All Blacks – Une génération passe, et après ?

A peine les All Blacks ont mis la main sur leur deuxième Coupe du monde de rang que les ennuis leur font face. La Nouvelle-Zélande a vu plusieurs de ses tout meilleurs joueurs signer leur dernière prestation internationale ce soir d’octobre 2015. Ils ne reviendront plus mais d’autres devront les remplacer, quoi qu’il arrive. Alors, simple tournant générationnel ou début d’une époque moins glorieuse pour les All Blacks ? Éléments de réponses.

Richie McCaw Retraite Nouvelle Zélande

On peut bien parler d’une « génération McCaw » qui s’en va

Elle s’en est allée en beauté cette génération. A McCaw, Carter et autres Conrad Smith la gloire éternelle. Ils auront dominé le rugby de la dernière décennie et ce titre mondial scelle la carrière de quelques-uns des meilleurs joueurs que notre sport ait connus.

Si l’on peut effectivement insister au cas par cas sur l’apport de chacun de ces joueurs – ce sera fait – mieux avant tout lire les choses en termes de génération. Le rugby est un sport collectif et mieux vaut parler d’associations de joueurs, de complémentarité, d’interactions que de d’évoquer isolément le talent de certains joueurs. Cette génération, que l’on appellera la « génération McCaw » (Woodcock, B. Franks, Mealamu, McCaw, Carter, Nonu, Smith prennent leur retraite internationale) est tout simplement celle qui a porté les All Blacks à ce qui est leur meilleur niveau jamais atteint. Les chiffres ne mentent jamais : la Nouvelle-Zélande c’est dix ans de présence à la première place du classement IRB sur ces douze dernières années. C’est 11 Tri puis Four Nations sur 14 possibles. C’est 87% d’invincibilité. C’est plus de 900 sélections pour sept joueurs. C’est deux Coupes du monde gagnées d’affilée sur quatre possibles, chose inédite. Alors certes les quelques joueurs qui ont fait leur adieu à la sélection comptent peu au milieu des dizaines et des dizaines de joueurs qui se sont illustrés sur la même période. Mais ils comptent énormément en talent et en leadership. Et une suprématie planétaire vielle d’une décennie passe forcément par des hommes d’exceptions, présents du début à la fin.

Le changement est important, mais est-il inédit ? La Nouvelle-Zélande a déjà connu des creux dans son histoire et il est clair qu’ils n’ont pas toujours connu la postérité. On se souvient du creux au tournant des années 2000 où c’est l’Australie qui dominait globalement le rugby mondial autour de la génération Gregan-Larkham. C’était la première génération du professionnalisme et dieu sait l’innovation qu’ils ont apportée, autour de la vision du coach Rod McQueen. Au bout de cette révolution un titre de champion du monde (1999) et de vice-champion du monde (2003). Et pour le coup, les All Blacks étaient – non pas largués – mais distancés par les innovations aussies. On se souvient aussi du creux – certes plus court – au sortir de la Coupe du monde 2007. Deux fois de suite les Springboks ont remis la main sur le Tri-Nations et nul doute qu’avec le titre mondial gagné en 2007 l’Afrique du Sud était à l’époque devant la Nouvelle-Zélande. Plus globalement l’Histoire a montré que les All Blacks n’étaient pas aussi invincibles qu’il n’y paraissait – ce n’est pas aux Français qu’on l’apprendra. Certes tout ça est vrai. Mais pour autant, le départ de la génération McCaw semble tout à fait inédit. D’abord, il n’y a que la Nouvelle-Zélande à être autant touchée par ce phénomène. On a cessé de dire pendant la Coupe du monde que les équipes d’Australie, d’Afrique du Sud, de l’Argentine mais aussi de l’Angleterre étaient extrêmement jeunes (autour de 24 ans de moyenne d’âge) et qu’elles pouvaient prétendre à un beau futur. Alors que toutes les autres grandes nations mondiales ont déjà leurs leaders pour la prochaine Coupe du monde en 2019, la Nouvelle-Zélande – elle – doit les trouver. En plus, la génération McCaw est ce qu’on pourrait appeler la deuxième génération du professionnalisme, après celle de Gregan et de Larkham. C’est cette génération qui a énormément contribué à moderniser le jeu, à étendre les limites physiques dans les tests-matchs, à révolutionner leurs différents postes. Qui de mieux en termes d’innovation que les McCaw, Carter et Conrad Smith ? Des joueurs aussi révolutionnaires ne se trouvent pas comme ça et il faut bien réaliser que cette génération était exceptionnelle. Son retrait du rugby mondial l’est donc tout autant.

