis 1995 et le passage au professionnalisme. Malgré de bons débuts et une ambition de faire des Saracens le “Manchester United du Rugby”, Wray ne parvient pas à faire de son club l’un des leaders du championnat Anglais et l’arrivée de Rupert va changer la donne. Johann Rupert est le président du groupe Richemont spécialisé dans le luxe avec des marques comme Dunhill, Montblanc, Jaeger-LeCoultre ou Cartier. A partir de cette époque l’influence Sud Africaine au sein du club devient de plus en plus importante, aussi bien sur le terrain qu’en coulisse. Brendan Venter (alors en poste aux Stormers) et Edward Griffiths (ancien directeur général de la fédération Sud Africaine) arrivent au club dans les bagages de Rupert respectivement au poste d’entraîneur et de président exécutif. Après une lessive en cours de saison, de nombreux joueurs Sud Africains ont alors débarqué dans la banlieue Londonienne offrant aux Sarries les surnoms de Saraboks ou Saffracens! Malgré une peur initiale de perte d’identité (voire perte de “valeurs” comme on pourrait le dire en France) les résultats se sont avérés être au rendez vous et les Saracens occupent désormais le haut de l’affiche en Angleterre. Le plan de Rupert était à l’origine d’acquérir le Wakefield RFC avec le président des Miami Dolphins, de le renommer London Tribe et de recruter massivement en Afrique du Sud. La fédération Anglais a alors posé son véto… et le club a fait faillite en 2004!

ESSOR MONDIAL DU RUGBY A VII

Rio 2016 Sevens

Les Saracens estiment pouvoir envoyer 40 joueurs à Rio

Mais dominer le rugby Anglais n’est qu’un début pour les Saracens qui souhaitent développer leur “marque” dans le monde entier. Allianz l’a bien compris en s’associant avec les Saracens lors de la rénovation du Barnet Copthall, nouvelle enceinte rénovée des Sarries dès la saison 2012-13 et renommée Allianz Park! Alors que les clubs Français, pour développer leurs “liens internationaux”, s’associent à des clubs Fidjiens pour contourner le règlement des JIFFs, les Saracens ont mis en place une toute autre approche globale aussi bien marketing que sportive. Pour contrer la baisse d’affluence dans les stades et les limitations générées par le salary cap, Edward Griffith souhaite également que les clubs de Premiership prennent au sérieux le développement du Sevens et libèrent leurs joueurs pour les principaux tournois. En effet les pays du monde “émergent” du rugby comme le Brésil, la Malaisie, le Kenya voire les Emirats ont tout misé sur le rugby à VII suite à son intégration aux Jeux Olympiques à partir de Rio 2016. Grâce à la mise en place du Saracens Global Network, Griffiths estime qu’une quarantaine de joueurs portant les couleurs des Sarries devraient participer à ces JO sous différentes couleurs nationales. Le groupe (puisqu’il est désormais difficile de ne parler que d’un club) s’est d’ailleurs associé avec la chaîne Américaine CNBC pour ses campagnes de publicité et retransmissions de match au niveau Mondial. S’implanter dans des marchés émergents est bien évidemment utile au niveau marketing afin de faire des Saracens la marque rugby la plus connue de la planète, mais elle s’accompagne d’un encadrement sportif afin que ces clubs dominent leurs championnats respectifs.

ASPECT SPORTIF DU RESEAU

Mako Vunipola Saracens

Les Saracens espèrent découvrir des “nouveaux Mako Vunipola” grâce à ce programme

Outre porter les mêmes couleurs “historiques” que le club Londonien, les différentes équipes du network vont également partager les méthodes et infrastructures d’entrainement. A une époque où le nombrilisme est monnaie courant dans le rugby, les Saracens installent des bases dans des nations où le rugby est émergent ou peine à trouver des financements. Beaucoup de ces nations émergentes ont subitement hérité de fonds olympiques sans réellement savoir comment les investir pour avoir le plus de retombées. Les Sarries proposent donc leur aide et récupèrent en retour une renommée mondiale qui intéresse forcément les sponsors mais également un réseau de recrutement étendu. D’après Edward Griffiths “ce développement est logique commercialement et en terme de recrutement. Nous offrons à ces clubs ce dont ils ont besoin à savoir un capital intellectuel comme des programmes de coaching, des programmes de musculation et de remise en forme ainsi que des conseils médicaux”. En tissant des liens avec Toa (village d’origine de la famille des frères Vunipola) ainsi qu’aux USA, en Roumanie, en Géorgie et en Russie, nations ayant déjà participé à une Coupe du Monde, l’aspect du recrutement des joueurs locaux prend tout son sens. Dans le cas du club Tongien, les joueurs toucheront une bourse dès l’âge de 14 ans et recevront en plus de leur formation rugbystique, des programmes académiques. Une façon de retenir au pays des joueurs de plus en plus tentés par l’exil afin de subvenir au besoin de leurs familles. Les Saracens espèrent découvrir de nouveaux talents hors des frontières habituelles grâce à ce réseau, le roumain Catalin Fercu en est l’exemple, ce dernier ayant tapé dans l’oeil de Mark McCall lors d’un match amical entre les Saracens et leur branche roumaine de Timisoara. Il est le premier joueur du réseau à rejoindre l’Allianz Park.

Avec neuf clubs en plus de la “maison mère”, le Saracens Global Network est pour le moment bien fourni. Mais les Sarries, actuellement en pleine phase d’investissement, ne devraient pas s’arrêter là et pourraient continuer leur expansion mondiale. Après un match amical cet été face à une sélection dites des Bermudes, ils pourraient prochainement tisser des liens dans les Caraïbes.

Author: Adrien

Bien évidemment pour parler rugby du sud, il faut aimer ce sport et aimer écrire! Après un an à Sydney où j’ai chaussé les crampons pour le Mosman Rugby Club aux côtés d’australiens, d’européens, de kiwis, de sud afs, d’islanders et même de zimbabwéens ou de japonais, le retour en France a été difficile avec une presse spécialisée qui préfère parler de la signature du pilier de La Voulte à Lourdes plutôt que du Super Rugby ou des autres compétitions passionnantes de l’hémisphère sud ! Alors pour éviter que Christian Jeanpierre ou Mathieu Lartot vous présentent comme “nouvelle star de l’hémisphère sud” le joueur qui cartonne en bas depuis 3 saisons, j’ai décidé de créer Sud Rugby en 2009 dans le but de proposer une information pertinente, crédible et régulière.

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