La Finale !!!

Quel match !!! La Coupe du Monde m’avait presque fait oublier que le Top 14 pouvait nous gratifier de match ô combien chiant. Un UBB versus Stade Toulousain à Chaban-Delmas nous a souvent offert des duels sensationnels, très enlevés et plein de suspens. Cette fois-ci, il n’y aura eu que le suspens, car pour le contenu de la rencontre, il fut bien terne.

Pour la suite, je file avec les copains au rond-point, comprenez le bar, qu’irais-je faire sur un giratoire! Pas le temps d’aller dans un pub plus sympathique sous peine de rater la première ½ finale de la Coupe du Monde. Je prends donc mes aises. Accolé à un pilonne en haut duquel est raccordé une superbe banderole Paul Ricard, bière à la main, pendant que les copains se pochtronne derrière moi, accoudés au bar, enquillant les pintes avec autant d’efficacité que Dan Carter et Handré Pollard aux tirs au but. La foule est imbibée de houblon, ses membres jouent des coudes pour accéder aux comptoirs. Les conditions pour regarder ce match sont à peu près aussi dantesques qu’une pluie londonienne l’est pour jouer au rugby. Le point positif de cet environnement inadapté pour apprécier un beau match de rugby – comme il serait incongru de boire un Lynch-Bages dans un verre à eau ou bien d’inviter madame au McDo un soir de la Saint Valentin pour vous donner un ordre d’idée – c’est que je n’entends pas le fameux, l’ami Christian. Point négatif, je suis entouré de Christian Jean-Pierre. Celui juste derrière moi par exemple, en fin connaisseur, déclare carrément à ses amis, que Jonah Lomu n’a jamais été un grand joueur, qu’il a juste eu de bons ballons qu’il a su bien exploiter de temps en temps. Le match va être long, très long… Mais une fois le coup d’envoi donné, obnubilé par l’écran qui me fait face, l’environnement qui m’entoure n’est qu’artifice, l’émotion monte. Celle que tout puriste ressent en voyant un grand match, de grands joueurs, de belles équipes. Cette émotion qui est chez moi, surenchéri par ces joueurs Blacks, ces funambules de l’ovalie, ces artistes…

4h36 plus tard, retour au bercail après un match agité, et une soirée gérée

…Et lorsque l’émotion monte je ressens ce besoin d’écrire, lorsqu’elle me submerge je ressens le besoin de retranscrire à tout prix cette émotion au travers de mots et de phrases ampoulés qui pourtant, ne traitent que de rugby. Dès lors je lis et relis des citations inspirées de la vie et qui me permettent d’enclencher à mon tour, la dictée de mon inspiration dès lors que je serais tomber sur LA citation qui créée le déclic. Pour cette introduction c’est l’une de Frédéric Beigbeder qui a fait office de détonateur et à laquelle je m’identifie parfaitement : “On peut être obsédé par quelque chose et le pratiquer très mal”. Parallèle personnel d’une autocritique entre le passionné et le pratiquant de rugby que je suis.

Cet exercice d’écriture est subtil, mais assez bizarre, amenant certains d’entre vous (peut-être) à me trouver quelque peu, sinon complètement saugrenu, au précipice de l’asociabilité. Pourquoi ce besoin d’écrire, pourquoi monopoliser des heures à taper sur un clavier virtuel pour au final, pondre un texte qui sera lu par une poignée de curieux et de copains fidèles? Des heures durant lesquelles je devrais plancher et bachoter à propos de ce qui me permettra de gagner ma vie plus tard, ou simplement des heures utilisées pour rien faire ou entretenir mon tissu social.

Le lendemain, une après-midi dominicale de repos pour les rugbymen amateurs, et dans l’attente de la seconde ½ finale

Mon inconscient: – “T’es qu’un vieux qui grille des cigares avec ton père en t’abreuvant de Don Papa sur fond de David Gilmoure un dimanche après-midi. Tu peux pas aller dans un bar avec des potes te fendre en deux, parler fion et compagnie, refaire le monde devant Australie-Argentine? Tant pis, continue ton monologue introspectif avec toi-même, tu iras claquer des culs dans tes rêves sur youjizz.