All Blacks World Champion

Belle brochette de Champions désormais retirés du niveau international.

Alors certains ne se laisseront pas avoir et évoqueront volontiers la capacité du rugby Néo Zélandais à renouveler ses cadres, grâce à un vivier de joueurs exceptionnel dans le pays. A chaque fois c’est pareil, la Nouvelle-Zélande a l’impression de perdre ses meilleurs joueurs mais finalement en retrouvent d’aussi bons peu de temps après. On a déjà salué sur ce blog l’exemplarité du système de formation néo-zélandais, sa capacité à progressivement faire émerger de grands joueurs grâce à un système pyramidal unique (Universités → Heartland Championship → ITM Cup → Super Rugby → All Blacks). On a aussi salué la capacité des franchises néo-zélandaises à lancer tôt de jeunes espoirs dans le grand bain et à vite leur donner des responsabilités (McCaw, All Black à 20 ans et capitaine à 24 en est le meilleur exemple). Tout ceci est vrai et nul doute que ça aidera les All Blacks à ce changement générationnel. Mais ça ne fait pas tout.

Individuellement, d’autres hommes prendront les places à prendre

Si l’on mesure l’impact du départ de la génération McCaw au cas par cas, on constate finalement assez vite que les joueurs seront remplacés car d’autres depuis déjà un certain nombre d’années sont leurs remplaçants désignés. Les sept retraités internationaux (Woodcock, B. Franks, Mealamu, McCaw, Carter, Nonu, Smith) ne laisseront pas leur fauteuil de titulaire vide.

Joe Moody Super Rugby Crusaders

Joe Moody pousse derrière Wyatt Crockett pour remplacer Tony Woodcock

En première ligne, les changements sont déjà faits et la dernière Coupe du monde a cristallisé ce tournant. Depuis plusieurs saisons, Tony Woodcock est vieillissant et tout le monde le sait. S’il a pu un temps être considéré comme le meilleur pilier du monde, on l’a peu vu avec les Blues en Super Rugby ces dernières années. Ses pépins physiques se sont multipliés (il repoussait sans arrêt sa préparation physique de début de saison à plus tard), il a perdu de son rendement physique sur le terrain, commettait de plus en plus de fautes (notamment en mêlée) et faisait pas mal de fautes de défense. Ça n’a jamais été aussi net que cette année et Steve Hansen s’est chargé de lui dire, à tel point qu’il était parfois mis sur le banc. Il y aura concurrence pour le remplacer. Wyatt Crockett semble le meilleur. Fort d’une série de très bonnes années avec les Crusaders et d’une expérience palpable, Crockett est déjà meilleur que Woodcock. Il est assez mobile, correct en mêlée et surtout très bon défenseur. Ceci dit, l’émergence ces trois dernières années de Joe Moody lui complique la tâche et nul doute que lui aussi sera à maintes reprises titulaire les prochaines années. Moody a la capacité d’être plus mobile que ses deux aînés. Derrière, on connaît le talent d’un Pauliasi Manu (Chiefs ; présent dans le squad dans la finale mais pas sur la feuille de match) et voir de jeunes joueurs comme Reggie Goodes (Hurricanes), Siate Tokolahi (Chiefs) ou Brendon Edmonds (Highlanders) dans le futur sous le maillot noir n’est pas exclu. Ben Franks part lui la saison prochaine pour les London Irish. Mais l’ainé des frères Franks a peu souvent été titulaire et finalement si les Blacks perdent en profondeur de banc ils devraient la regagner assez vite grâce aux joueurs précédemment cités. L’atout de Franks dans le groupe était surtout sa polyvalence gauche/droite en pilier.

