Spered Sevens – Reportage dans un club de rugby à VII Breton

Spered SevensCe n’est plus une surprise depuis bien longtemps, le rugby à VII séduit et se développe. Sport à potentiel universel, désormais olympique, le Sevens conquit de plus en plus de joueurs. Les World Series sont de plus en plus suivies, médiatisées et de nombreux quinzistes dans l’âme se prêtent au jeu. L’« esprit Sevens » plaît, et ce un peu partout dans le monde. Sport déjà très populaire auprès des nations dites “classiques” de la planète ovale, le VII séduit également dans des contrées plus exotiques avec les mythiques étapes de Hong Kong voire Dubaï et bientôt Singapour et Vancouver. Cette universalité nous plait chez Sud Rugby d’où l’envie de voir comment ce sport, que nous pouvons considérer comme “global” contrairement au XV, se pratique ici.

REC Rennes RugbyMais voilà exception Française oblige, le Sevens semble prendre quelque peu de retard dans l’Hexagone. Clubs encore réticents, fédération quinziste rigide, culture du jeu peu présente, la France se prête moins au VII. Mais les choses progressent et des initiatives naissent un peu partout, et ce même hors des terres de rugby classiques. A Rennes pour ce qui nous intéresse avec Spered Sevens (« Spered » signifie « esprit » en breton), équipe de VII du REC, club de Fédérale 3. Après avoir enfilé les crampons avec eux, interview d’Arthur Calvet, un des joueurs à l’initiative de l’équipe, équipe coachée par un certain Lucas Faugeron, fils de Didier Faugeron.

Est-ce que tu peux rappeler d’abord l’esprit de Spered Sevens, pourquoi ça a été créé et par qui ?

Arthur Calvet : On était quatre amis du REC rugby qui jouaient assez régulièrement en Fédérale 3. Deux étaient déjà de Rennes et les deux autres venaient du reste de la Bretagne ou des régions alentours. Lucas Faugeron était passé par Brive et le Stade français. L’actuel président vient de La Rochelle. On a vu qu’Impact Sevens (de Bordeaux) ou Free Sevens (de Bassens, en Gironde également) organisaient pas mal de tournois déjà. On s’est dit que ça pourrait être bien de suivre l’exemple, en Bretagne pour le coup, vu qu’il n’y en avait quasiment pas. On gardait aussi en tête le fait qu’étant donné que c’était quelque chose de quasi unique en Bretagne, c’était plus facile d’obtenir des subventions et des sponsors. Il fallait créer une identité Bretonne, tenter de développer et diversifier le rugby Breton. En allant dans le Sud-Ouest on peut ainsi faire parler de la Bretagne en matière de rugby, alors que c’est peu le cas aujourd’hui.

Et pour ce qui est du championnat, comment s’organise t’il,  avec quels clubs ?

Il n’y a pas de championnat à proprement parler. Dans le VII il n’y en a pas. Ce qui fait fonctionner ce sport ce sont les tournois et pour le coup il y en a beaucoup et ce un peu partout en France. Quasiment tous les weekends à partir de mai il y en a au moins un à coup sûr. Il y en a en France comme en Europe d’ailleurs et on est souvent amené à aller en dehors de la France. Quand on y va on part pour deux jours et on reste là-bas, dans le pur esprit Sevens qui s’est toujours fait autour de matchs courts mais nombreux. Il y a souvent beaucoup de monde, c’est la fête, etc… Le niveau supérieur de ces tournois informels n’est que le World Series avec ses propres championnats internes qui se divisent en plusieurs sous-championnats. Entre les deux il n’y a rien.

Certains clubs arrivent-ils à imposer la marque Sevens en premier ?

Quasiment pas et même en-dehors de la France. La priorité des clubs reste le XV et les équipes de VII se font avant tout après. Les clubs qui le font, c’est plus pour se marrer, quand la saison se termine tôt en mars. Ceci dit, en sport études et dans les centres de formation, le VII commence à émerger et on en fait de plus en plus, pas seulement pour s’éclater.

L’entraînement de sevens se fait sur les infrastructures quinzistes du club. Ici le terrain synthétique du REC

L’entraînement de sevens se fait sur les infrastructures quinzistes du club. Ici le terrain synthétique du REC

Est-ce que tu crois que le VII serait un moyen de se détacher de la géographie du XV, qui reste on le sait très implantée dans le Sud-Ouest ?

