Le Dépucelage Rugbystique

C’est un moment qu’on attend avec impatience, que l’on appréhende et que l’on redoute. Mais l’excitation de vivre ce moment demeure immense, car on ne sait pas vraiment comment il va se passer. Dur, il le sera certainement. Douloureux, on ne l’espère pas, mais on ne l’exclu pas. Jouissif, peut-être pas sur l’instant, mais probablement après, plus tard, lorsque l’on y repensera, que l’on se dira, « je l’ai fait, on l’a fait ».

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Oui, le dépucelage est un moment charnière de sa vie, il ouvre les portes de la sexualité, de la maturité pensons-nous alors, de l’âge adulte croit-on. Le parallèle est parfaitement trouvé, adéquate au possible. Du dépucelage sexuel au dépucelage rugbystique, il peut n’y a qu’un pas.

Rendez-vous Monfichet Road dans l’Est Londonien. Les ébats rugbystiques se dérouleront dans une résidence plutôt immense, équivalente à un appartement T100 pouvant accueillir au bas mot 70.000 personnes. Il est 20h50, la petite Namibienne s’approche du terrain de jeu, le rectangle vert à remplacé le lit. Elle a revêtu sa belle tunique bleue pour l’occasion, et attend son bourreau, la « toute noire » comme elle se fait surnommer. C’est à cet instant que le mimétisme des deux dépucelages opère. La petite Namibienne attend ce moment avec impatience, mais l’appréhende et le redoute probablement un peu. Elle est excitée car ce soir c’est sa première contre la « toute noire », dure à dompter. Les 23 guerriers d’Afrique Australe vont vivre un instant unique, mais ils le savent, ce ne sera douloureux que s’ils se soumettent à la toute puissance néo-Z, et ils s’enivreront de joie au coup de sifflet final pour avoir eu le courage et l’honneur d’affronter les All Blacks.

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Le souvenir d’un dépucelage manqué et dur à vivre, face à une autre grande nation du rugby. Il y a 12 ans, l’Australie corrige ainsi les Welwitschias sur un score historique de 142 à 0. Par ailleurs, bien que la Namibie ait participé à 4 Coupes du Monde (depuis 1999), elle n’a jamais fait mieux que dernier de groupe et n’a malheureusement aucune victoire à inscrire sur un tableau de chasse où son plus grand fait de gloire se résume à une belle défaite, aussi paradoxale que cela puisse paraître, sur un score plus qu’honorable de 32 à 17 face à l’Irlande, lors de la Coupe du Monde 2007 en France. Du reste, une ribambelle de déconvenues, faisant de l’équipe nationale Namibienne le sparring partner des coiffeurs.

Sans entrer dans un résumé fastidieux et sans grand intérêt de cette première rencontre entre la Namibie et les champions du monde en titre Néo-Zélandais, retenons simplement les faits notables.

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Des Namibiens tenaces, à l’image des petits qui montent

Bien qu’on leur annonçait une large défaite – 80 points minimum – les coéquipiers de J.Burger ont fermement résisté face aux champions du monde en titre. Certes, la victoire reste large (58-14), mais à l’instar de la Roumanie, de la Géorgie, du Japon ou de l’Uruguay, la Namibie montre à son tour que les nations du Tier 2 dans la hiérarchie internationale progressent et se rapprochent des meilleurs (toute proportion gardée entendons-nous) ; le Japon faisant exemple de modèle à suivre. Alors que ces équipes concédaient quasiment à coup sûr plus de 50 points, voire près de 80, 100 points il y a encore quelques années, il n’en est rien jusqu’à présent depuis le coup d’envoi du mondial Anglais. Jamais encore la barre des 60 points n’a été franchit (les 58 points des All Blacks sont pour l’instant en tête – article écrit avant Australie vs Uruguay) et aucun match ne relève d’un écart supérieur à 50 points, le maximum étant pour le moment de 45 points lors de la victoire des Gallois sur l’Uruguay (54-9). Enfin, la Namibie peut se targuer – comme le Portugal en 2007 – d’avoir inscrit un essai aux All Blacks, et également de n’avoir concédé que 24 points en seconde période, pour 8 inscrits.

Le baptême de Sam Cane

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R.McCaw sur le banc, le vice-capitaine K.Read également remplaçant, c’est le successeur désigné du premier nommé qui endosse le dossard de capitaine de l’équipe de Nouvelle-Zélande. Au passage, le troisième ligne des Chiefs déloge son père spirituel du Top 5 des plus jeunes capitaines de la Silver Fern, le devançant donc à l’âge de 23 ans, 8 mois et 11 jours. R.McCaw avait lui honoré son premier capitanat en sélection en 2004 face au Pays de Galles, il était alors âgé de 23 ans 10 mois et 20 jours.