Dane Coles All Blacks Hurricanes

Dane Coles, talon du futur et futur des Blacks

Concernant le talon, Keven Mealamu a déjà son successeur tout tracé en la personne de Dane Coles. Mealamu a été unanimement un pilier du pack ces dernières années et son apport physique en a fait l’un des meilleurs talonneurs du monde. Mais l’arrivée de Dane Coles ne date pas d’hier. Il est très vite passé du stade de titulaire en Super Rugby à titulaire avec les All Blacks. On remarque l’intelligence du staff kiwi qui a su, progressivement, intégrer Coles, l’habituer au très haut niveau, à la mentalité néo-zed, aux combinaisons. Il était cette année le net titulaire. Coles est ultra complet. On vante souvent sa mobilité et son explosivité hors du commun – ce qui est vrai – mais c’est oublier sa justesse technique en touche, ses talents de défenseur et sa présence dans les rucks. Coles est juste un joueur hors-normes.

Sam Cane Chiefs Super Rugby

Cane nous fait déjà du bon McCaw

Pour Richie McCaw on aurait pu prétendre à un impossible remplacement. Comment remplacer ce qui est pour certains le meilleur joueur de rugby de tous les temps ? Ça n’a finalement pas été aussi compliqué que ça. Il faut dire que les choses ont été préparées depuis un sacré bout de temps. Quand il s’agit de trouver un remplaçant à McCaw, on met les petits plats dans les grands. Cet homme c’est Sam Cane qui depuis désormais quatre ans est désigné comme le successeur du grand McCaw. Et c’est tout simplement son alter ego sur le terrain. Plaqueur infatigable, joueur de soutien, gratteur renommé, Cane fait ce que McCaw faisait à son âge. Lui reste-t-il sans doute à acquérir plus « de métier », de savoir technique, d’intelligence de jeu, de lucidité dans les grands matchs. Cane pourrait d’abord en décevoir certains mais pour apprendre ce genre de choses, il faut goûter aux tests-matchs. Dont acte. Derrière lui, un certain Ardie Savea (Hurricanes) s’avère être un sous-remplaçant de choix. Davantage dans le style d’un Michael Hooper, Savea est une pile sur le terrain et affole les défenses adverses. On pouvait lui reprocher un manque de savoir-faire et de puissance dans ses premières années pro mais Savea a vite évolué et sa dernière saison en Super Rugby a mis tout le monde d’accord. Hâte de le voir avec les Blacks. Matt Todd (Crusaders) fut aussi un temps désigné comme le successeur de McCaw. Dans un style similaire, il offrait un rendement hors-norme sur le terrain. Mais finalement il a peu évolué au cours des cinq dernières années et Cane lui a grillé la politesse. Ceci dit, il pourra suppléer sans problème. Des joueurs comme Shane Christie (Highlanders) ou Calum Gibbins (Hurricanes) ne devraient pas être sélectionnés chez les Blacks sauf si hécatombe de blessure. Mais pour le lointain avenir on plébiscitera Blake Gibson (Blues) qui s’il n’est sans doute pas le successeur de McCaw est le successeur de Cane. Vous voyez comment les choses sont bien faites!

Aaron Cruden Chiefs Super Rugby

Aaron Cruden va-t-il s’imposer une bonne fois pour toute ?

