Les Lions – La surprise Sud Africaine?

Quand on pense au rugby en Afrique du Sud, hormis les Springboks bien sûr, on ne pense que rarement aux Lions, la franchise de Johannesburg. Ils sont pourtant premiers de leur poule devant les Sharks et les Jaguares et occupent actuellement la 3e place du classement général. Mais chez Sud Rugby, en particulier auprès de Mathias et moi même, on aime bien ces Lions et certains de leurs joueurs, discrets mais pourtant excellents. Il est vrai que le staff précédent des Boks n’a pioché que sporadiquement dans le squad du coach Johan Ackermann ne permettant pas aux cadres de l’équipe d’obtenir la renommée qu’ils méritent. Quelle est sa recette du succès à Jo’burg?

Warren Whiteley Jaco Kriel Lions Super Rugby

Le capitaine Warren Whiteley et Jaco Kriel, deux des leaders et joueurs clés des Lions

Les Lions, une franchise dans la bonne direction

L'Ellis Park et plus loin Johannesburg CBD

L’Ellis Park et plus loin Johannesburg CBD

Johannesburg, petite bourgade de 5 millions d’habitants avec sa banlieue, semble plus attirée par le soccer et ses deux géants locaux Kaizer Chiefs et Orlando Pirates que ses rivales Pretoria, Cape Town ou Durban. Mais les high school locales s’améliorent comme le prouvent les 3 finales de Craven Week en 5 ans et côté universitaire, la University of Johannesburg s’est inclinée en demi finale de la Varsity Cup alors que la University of the Witwatersrand aka “Wits” vient d’y gagner sa promotion. La base, la formation, semble donc sur de bons rails.

Les Lions existent en Super Rugby depuis 2006 et la scission des Cats entre Cheetahs et Lions. Seulement les résultats n’ont jamais été au rendez vous, le meilleur classement étant une 12e place en 2007 jusqu’à une 15e place en 2012 sous la direction du Néo Zélandais John Mitchell. Et malheureusement cette dernière place est mal tombée, permettant ainsi à la fédération Sud Africaine d’offrir la licence “Super Rugby” des Lions aux Southern Kings pour des raisons politiquement correctes, place qui serait remise en jeu à la fin du tournoi 2013 lors d’un match de barrage. En réussissant à conserver leurs meilleurs joueurs (prêtés pour la plupart) et après un purgatoire de six mois et une série de matchs amicaux assez éclectiques, les Lions désormais coachés par Johan Ackermann récupèrent leur bien. Il est vrai que leur succès en Vodacom Cup 2013 était de bonne augure. La stratégie mise en place par le président Kevin de Klerk et le CEO Rudolf Straeuli (sélectionneur en 2002-03) est en marche.

Johan Ackermann Swys de Bruin Golden Lions

Johan Ackermann et Swys de Bruin, excellent duo de coachs pour les Lions

Après le départ de Coca Cola suite à la perte de la licence Super Rugby, Emirates apporte son soutien dès leur retour début 2014. Un bol d’air financier important pour continuer la stratégie de la province et surtout conserver ses meilleurs joueurs et espoirs. Si le résultat en SR reste moyen avec une 12e place, les places de finalistes en Vodacom Cup puis en Currie Cup laissent entrevoir des progrès certains et surtout le talent d’un coach auréolé du titre de meilleur entraîneur Sud Africain de l’année.

Après une entame difficile, les Lions se reprennent et atteignent la 8e place du Super Rugby 2015 avec quelques beaux succès d’estime. Premiers aux points en Vodacom Cup mais défaits en demies finales face à leurs voisins des Pumas, ils remportent la Currie Cup 2015 face à la Western Province à l’Ellis Park. A la clé, un titre de meilleur équipe Sud Africaine de l’année, de meilleur joueur élu par ses paires pour Jaco Kriel et un second titre de meilleur entraîneur pour Ackermann! De quoi attaquer 2016 sur de bons rails et probablement l’avenir, tout le staff technique (le sorcier Swys de Bruin, JP Ferreira et Ivan van Rooyen) ayant prolongé jusqu’à fin 2018. De même Joey Mongalo, entraîneur des -19 ans vient d’intégrer le staff de Dawie Theron auprès des Baby Boks, une belle reconnaissance. Mais quid des joueurs?

Un collectif homogène qui travaille dans la continuité

Elton Jantjies Springboks NTT Lions

L’ouvreur Elton Jantjies s’est relancé au Japon et est indispensable aux Lions.

La tendance qui marque les franchises Sud Africaines depuis ces dernières saisons est le turnover, mais pas celui sur le terrain, celui au sein des pages transferts des magazines rugby. Cependant les Lions semblent épargnés, peu de cadres ayant quitté Jo’burg depuis quelques années mis à part le seconde ligne Franco van der Merwe fin 2014 pour l’Ulster ou l’arrière Jaco Taute pour les Stormers en 2013. Des départs vites compensés grâce au formidable réservoir que constituent les équipes jeunes des Golden Lions. Les espoirs restent désormais à Jo’burg contrairement aux années précédentes où les Bryan Habana, Willem Alberts, Jaque Fourie voire Jean Deysel partaient dans d’autres franchises dès le début de leur carrière pro.