Ma conscience : – En réalité, lorsque l’un de mes collègues me gratifie d’une trop belle plume au point que l’on en oublie parfois que je parle de rugby, n’est ce pas là, la raison de ce temps (perdu?) à écrire? Le moyen que j’ai trouvé pour satisfaire un narcissisme forgé contre mon gré par une société individualiste et que j’essaie tant bien que mal de déborder. Mon humilité inculquée par mon éducation a peut être une faille, ce serait ces articles qui n’apportent rien à rien, sinon une satisfaction personnelle, un sentiment d’avoir répondu à un besoin singulier. Ou bien, peut-être suis-je simplement trop passionné par ce jeu qui m’inspire au-delà de la raison, et je reviendrai alors à la citation de Frédéric Beigbeder. »

Pour tout vous dire, à défaut de parler fion et compagnie avec les copains, je m’exerce à la métaphore (confère article “Dépucelage rugbystique”). Cette fois encore, la finale de cette Coupe du Monde de rugby 2015 m’invite à m’y essayer.

En route pour le titre

Mais trêve de grandiloquence, place aux choses sérieuses. Le jour, l’heure et le lieu de rendez-vous étaient fixés depuis belle lurette. Vendredi 18 Septembre, 21 heure à l’angle de Whitton Road et Rugby Road. Bref, au Twickenham Stadium. Des semaines que l’excitation montait chez les puristes, le moment approchait et l’envie d’en découdre gagnait nos esprits de passionnés.

L’acte peut débuter, des roses par milliers présagent le romantisme d’une compétition qui fait bander, non! Rêver chaque amateur de l’ovale, qu’il y participe ou la regarde. Dimanche 11 octobre, fin des préliminaires. Ce fut grandiose, de belles surprises, une avalanche d’essais, du beau jeu au quatre coins du royaume. Plus que huit prétendants au Graal. La partouze peut commencer, place aux choses sérieuses, pénétration (sans équivoque bien sûre) au cœur des phases finales. Elle sera compliquée voire douloureuse pour certains : le coq aurait été inspiré d’utiliser de la vaseline pour fluidifier son jeu ou alors pour moins souffrir, sous les sauvages coups de fouets infligés par une fougère argentée sans pitié; les diables verts soumis aux pumas dominateurs, ont eu un petit coups de mou fatal; quant au chardon et au poireau, il n’ont pu atteindre l’orgasme d’une qualification, Wallabies et Springboks sont partis avant.

Désormais la fin approche, l’excitation ne cesse de croître, l’intensité va atteindre son paroxysme, l’orgasme est imminent. Le Springbok et le Puma ont quittés la sauterie, laissant le couple lié par la seule Mer de Tasman à leurs ébats. Qui de l’Australie ou de la Nouvelle-Zélande va atteindre le point G, tutoyer le plaisir ultime et extrême de soulever le trophée William Webb Ellis pour une troisième fois?

La coupe du monde de la maturité

Cette Coupe du Monde incarne une certaine maturité de la pratique du rugby. Le jeu d’attaque prédomine et chaque équipe a tenté, avec ses capacités, de produire du volume de jeu pour l’emporter. Les défenses, aussi imperméables soient-elles, la conquête, et l’occupation par le jeu au pied sont des moyens d’actions et ne constituent pas la clé de voûte des systèmes de jeu. Même l’Afrique du Sud prône un jeu offensif, certes selon sa norme, celle du “jeu à une passe”  et du défi physique plutôt que du contournement. Mais elle n’est plus cette Afrique du Sud championne du Monde en 2007 avec des artilleurs comme base systémique qu’étaient Butch James à l’ouverture, François Steyn au centre et Percy Montgomery à l’arrière.

Par ailleurs, on constate un nivellement global de la compétition où les petits ne sont plus ou de moins en moins de simple faire-valoir des grosses écuries. Vous me voyez venir, c’est évidemment la victoire du Japon qui atteste parfaitement de ce nivellement. Mais cela se traduit également par des écarts de points moins importants que lors des éditions précédentes. Aucune équipe n’a inscrit plus de 70 fiches lors d’une rencontre, une première depuis 1987. Exit les débâcles de plus de 80 voire 100 points comme il était coutume de le voir lors de rencontres opposant australiens, néo-zélandais ou autres anglais face aux uruguayens, portugais, italiens, namibiens parmi d’autres. Pour autant, et preuve tout de même de cette tendance à l’attaque et de la teneur en velléités offensives durant cette 8eme édition, cette dernière n’est pas la moins prolifique en terme de points inscrits puisque jusqu’à présent 2351 points ont été marqué par les participants contre 2245 il y a 4 ans et alors que ce chiffre ne cessait de décroître depuis 2003 et le passage à 20 équipes En effet, 2835 points ont été inscrits lors du sacre de l’Angleterre et 2478 lors de la Coupe du Monde en France.