Même constat pour Dan Carter : on connait déjà son successeur et ce depuis un bon bout de temps. Il s’agit d’Aaron Cruden. Le Cruden aperçu en finale de la Coupe du monde 2011 a bien évolué et fut ces dernières plusieurs fois le meilleur demi d’ouverture du Super Rugby. A cause des pépins physiques à répétition de Carter, Cruden a souvent dû être titulaire et en profité pour – déjà – prendre de l’expérience. Il a clairement épaté au point que la place de titulaire de Carter était sérieusement mise en doute. La faute à une blessure longue, Cruden n’a pas joué la dernière Coupe du monde mais ça ne fait pas de doute : Cruden est excellent et saura suppléer Carter. Très bon défenseur, assez attaquant mais pas trop, très bon passeur, Cruden reste dans le style de Carter et de celui du n°10 néo-zed standard. Cruden n’est ceci dit pas tout seul et Beauden Barrett a pris l’habitude d’être sur les feuilles de match des All Blacks. Plus attaquant et plus explosif, Barrett doit pour beaucoup être titulaire avec les Blacks. Mais il a souvent été préféré en impact player et ce au poste d’arrière. Reste à voir le rôle que lui donnera le staff mais Barrett est de toute façon une valeur sûre. Derrière Lima Sopoaga (Highlanders) est très bien côté en Nouvelle-Zélande. Ouvreur propre et complet, il a connu sa première sélection cet été avec les Blacks et devrait dans le futur en obtenir d’autres. Les jeunes Damian McKenzie (Chiefs), Ihaia West (Blues) ou Richie Mo’unga (Crusaders) sont des All Blacks en puissance mais malheureusement pour eux ils ne sont pas les seuls demis talentueux en Nouvelle-Zélande.

Malakai Fekitoa Super Rugby Highlanders

Fekitoa ne sera pas le prochain Conrad Smith mais doit élever son niveau de jeu

C’est finalement au centre que les choses se compliquent un peu quand on regarde bien. Perdre coup sur coup Ma’a Nonu et Conrad Smith est un gros coup dur. Alors on connaît à priori leurs remplaçants et ceci est une bonne chose. En premier centre Sony Bill Williams devra passer à la vitesse supérieure. Très souvent remplaçant ces dernières années, Williams n’a pas non plus conquit tout le monde que ce soit avec les Chiefs qu’avec les Blacks. Ça reste un grand talent et évidemment sa science du jeu après-contact fait figure de référence dans le jeu. Ses atouts physiques sont aussi un sérieux argument. Mais Williams n’a sans doute pas la lucidité, la propreté et la virtuose d’un Ma’a Nonu et encore moins d’un Conrad Smith. C’est ce qu’il devra travailler pour vraiment réussir à combler la perte au centre (s’il continue sa carrière à XV, un retour à XIII semblant déjà dans les tuyaux pour 2017). En second centre, Malakai Fekitoa a émergé en 2014 comme l’une des nouvelles pépites du rugby kiwi. Il a peu souvent été titularisé mais ses apparitions ont plutôt été convaincantes. En tant qu’impact player Fekitoa était utile. Son explosivité, son rythme et son jeu debout restent exceptionnels. Mais toute la question est de savoir comment un joueur comme Fekitoa peut remplacer Conrad Smith. Et on s’aperçoit bien que jamais il n’arrivera à le remplacer…