Les coiffeurs des All-Blacks, mais que des All-Blacks

Pour cette deuxième rencontre, et après une victoire non sans difficultés face aux Pumas, c’est tout naturellement que Steve Hansen avait fait le choix d’effectuer un gros turn-over. Seuls S.Whitelock, les deux ailiers N.Milner-Skudder et J.Savea ainsi que J.Kaino ont été alignés d’entrée dans les deux matchs. Le joueur des Blues ne devait d’ailleurs ne pas être titularisé, L.Messam, étant finalement laissé au repos à cause d’un mollet douloureux.

L’équipe a priori bis des All-Blacks n’en avait pourtant pas l’air d’en être une. Je vais être bref, mais si je vous cite les noms de V.Vito, S.Cane, SBW, M.Fekitoa, B.Barrett, TJ.Perenara, C.Taylor et les autres, nul doute que ces joueurs trouveraient une place de titulaire dans une autre écurie majeure du gratin mondial. Terrible résignation pour le sélectionneur qui est obligé, sur les gros matchs de son équipe, de laisser des Porsches au garage parce qu’il a des Ferraris qui tournent. Résignation de riche, certes. Parallèlement en France, on a longtemps roulé en Citroën plutôt haut de gamme, avec du Peugeot en arrière boutique. Mais depuis quelques années on a préféré changer pour du low-coast, on privilégie du Dacia, sur le terrain comme sur le banc. Pas tellement d’autre choix il faut le reconnaître.

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Les Néo-Zélandais en toute tranquillité

Les hommes de Steve Hansen ont abordé ce match avec beaucoup de sérieux, bien que joué d’avance, à l’image de la pénalité tentée par B.Barrett à la 5ème minute de jeu. Pour le reste, on retiendra la belle résistance des Namibiens malgré une adversité largement supérieure. Laquelle a su rester lucide, sérieuse, appliquée et fidèle à elle-même. Pas de fioriture ni d’excès individualisme. Altruisme et technicité ont animé les néo-zélandais, mais ces derniers se sont abstenu de passer la troisième vitesse, ne donnant pas l’impression de rechercher à tout prix à donner une leçon de rugby aux Namibiens, pas plus que de les humilier au tableau d’affichage. Faute certainement à une résistance inattendue des hommes de Phil Davies. Par ailleurs, le second acte fut plus haché, notamment à cause des mêlées souvent refaites et re-refaites et qui ont cassé le rythme. Sans trop forcer, les All Blacks ont fait le job comme on dit. Ils n’ont guère impressionné loin de là, et n’ont pas su ou pas mis les ingrédients pour hausser le rythme, face à des Namibiens qui n’ont pas démérité, valeureux et surprenants même. Un rythme de croisière serait tout à fait adéquat pour résumer l’ensemble de l’acte.

Ça pue le rugby

Des crochets dévastateurs de N.Milner-Skudder élu homme du match aux offloads somptueux de SBW offrant notamment un essai à M.Fekitoa à la 20′, ces deux-là nous ont offert des gestes de pure beauté rugbystique mercredi soir dernier sur la pelouse du Stade Olympique de Londres. On n’oublie pas non plus la prise d’intervalle et l’accélération supersonique de B.Barrett sur son essai personnel, le jeu en puissance de J.Savea ou encore le jeu à trois parfait entre N.Milner-Skudder qui réceptionne parfaitement une petite transversale au pied de B.Barrett avant de servir dans le mouvement C.Taylor qui s’en ira sceller le score.

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Le moment du match – au milieu de ce festival d’essais à sens unique ou presque – c’est l’unique fois où les Namibiens sont allés en terre promise. L’essai a eu lieu à la 51′ minute par l’intermédiaire du premier centre J.Deysel. Les décibels sont alors montées de deux crans dans l’enceinte londonienne.

Prochain rendez-vous pour les deux équipes mardi pour la Namibie qui affrontera le Tonga (victoire des Islanders mais belle rencontre des Welwitschias), et Vendredi 2 Octobre pour la Nouvelle-Zélande qui devra se défaire de la pugnacité géorgienne.

Author: Paul

Si le joueur équivalait au passionné que je suis, je ne jouerai pas dans un club de Fédérale 3 en banlieue bordelaise, mais bel et bien aux Blues d'Auckland. Alors, faute de pouvoir côtoyer le Graal de l'ovalie, je le regarde, l'admire, le rêve, le bade. Il m'inspire et me donne envie d'écrire. Alors je prends ce qui me sert de plume, c'est à dire mon ordinateur, et je cause point G rugbystique lorsque je me sens trop excité après un match de Super Rugby, d'ITM Cup ou de Rugby Championship. Ce jeu fait d'instinct, de technique, de vitesse, d'intensité et de volupté est le résultat d'un état d'esprit, d'une façon de percevoir et d'appréhender le rugby. Nous avons tout à apprendre de ce rugby, celui qui fait vibrer et celui qui gagne. Sud de ton prénom, Rugby de ton nom, veux-tu m'épouser ?

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