S’il n’y a plus de véritables déconvenues, cela ne signifie donc pas nécessairement moins de points inscrits, et si le professionnalisme et l’internationalisation du rugby participe de ce nivellement, la production d’un jeu d’attaque ample, fluide, rapide et volontariste au possible – parfois à l’accès lorsque l’on voit l’envie débordante de jouer et pour le coups un peu trop, des argentins face à l’Australie – est également un facteur prépondérant dans ce nivellement constaté et le nombre de points inscrits qui n’en ai guère affecté. Le record d’essais inscrits en 1/4 de finale lors de cette Coupe du Monde illustre d’ailleurs à merveille ce fait, bien que la défaite de la France tronque quelque peu la donne.

Une finale en apothéose

Indéniablement les deux finalistes sont les deux meilleures équipe du monde, et il est important de signaler ce qui semble être une évidence pour une finale de Coupe du Monde. Car cet axiome n’a pourtant pas été systématiquement l’apanage de ces finales, à l’instar de celles disputées par les tricolores en 1999 et 2011, ou celle encore de l’Afrique du Sud en 1995, où c’est deux nations n’étaient alors guère prédestinées à atteindre l’ultime marche vers la consécration. Il va donc de sois de souligner la domination par le jeu de la Nouvelle-Zélande et de l’Australie sur les autres nations, et cela sans conteste. Inutile d’ailleurs de s’attarder sur les qualités offensives de ces deux équipes dans un simple but de vous convaincre de celles-ci. Vous n’avez qu’à regarder les All Blacks jouer depuis des lustres et vous n’aviez qu’à regarder l’Australie durant cette Coupe du Monde, le triplé d’Adam Ashley-Cooper par exemple ou les 63 points des All-Blacks en 1/4 de finale symboliseront justement cet esprit d’attaque qui émane de ces deux équipes et leur domination qui en découle.

L’enjeu et la pression ne devrait pas inhiber ces deux équipes expérimentés, ni les brider dans ce qu’elles font de mieux, jouer à un rugby fait de vitesse, de passes et de mouvement. Espérons d’ailleurs que le destin puisse former un toit invisible au-dessus de Twickenham afin que la pluie ne vienne annihiler le beau jeu.

NZ vs OZ : Le duel en Coupe du Monde

L’histoire en guise de présage heureux pour les Wallabies qui ont glané leurs deux titres mondiaux lors des deux seules Coupe du Monde organisées en Grande-Bretagne. En 1991 d’abord où Nick Farr-Jones avait soulevé le trophée Webb Ellis au nez et à la barbe des Anglais, dans leur temple de Twickenham et ses 56,000 supporters. En 1999 ensuite, John Eales déjà présent 8 ans plus tôt, soulève à son tour la Coupe du Monde dans un Millenium Stadium de Cardiff flambant neuf. De plus, et bien que la domination néo-zélandaise soit sans partage depuis 8 ans, l’Australie peut se targuer de les dominer dans le cadre des confrontations directes en Coupe du Monde puisqu’ils mènent par deux victoires à une. La première c’était en 1991 lors de la demi-finale, où les champions en titre s’étaient inclinés 12 à 6 face à David Campese, Michael Lynagh et leurs acolytes. La seconde confrontation donnera lieu à une deuxième victoire australienne. En 2003, sur leurs terres, Georges Gregan et ses hommes se sont imposés 22 à 10 en demi-finale. Enfin, la dernière confrontation, qui a vu les All-Blacks sortir vainqueur cette fois-ci, c’était il y a 4 ans, une nouvelle fois en demi-finale où les futurs vainqueurs n’avaient pas fait de détails en l’emportant 20 à 6.