Ryan Crotty All Blacks

Ryan Crotty est une alternative sérieuse à cours terme

En tout cas jamais dans son style, celui d’un régulateur de la ligne arrière. Les deux profils sont à l’extrême opposé dans ce que peut être un second centre. Mais c’est aussi au staff des Blacks de s’adapter et de faire avec et dire que Fekitoa ne pourra remplacer Smith ce n’est pas non plus dire qu’il est mauvais. Il a de quoi apporter et une paire Williams-Fekitoa s’annoncera comme physiquement hors-norme et véloce. C’était la paire remplaçante à la Coupe du monde et tout nous pousse à croire que ce sera la prochaine des Blacks, en tout cas pour l’instant. Ceci dit, Ryan Crotty a aussi une carte à jouer dans la bataille. Quelques fois aperçus sous le maillot noir (13 sélections depuis 2013), Crotty reste l’un de ses joueurs qui n’aurait jamais eu sa chance avec les Blacks alors qu’il est depuis longtemps très bon en franchise, en l’occurrence les Crusaders. Bon passeur, habile après-contact et défenseur propre, Crotty est très complet et peut clairement apporter si Williams ou Fekitoa déçoivent. Surtout que son profil est différent. On note que ces trois joueurs peuvent à la fois jouer n°12 ou n°13 et ce sans changer leur niveau de jeu. Des joueurs comme Charlie Ngatai (Chiefs), George Moala (Blues) ou Richard Buckman (Highlanders) pourront servir de seconds couteaux sans problème voire plus éventuellement. Ils sont tous d’âge moyen et dans le cas des deux premiers ont connu leur première cap l’été dernier face aux Samoa. Pour ce qui est de la relève à long terme les choses paraissent assez floues. Beaucoup de joueurs peuvent potentiellement un jour revêtir le maillot noir mais ils ont tous beaucoup à prouver et ne se distinguent pas les uns des autres. C’est le cas de Anton Lienert-Brown (20 ans ; Chiefs), Seta Tamanivalu (23 ans ; Chiefs), Matt Proctor (23 ans ; Hurricanes), David Havili (Crusaders ; 21 ans), Vince Aso (19 ans ; Hurricanes), Sean Wainui (20 ans ; Crusaders) et TJ Faiane (20 ans ; Blues). Ce sont tous de grands espoirs au poste en Nouvelle-Zélande. Mais ils ont pour le moment peu ou pas joué en Super Rugby et pour l’instant l’idée de les voir jouer chez les All Blacks paraît peu concevable. Mais s’ils se révèlent en Super Rugby alors ce pourrait être la relève dans la Nouvelle-Zélande a besoin. Pita Ahki (Hurricanes) et Sam Vaka (Chiefs), tous deux passés par le sevens et qui tentent l’aventure à XV depuis peu de temps seront aussi à suivre. Le revenant Rene Ranger (Blues) pourrait prétendre à une place dans le prochain squad des Blacks, tout dépend de son état de forme qui reste assez inconnu. Enfin, l’hypothèse de voir Ben Smith en n°13 n’est pas impossible. C’est déjà ce qu’avait essayé Steve Hansen en remplacement de Conrad Smith sur un match de tournée de novembre et le résultat avait été plutôt bon. On connaît les skills et l’intelligence de Ben Smith et un tel remplacement peut être très pertinent. Surtout, il remplacerait idéalement Conrad Smith dans le rôle du régulateur et de Mr Propre. A voir selon les besoins au centre et les ressources à l’arrière.

Collectivement, plus dure sera la chute

Ben Smith All Blacks Highlanders

Les sélectionneurs des All Blacks devront s’appuyer sur Ben Smith, le Mr Propre des arrières

Si l’on fait du cas par cas, on peut être amené à relativiser la perte des vétérans All Blacks et se dire que de toute façon, d’autres prendront les places. Mais le rugby est un sport collectif, dont sa version moderne attache énormément d’importance aux structures de jeu, à la complicité entre les joueurs et à la « combinaison » de différents profils sur le terrain. Mettre les meilleurs joueurs du monde sur le terrain est une chose, les faire jouer le meilleur rugby possible en est une autre. Et en l’occurrence pour les Blacks, la perte de ces icônes risque de peser très lourd. On sait pertinemment que les All Blacks plus que n’importe quelle équipe attachent une importance fondamentale à la structure de son jeu et à la construction faite en amont, ce qui peut conduire certains à parler d’un jeu formaté. Équilibre, osmose entre les joueurs, cohérence sont les faits de jeu – conçues par les coachs et appliquées par les joueurs – qui font en partie toute la réussite des Blacks, depuis que le rugby est pro. J’avais déjà cité dans un vieil article l’idée que l’osmose entre les leaders était une des raisons de succès des Blacks et que sans cette osmose, bien souvent les kiwis perdaient (en l’occurrence contre l’Angleterre). Et à partir du moment où l’on enlève d’un coup des leaders de terrain et de vestiaire comme McCaw, Smith, Nonu, Carter ou Mealamu, on peut comprendre que cette osmose peut s’évaporer. D’ailleurs, on connait la confiance qu’accordent les différents entraîneurs néo-zeds pour leurs leaders. Bien souvent, les coachs kiwis font confiance très tôt à des joueurs en particulier et très vite en font des joueurs clefs, à l’inverse du « modèle » français. Sélectionner McCaw à seulement 20 ans alors qu’il n’avait même pas une saison entière de Super Rugby et le nommer après capitaine à 24 ans relève de cette logique. Plus techniquement, parler en termes de « structures de jeu » compte énormément chez les All Blacks. On sait très bien qu’un axe Carter-Nonu-Smith est ultra cohérent, complémentaire et en fait difficilement remplaçable. Retrouver des joueurs de ce niveau-là et de cette cohésion là et très compliqué. Au centre, Williams, Fekitoa ou même Crotty sont individuellement excellents. Mais de là à créer une cohésion propre à celle d’une paire Nonu-Smith, il y a un fossé. Il faudra savoir donner confiance en des joueurs de talents et qui ont cette mentalité du jeu All Black. Aaron Cruden ou Ben Smith sont des exemples parfaits et des pistes pour le futur.