La Bretagne n’est pas une terre de rugby en soit. Mais avec le Sevens c’est différent. On voit que tout le monde peut y arriver, des clubs émergent un peu partout en Europe et comme il y en a peu le niveau est beaucoup plus resserré parmi les différents clubs qu’au XV. Quand on regarde l’évolution et l’émergence du Kenya ou du Portugal à VII, on se dit qu’il y a peut-être la place pour nous clubs de monter en niveau assez rapidement alors qu’au XV c’est beaucoup plus compliqué. Ça nécessite des grosses structures, beaucoup d’argent. Pas besoin de ça au sevens, on fait des entraînements avec rien, en s’appuyant sur les structures déjà existantes de nos clubs de XV.

Justement pour ce qui est des entraînements, essayez-vous vous de faire des choses typiquement sevens ou plutôt à côté du XV ?

A Rennes on fait en fin de saison les entraînements de sevens sur les plages horaires du mardi soir prévues pendant toute la saison pour les séances de musculation. Ça nous permet de continuer les entraînements à un bon rythme hors Fédérale 3 et aussi de diversifier notre jeu en vue du XV. Mais en quelques entraînements, on voit finalement assez vite que quelques-uns sont bien meilleurs à VII, plus amenés à trouver les espaces. D’autres ont déjà des lacunes techniques à XV qui sont à VII clairement décuplées. Une passe maladroite se voit tout de suite à VII…

Pendant les entraînements, vous passez assez vite au touché finalement. Est-ce que tu n’as pas l’impression qu’en faisant ça on se rapproche des modalités du XV au final ?

Non je ne crois pas. En fixant plusieurs règles, en limitant le nombre de touchés, on est obligé d’éviter le contact, de ressortir, de chercher des espaces, d’éviter l’affrontement, etc… Pour ce qui est du plaquage, on sait que si les types viennent le mardi ce n’est pas pour plaquer, ils savent le faire finalement. Le but reste de toucher un maximum de ballon et de courir. Au fur et à mesure on développera les modalités typiques du VII avec des exercices pour développer les skills sevens. Mais ici comme on est encore en saison de XV le but est de jouer avant tout et de se faire plaisir. On cherche aussi à fidéliser des joueurs au fur et à mesure. On se basera sur le VII juste avant les tournois.

Plus globalement au niveau du VII dans le monde. Qu’est-ce qui bloque pour toi pour que le VII n’explose pas complétement en France, par rapport aux autres pays ?

Le premier problème est pour moi institutionnel, il vient de la fédération. Les joueurs qui sont attitrés sevens sont des joueurs qui avant tout ont joué en Top 14, qui n’avaient pas forcément beaucoup de temps de jeu et qui se sont adaptés et reconvertis avec le VII (comme Julien Candelon, peut-être le meilleur joueur de l’équipe de France sevens). En général ce sont des joueurs qui ne percent jamais réellement. Quand tu vois qu’en Nouvelle-Zélande c’est quasiment le schéma inverse… Il faudrait d’abord lancer des joueurs bien prometteurs à VII qui pourquoi pas après peuvent se reconvertir à XV. Mais ça commence à venir et Sacha Valleau par exemple qui a 19 ans est un exemple de puriste et il a commencé à faire quelques matchs en Équipe de France.

Sacha Valleau, étoile montante du rugby à VII français

Sacha Valleau, étoile montante du rugby à VII français

Et penses-tu qu’à long terme une structure comme Spered Sevens pourrait former des joueurs de VII, susceptibles de jouer au plus haut niveau ?

Il est clair que les passerelles sont beaucoup plus faciles qu’à XV donc pourquoi pas. On va voir comment ça se développe au fur et à mesure. Mais de toute façon aujourd’hui sans championnat approuvé par la FFR ça reste compliqué. Mais si un se met en place, une sorte de Worlds Series propres à la France, ça peut être bien et permettre de promouvoir les talents des quatre coins de l’Hexagone (ça existe par exemple en Nouvelle-Zélande où l’on retrouve globalement les provinces d’ITM Cup mais à VII – NDLR). Mais pour l’instant vu le nombre restreint d’associations aujourd’hui ce n’est pas vraiment possible. Même pour Impact Sevens ou Free Sevens, la FFR y accorde peu d’importance. Et je ne vois pas pour l’instant les clubs dépenser de l’argent pour le VII, elles préfèrent le faire pour leur centre de formation voire pour les clubs professionnels. C’est à la FFR de le faire au début, je ne vois que ça de possible.