Très fort celui qui est capable d’affirmer mordicus la victoire de l’une ou l’autre équipe pour cette 4ème confrontation, inédite à ce stade de la compétition.

Leur Coupe du Monde 2015 en chiffre

Nouvelle-Zélande

Australie

Pourcentage de victoire 100,00% 100,00%
Pts inscrits (moy./match) 256 (42,67) 205 (34,17)
Essais marqués (moy./match) 36 (6) 26 (4,33)
Transformations – pénalités – Drops 26 – 7 – 1 15 – 15 – 0

Parcours de l’Australie :

OZ – Fidji : 28-13

OZ – Uruguay : 65-3

Angleterre – OZ : 13-33

OZ – Pays de Galles : 15-6

OZ – Ecosse : 35-34

Argentine – OZ : 15-29

Parcours de la Nouvelle-Zélande :

NZ – Argentine : 26-16

NZ – Namibie : 58-14

NZ – Géorgie : 43-10

NZ – Tonga : 47-9

NZ – France : 62-13

Afrique du Sud – NZ : 18-20

Un titre Samedi soir et le parcours des hommes de Michael Cheika serait tout simplement exceptionnel, car semé d’embûches. Dans un groupe de la mort duquel les australiens ne devaient a priori pas sortir il y a encore quelques mois, Stephen Moore et les siens ont réussi l’exploit (tout de même), de se qualifier avec en prime la première place de la poule corroborée de belles victoires face aux rivaux notamment, anglais et gallois. Par la suite, s’ils se sont fait extrêmement peur face aux Ecossais, les Wallabies ont montré que leur qualification pour le dernier carré n’était pas due à une simple erreur d’arbitrage. Leur prestation face à l’Argentine en atteste.

Les tenants du titre ont de leur côté dérouler sans encombres, et c’était d’ailleurs là la crainte à l’abord des phases finales, ce manque d’adversité en poule après une entrée réussie sur le plan comptable face à l’Argentine. Le récital produit face à la France, suivit de l’impressionnante maîtrise démontrée en demi-finale face aux Springboks ont suffit pour mettre les Blacks dans le tempo des matchs à enjeu.

Des duels de classe en veux-tu, en voilà

Pour tout grand scénario, de grands acteurs. Cela tombe bien celui-ci en regorge du 1 au 23 de part et d’autre. Gros plan sur les duels de cette finale

Première ligne, tête contre tête

La mêlée fermée ne constitue pas une fin en soi pour ces deux équipes, mais davantage une rampe de lancement pour la cavalerie. Si les Wallabies ont fortement progressé dans ce secteur depuis la prise en main par Mario Ledesma, ils ont éprouvé quelques difficultés face à l’Argentine. Sekope Kepu impérial depuis le début de la compétition a eu du mal a ralentir la fougue latine, pas vraiment aidé par James Slipper qui a subit toute la partie, ne faisant pas oublier Scott Sio. Ce dernier est de retour pour la finale. Côté néo-zélandais c’est guerre mieux puisque le tout dernier appelé Joe Moody (en lieu et place de Tony Woodcock) a connu de grandes difficultés face à son vis-à-vis sud-africain. Australiens et néo-zélandais, aucun ne devrait rechercher la soumission absolue de son adversaire en mêlée fermée, les deux équipes devraient se neutraliser dans ce secteur.

Quant au duel des talonneurs, il est très haletant. Stephen Moore et  Dan Coles, tous deux sont des très actifs dans le jeu. Le néo-zélandais se fait souvent remarquer en attaque part sa vitesse et son explosivité alors que le capitaine australien est davantage mis en avant de par son activité défensive, sans mésestimer ses qualités de perforateurs loin de là.

Les attelages, tours de contrôle à l’horizon

Le meilleur attelage du monde emmené par le meilleur joueur du monde 2014 ne cesse d’impressionner depuis le début de la compétition. Brodie Retallick démontre match après match sa palette rugbystique et sa modernité dans la conception du poste de deuxième ligne. Adroit, technique, puissant, il est un redoutable perforateur, mais sait faire jouer ses coéquipiers à merveille. Son activité est débordante, tout comme sa capacité à avancer ballon en main. Il est également précieux en touche avec notamment 5 ballon volés sur lancés adverses dans cette Coupe du Monde, soit la deuxième meilleure performance. Son compère n’est pas non plus en reste, auteur d’une demi finale de haut vol Sam Whitelock est précieux en touche ainsi que dans son activité dans le jeu courant. Très impliqué défensivement et dans le travail de l’ombre du jeu au sol, il parvient aussi à se proposer, à bon escient, lorsque son équipe porte le ballon.