Kieran Read Crusaders Super Rugby

Kieran Read, à priori nouveau capitaine.

La question du leadership se pose aussi. On a souvent pu parler de « McCaw dépendance » ou de « Carter dépendance » pour cette raison-là. Le cas de McCaw est flagrant : si Sam Cane est sportivement très bon et presque déjà au niveau de McCaw, son aura en tant que leader est clairement moindre. Les Blacks perdent leur capitaine de la dernière décennie. On connait déjà les têtes des nouveaux leaders : Kieran Read, Ben Smith ou Aaron Smith. Mais ces joueurs ne peuvent faire défaut et doivent passer le niveau supérieur. Sportivement plus humainement, les choses deviennent vite compliquées et on voit bien que même si les McCaw et Cie ont déjà leurs remplaçants poste par poste, il est plus compliqué collectivement de trouver des solutions. On ne voudrait dire qu’il y a urgence pour une équipe au sommet de sa forme lors de la dernière Coupe du monde. Mais le sillage de la tournée des Lions en 2017 est déjà tracé. D’autant que les JO de 2016 vont priver les Blacks de l’aide de Sony Bill Williams, de Liam Messam et d’Ardie Savea. A côté de ça les Piutau, Slade, B.Franks et Thrush qui offraient une bonne profondeur de banc sont partis pour l’Europe. Si on voit bien que les Blacks ont un défi de taille devant eux, c’est aussi aux franchises en Super Rugby de faire ce travail de renouvellement. Et la jeunesse des nouveaux squads en Super Rugby le montre bien : le rugby néo-zélandais est au cœur d’un tournant majeur, qu’il ne faudra louper à tout prix. C’est tout le paradoxe, alors que la Nouvelle-Zélande célèbre encore son triomphe, les regards sont braqués sur le futur et sur l’urgence de trouver des successeurs à cette génération McCaw. C’est étonnant et difficile, mais telle est la dure loi du professionnalisme.

L’équipe type probable après le mondial (en attendant de nouvelles pépites)

1. Wyatt Crockett – 2. Dane Coles – 3. Owen Franks – 4. Brodie Retallick – 5. Sam Whitelock – 6. Jerome Kaino – 7. Sam Cane – 8. Kieran Read (cap.) – 9. Aaron Smith – 10. Aaron Cruden – 11. Julian Savea – 12. Sony Bill Williams – 13. Malakai Fekitoa – 14. Nehe Milner-Skudder – 15. Ben Smith.

Author: Antoine

Dépressif pendant plusieurs années. A sombré non pas dans la drogue, mais dans le Top 14 de longs vendredis soir, notamment à travers les prestations d’une équipe jouant en blanc et rouge (ou ciel et blanc je sais pas trop ; ah, on me souffle dans l’oreillette que c’est pareil de toute façon) dirigée par un type au nom d’effaceur et qui a toujours fait des chemises trop chères pour moi. Tout semblait perdu, je n’étais plus que l’ombre de moi-même, rêvant parfois d’un « David Marty Tribute » sur Youtube. Et un beau jour, mon adolescence de pré-Directioner fut sauvée de justesse par le rugby, le vrai, celui d’en bas (pas d’Agen hein). Richie, Bismarck et Quade sont devenus mes héros, le Super Rugby mon fantasme. P.S : tente de temps à autres de pondre des papiers sur un blog constitué d’un futur chauve étant grand admiratif de Sony Bill Williams et d’un stagiaire argentin alcoolique souvent habillé en poncho.

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