Penses-tu que les JO vont avoir un impact sur le Sevens ? Parce que quand on voit que même la presse spécialisée type Midi Olympique n’accorde que deux pages (et encore) au rugby à VII, on se dit qu’il y a encore du chemin à faire ?

Très clairement. La fédération commence à y accorder plus d’importance. L’exposition médiatique et la popularité peuvent se développer assez vite, comme c’est un sport spectaculaire et pas encore connu. Pour l’instant ça reste télévisé sur Rugby+, il faut connaître. Si le sevens émerge vraiment, c’est que tout se fera de pair, à la fois la reconnaissance de la FFR, la construction d’un championnat et de là viendra l’exposition médiatique. Les JO devraient déjà avoir ce rôle et ça peut débloquer les choses.

On parle du rôle de la FFR, des médias, etc… Ne penses-tu pas qu’au final les raisons d’une certaine résistance française ne sont pas avant tout culturelles ? La volonté de jouer spontanément et librement, d’avoir une bonne technique, etc… le rugby français n’y est pas habitué, non ?

Je ne suis pas sûr. On a quand même en France ce French flair, cette volonté première de jouer. On reste dans l’esprit Sevens au fond. Je crois que le souci est d’avoir voulu copier le modèle britannique fondé sur le physique, le gabarit. Quand tu vois que les centres de formation commencent à recruter à partir d’1m90 et 100 kilos… Pour moi le rugby français, ce n’est pas ça. On commence peut-être à en voir l’échec avec les résultats récents du XV de France. Je pense qu’il faudrait arrêter de copier ce modèle britannique, de vouloir à tout prix faire du physique et repasser par des plus petits gabarits. Moi j’ai commencé qu’à faire du VII qu’à 17 ans. Pour développer de vrais bons joueurs, ça arrive un peu tard…

L’équipe de Spered Sevens, qui s’étoffe peu à peu. Crédit : @Speredsevens

L’équipe de Spered Sevens, qui s’étoffe peu à peu. Crédit : @Speredsevens

Ne penses-tu pas que dans les écoles de rugby on devrait faire plus de jeu et ce plus tôt ? On pourrait penser à une école de Rugby avec un R majuscule, combinant tout ce qui peut exister ?

Je pense oui. Il faut tendre vers ça. Le VII est de toute façon plus formateur que le XV, plus complet. Il faut avoir de plus grandes passes, savoir cadrer les défenses plus facilement, savoir tout faire quelque part. On l’utilise trop tard à partir des cadets/juniors. Apprendre les modalités du XV et sa mise en place ne fait pas de vous un bon joueur de « rugby ». Ils sauront se placer sur le terrain le jour J. Mais 10 ans après ils en perdront beaucoup. Beaucoup d’équipes de XV arrêtent en mars. On pourrait penser à une saison divisée en deux avec sa deuxième partie uniquement consacrée au VII, quand les beaux jours reprennent.

Author: Antoine

Dépressif pendant plusieurs années. A sombré non pas dans la drogue, mais dans le Top 14 de longs vendredis soir, notamment à travers les prestations d’une équipe jouant en blanc et rouge (ou ciel et blanc je sais pas trop ; ah, on me souffle dans l’oreillette que c’est pareil de toute façon) dirigée par un type au nom d’effaceur et qui a toujours fait des chemises trop chères pour moi. Tout semblait perdu, je n’étais plus que l’ombre de moi-même, rêvant parfois d’un « David Marty Tribute » sur Youtube. Et un beau jour, mon adolescence de pré-Directioner fut sauvée de justesse par le rugby, le vrai, celui d’en bas (pas d’Agen hein). Richie, Bismarck et Quade sont devenus mes héros, le Super Rugby mon fantasme. P.S : tente de temps à autres de pondre des papiers sur un blog constitué d’un futur chauve étant grand admiratif de Sony Bill Williams et d’un stagiaire argentin alcoolique souvent habillé en poncho.

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