Leurs homologues sont plus méconnus sur la scène internationale, pourtant Rob Simmons et Kane Douglas, 26 ans tous les deux, forment un attelage très sûr pour Michael Cheika. Après la non-sélection de James Horwill, la blessure prématurée de Will Skelton, il pouvait subsister des doutes, mais chez les sceptiques uniquement. Leurs prestations face aux argentins a en tout cas de quoi rassurer les supporters Green & Gold. Leur complémentarité permet aux Wallabies de posséder une deuxième ligne performante en défense, rugueuse dans le travail dit ingrat, mais aussi pénétrante ballon en main. A ce titre, Kane Douglas a réalisé un 15/15 aux plaquages face aux Pumas, tandis que son binôme c’est lui illustré par son efficacité en touche, son essai, et son activité défensive également.

Choc des tauliers en troisième ligne

Le duel des anti-stars, dans l’ombre de leurs compères de la troisième ligne. Pourtant, ces deux joueurs sont précieux pour leur équipe et diablement efficace dans les tâches auxquelles ils s’assujettissent. De part leurs qualités ils participent l’un comme l’autre au fait que le trident 6-7-8 de leur équipe respective soit complet et complémentaire.

Jerome Kaino apporte beaucoup de puissance et de mobilité dans les offensives néo-zélandaises, il est également un redoutable défenseur et affectionne davantage les montées en pointe rapide à l’abattage autour des rucks. Depuis le début de la compétition il est le meilleur plaqueur de son équipe avec 48 unités.

Son homologue est loin d’être en reste avec 55 plaquages (dont un exceptionnel 16/17 en ½ finale), devançant Michael Hooper et David Pocock avec respectivement 8 et 9 plaquages de moins. Enfin, si Scott Fardy est moins réputé pour ses qualités d’attaquant que son vis-à-vis, il est le capitaine de touche et demeure indispensable dans ce secteur pour les Wallabies.

Les 4 fantastiques face à face pour un match dont l’issue dépend crucialement de leurs prestations. J’appelle le capitaine Richard McCaw à la barre, pour sa 148ème sélection et probablement la dernière. Il incarne le charisme même du capitaine leader, le maître dominateur par excellence que personne ne se risquera à contester. Le maillot des All Blacks n’appartient à personne, pourtant il a construit sa propre hégémonie sous cette tunique noire depuis près de 15 ans. Pour sa dernière, nul doute qu’il gratifiera ses troupes de nombreux plaquages, de pénalités gagnées et de turn-over ô combien précieux. Nul doute qu’il régulera le match par ses errements dans des endroits obscurs où beaucoup ne s’aventureraient même pas à y laisser traîner la main, ce dans un but précis, annihiler les velléités adverses.

Mais le Cavalier de Christchurch aura deux beaux clients pour lui tenir tête. Un Michael Hooper coureur, disponible et se démultipliant en attaque, mais également très rude, dur au mal et philatéliste nous laisse t-il à penser au vue de son affection particulière pour le timbre, Julian Savea fait d’ailleurs partie de sa collection depuis peu.

Surtout, le taulier Green & Gold qui a tant manqué aux siens en ¼ de final, sera incontestablement l’ennemi numéro un du capitaine néo-zélandais, plus encore, de toute l’équipe. David Pocock, à défaut d’être capitaine ou d’évoluer à son poste préférentiel de troisième ligne côté ouvert, se mue en poison tenace. Pour cause, 14 ballons grattés depuis le début du mondial, record de la compétition. Il a encore démontré qu’il était le meilleur gratteur de la planète. Par ailleurs, si son havage défensif n’est plus à présenter, il est le moteur des ballons portés australiens, l’amenant à marquer régulièrement dans cette position. Seul petit bémol relevé face aux argentins, son manque d’apport de puissance ballon en main. Il doit davantage mettre son physique de déménageur à contribution pour casser la ligne d’avantage ou mettre son équipe dans l’avancée.