Les Lions ont également bénéficié de continuité pour travailler ensemble tant Heyneke Meyer n’a fait appel à eux que sporadiquement au cours de son mandat en cas de blessures de ses habituels Boks. Aucun joueur du squad n’était d’ailleurs présent en Angleterre pour la dernièe Coupe du Monde. La mise en place de la transformation au sein des Springboks devrait toutefois bénéficier à Elton Jantjies ou Lionel Mapoe par exemple, deux rugbyman méritant d’ores et déjà leur place. Pour conserver ses tauliers qui, faute d’intérêt international, pourraient succomber aux sirènes des clubs Européens, les Lions profitent de la nouvelle mode du double contrat entre l’Afrique du Sud et le Japon. Après une saison de Super Rugby, les joueurs partent au pays du soleil levant pour participer à la Top League. Elton Jantjies a été le premier à lancer le mouvement en 2014 avant d’être imité par Andries Ferreira, Warwick Tecklenburg et Lionel Mapoe l’an passé. Après le tournoi en cours, ce sont (pour le moment) Warren Whiteley, Jaco Kriel et Ross Cronjé qui viendront grossir les rangs des expats en pays nippon.

Rohan janse van Rensburg Ruan Ackermann Super Rugby Lions

Rohan Janse van Rensburg et Ruan Ackermann, deux espoirs très prometteurs

Ces joueurs sont remplacés pendant la Currie Cup par des jeunes qui gagnent ainsi du temps de jeu et peuvent s’acclimater au plus haut niveau. On le voit d’ailleurs cette saison avec l’éclosion de Ruan Ackermann (fils de), Cyle Brink, Malcolm Marx, Dylan Smith, Rohan Janse van Rensburg ou Jaco van der Walt. La continuité de l’effectif alliée à la profondeur de banc qui s’améliore grâce aux succès de la formation semblent être les clés du succès des Lions. Cependant le projet de Johan Ackermann pourrait être mis à mal suite à la promotion de son fils Ruan en équipe première, promotion qui selon la rumeur n’aurait pas été appréciée par plusieurs jeunes joueurs du backrow (Brink, Eramus, de Wit etc…) qui auraient été déçus de cette forme de népotisme et chercheraient une porte de sortie. Pour le moment les performances du fiston sur le terrain semblent toutefois aller dans le sens du père.

Enfin les Lions ont également étendu leur réseau d’influence dans les régions voisines du Mpumalanga et du North West grâce à une alliance avec les Pumas et les Leopards, deux provinces bien organisées et ne bénéficiant pas d’équipe en Super Rugby. Plusieurs joueurs comme Faf de Klerk, Corné Fourie, Akker van der Merwe, MB Lusaseni ou Robert Kruger ont ainsi rejoint la capitale en profitant des échanges inter-provinces. S’ils ne sont pas exclusifs (les Pumas Vincent Koch ou Renaldo Bothma évoluent dans d’autres franchises), il serait bon de capitaliser sur ces deux équipes dont les résultats sont supérieurs à ceux de l’Eastern Province depuis plusieurs saisons. Les Pumas ont par exemple remporté la Vodacom Cup 2015 et les NWU Pukke (université liée aux Leopards) vient de remporte la Varisty Cup après deux défaites en finale.

En recevant ce week-end les Stormers à l’Ellis Park, les Lions auront l’occasion de confirmer leur bonne forme face au leader de la poule Sud Africaine globale (Stormers et Lions sont respectivement premiers des poules 1 et 2). Les hommes de Johan Ackermann ont réalisé deux superbes performances en allant s’imposer à Hamilton face aux Chiefs ainsi qu’à Durban chez les Sharks et se sont inclinés à domicile de peu contre les Crusaders. Leur parcours en Super Rugby 2016 est pour le moment très propre et leur calendrier avec uniquement 3 déplacements en 9 rencontres à leur avantage. Alors les Lions, équipe surprise du tournoi 2016? Début de réponse samedi soir!

Author: Adrien

Bien évidemment pour parler rugby du sud, il faut aimer ce sport et aimer écrire! Après un an à Sydney où j’ai chaussé les crampons pour le Mosman Rugby Club aux côtés d’australiens, d’européens, de kiwis, de sud afs, d’islanders et même de zimbabwéens ou de japonais, le retour en France a été difficile avec une presse spécialisée qui préfère parler de la signature du pilier de La Voulte à Lourdes plutôt que du Super Rugby ou des autres compétitions passionnantes de l’hémisphère sud ! Alors pour éviter que Christian Jeanpierre ou Mathieu Lartot vous présentent comme “nouvelle star de l’hémisphère sud” le joueur qui cartonne en bas depuis 3 saisons, j’ai décidé de créer Sud Rugby en 2009 dans le but de proposer une information pertinente, crédible et régulière.

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