Il a porté 13 fois le ballon au-delà de la ligne d’avantage durant la compétition, par comparaison, son homologue c’est 31 ballons portés au-delà, soit le troisième meilleur performeur depuis le début. En outre, Kieran Read ce n’est pas uniquement la puissance et la classe technique incarnées. Son rendement défensif en ½ finale et sur l’ensemble du mondial (44 plaquages, autant que son capitaine) ne laisse planer aucun doute sur ses qualités défensives. Enfin, à l’instar de Scott Fardy, le capitaine des Crusaders est prépondérant en conquête. Record de ballons volés en touche pour Kieran Read avec un nombre de 6, mieux que l’attelage australien à lui tout seul.

Les précoces de l’éjection, les petits patrons

Si le passionné devait s’exprimer avec subjectivité, il dirait que le duel Genia/Smith est haletant car ces deux joueurs sont pour lui, les deux meilleurs au monde (et/ou ses deux préférés, à vous de juger). Cela dit, même avec objectivité ce duel à distance entre le meilleur ½ mêlée au monde et le fils spirituel de George Gregan est grandiose pour une finale de Coupe du Monde.

D’un côté un dynamiteur, il rythme la partition de son équipe, ses sorties de balles sont d’une propreté à faire bader tous les ½ mêlée de l’ovalie. Charismatique et entraînant, il guide à merveille ses avants, vif et rapide il est capable de faire sauter les verrous d’une défense en une accélération, bien que l’on puisse regretter son manque d’initiative face aux Springboks. Aaron Smith sera de nouveau un excellent colonel et une bombe à retardement débordant d’énergie face à l’armada de Cheika.

De l’autre côté en revanche, c’est sur des départs explosifs et tonitruants que Will Genia a bâti sa réputation, mais on ne peut que regretter son manque d’entrain et d’initiative comme il l’a si souvent démontré par le passé. Depuis quelques mois, le futur parisien demeure cet éjecteur propre et rapide, ce défenseur sûr, en somme cet excellent animateur, mais on attend de lui qu’il lâche le frein à main.

Les ouvreurs à l’œuvre

Bernard Foley a explosé aux yeux du grand public, et a même démontré aux amateurs de rugby qu’il n’était pas uniquement un très bon buteur et un simple passeur. Ses qualités d’animateur sont désormais incontestables, attaquant la ligne à bon escient. Le joueurs des Tahs devra néanmoins se montrer plus régulier au tir au but qu’en ½ finale où ses deux échecs face aux Pumas ont permis à ces derniers de rester dans le match au tableau d’affichage.

En face, son homologue nous a gratifié de deux prestations de très haut vol face à la France d’abord, à l’Afrique du Sud ensuite. En final, un Daniel Carter des grands jours sera déterminant pour la victoire de son équipe. Si maîtrise et lucidité animent le néo-racingman de la même manière qu’en ½ finale, il faudra s’attendre à une grande prestation de sa part.

Les légendes

La finale entre l’Australie et la Nouvelle-Zélande sera également l’occasion de voire s’affronter deux des meilleures paires de centres de la planète. Au-delà des individualités exceptionnelles, c’est la complémentarité induite qui permet cette alchimie offensive chez les deux finalistes.

Matt Giteau, le fameux 5/8ème de cette équipe est la clé qui manquait à l’Australie ces dernières saisons. Son sens du jeu, son altruisme et sa palette technique en font l’atout phare de la ligne d’attaque des Wallabies, en atteste sa passe exceptionnelle sur le troisième essai d’Adam Ashley-Cooper face à l’Argentine. Bien que ménagé en défense sur les lancements de jeu, il reste irréprochable lorsqu’il faut aller au charbon dans le jeu courant.

Duel de légende, puisque face au toulonnais, son futur coéquipier sur la rade devrait tenter de le châtier sur quelques courses pénétrantes. Celui qui est considéré par nombre de ses pairs comme le plus grand joueur de l’histoire des All Blacks ne voudra en aucun cas manquer sa sortie. Ma’a Nonu joue juste, alternant course rentrante et jeu au large par une passe fusante qu’il a su peaufiner depuis de nombreuses saisons et qui est désormais aussi efficace que ses plaquages offensifs. Il sera comme toujours épaulé par son frère de terrain Conrad Smith.

Le joueur des Canes est le régulateur de la défense néo-zélandaise et demeure un redoutable attaquant. Le snake joue toujours avec beaucoup d’intelligence, mais aura fort à faire face au meilleur second centre au monde en 2014, révélation de ces deux dernières saisons à ce poste. Le fidjien d’origine Tevita Kuridrani est l’atout puissance des australiens au milieu du terrain, les Ecossais en ont d’ailleurs fait les frais.

La classe n°11 et n°14 s’il vous plaît

Ils sont bien aidés par le travail de sape de leur avants permettant le jeu en avançant, mais les ailiers en présence nous offre un spectacle de finissions grandiose depuis le début du mondial, depuis plusieurs saisons devrais-je dire.

En agrandissant la focale, il y a le duel de l’expérience (Adam Ashley-Cooper 31 ans et 113 sélections ; Drew Mitchell 31 ans et 69 sélections) face à la jeune fougue (Julian Savea 25 ans et Nehe Milner-Skudder 24 ans). Mais lorsque l’on zoom, ce double duel ne se résume pas à cela. Les deux Wallabies, la trentaine passée, ont encore leurs jambes de 20 ans. Nous avons en tête le triplé du néo-bordelo-béglais ou encore la course fulgurante du toulonnais. Lesquels devront en revanche resserrer les boulons en défense puisqu’ils ont chacun manqué 50% de leurs plaquages face aux argentins.

En face, Julian Savea comptabilise déjà 40 sélections (pour 38 essais) ce qui lui revêt d’une certaine expérience tout de même. Auteur de 8 essais durant cette Coupe du Monde il est en tête de ce classement et comptera bien battre le record de réalisation en une édition.

Enfin, le moins expérimenté des 4, c’est la révélation du Super Rugby 2015, et probablement les appuis les plus déroutant du circuit. Entre se faire pulvériser par Julian Savea ou se faire mystifier par l’ailier des Hurricanes, les tricolores vous laisse le choix. Second meilleur marqueur d’essai de la compétition avec 5 réalisations, Nehe Milner Skudder est également le troisième joueur de la compétition à avoir effectué le plus de percées (7) et le plus de mètres parcourus (437).

La cerise sur le gâteau

Enfin, les arrières en présence sont également ce qui se fait de mieux au monde. Bien qu’Israel Folau ne soit pas très en vue, voire même fantomatique, depuis le début de la Coupe du Monde, il est l’un des tout meilleur relanceur de la planète et ses qualités physiques et athlétiques – proches de celles de Sonny Bill Williams – en font un joueur moderne et complet capable de peser sur les défenses comme peu de joueurs.

L’arrière néo-zélandais Ben Smith, est quant à lui dans une forme exceptionnelle dans cette Coupe du Monde. Il sent le jeu comme peu de joueurs et sait être au bon endroit au bon moment. Aussi intenable que ses deux coéquipiers avec qui il forme le triangle de fond de terrain, l’arrière des Landers a effectué 10 percées depuis le début de la Coupe du Monde (3ème meilleure performance) et a parcouru 453 mètres ballons en main, soit la seconde meilleure performance.

Comptons sur ces deux là pour enflammer le match lorsque les occasions leurs seront données.

Author: Paul

Si le joueur équivalait au passionné que je suis, je ne jouerai pas dans un club de Fédérale 3 en banlieue bordelaise, mais bel et bien aux Blues d'Auckland. Alors, faute de pouvoir côtoyer le Graal de l'ovalie, je le regarde, l'admire, le rêve, le bade. Il m'inspire et me donne envie d'écrire. Alors je prends ce qui me sert de plume, c'est à dire mon ordinateur, et je cause point G rugbystique lorsque je me sens trop excité après un match de Super Rugby, d'ITM Cup ou de Rugby Championship. Ce jeu fait d'instinct, de technique, de vitesse, d'intensité et de volupté est le résultat d'un état d'esprit, d'une façon de percevoir et d'appréhender le rugby. Nous avons tout à apprendre de ce rugby, celui qui fait vibrer et celui qui gagne. Sud de ton prénom, Rugby de ton nom, veux-tu m'épouser ?

Share This Post On