Focus sur l’attaque des Chiefs

Le Super Rugby reprend ses droits ce vendredi avec comme match de reprise le choc Crusaders-Chiefs, à Suva aux Fidji. L’occasion de se pencher de près sur l’attaque des Chiefs, un des faits marquants de cette première partie de saison. Entre soutien, initiative personnelle et vitesse, le système offensif de la franchise n’est pas sans rappeler celui de leurs aînés All Blacks.

De gauche à droite, Seta Tamanivalu, Damian McKenzie, Aaron Cruden. Crédits : zimbio.com

De gauche à droite, Seta Tamanivalu, Damian McKenzie, Aaron Cruden. Crédits : zimbio.com

The Dead Ball AreaSudrugby vous propose ici une traduction d’un excellent article réalisé par le blog anglophone The Dead Ball Area, paru un peu plus tôt, à la suite de la rencontre Chiefs-Brumbies (48-23). The Dead Ball Area partage avec Sudrugby le souci de l’analyse technique et la volonté d’éclairer le rugby de façon pédagogue. D’ailleurs, l’article suivant fait écho dans la forme et dans le fond à celui sur l’attaque des All Blacks d’il y a deux semaines. TDBA s’est notamment fait connaître par des vidéos d’analyse tactique sous la forme de « palettes », en partenariat avec le blog australien Green & Gold Rugby ou avec Rugbydump. Les droits du texte qui suit sont donc réservés au blog.

Vous retrouvez les essais du match dans la vidéo ci dessous

Si quelqu’un a encore un doute sur les prétentions des Chiefs au titre, la manière avec laquelle ils ont dominé les Brumbies devrait mettre tout le monde d’accord. Comme nous le savons, la défense alliée à une attaque intelligente et entreprenante est le socle sur lequel les équipes programment leurs victoires du championnat. C’est aussi la marque de fabrique des Brumbies. Derrière les Stormers (56) et les Sharks (71), la défense des Brumbies était l’une des plus intraitables dans le tournoi avec seulement 88 points concédés en 5 matchs. Ils tournaient autour de 90 plaquages réussis, pour en manquer un tous les 15 plaquages et concédant en moyenne seulement deux essais par match. Contraste saisissant, les Chiefs ont atteint la barre des 200 points en 5 matchs, pour une moyenne de 5.6 essais avec en contrepartie 117 points encaissés, dans des rencontres très rythmées et assez débridées. Typiquement, ils ont surclassé leurs adversaires. Contre les Brumbies, les équipes devaient marquer 1 essai tous les 7.6 plaquages manqués et tous les 8.75 franchissements. Les Chiefs par contre étaient tellement efficaces, marquant 1 essai tous les 3.1 franchissements (ils en ont faits 19).

Comment est-ce arrivé ? La première chose à observer sont les stats de défense des Brumbies:

Chiefs 1

Essais encaissés en moyenne : 2/match

Lors du choc Chiefs-Brumbies, les Aussies ont réalisé 73 plaquages – bien en dessous de leur moyenne de saison – mais pour un total de 22 loupés (donc quasiment 30% de l’ensemble des plaquages). C’est 7 plaquages loupés de plus que leur moyenne de saison et un taux de plaquages loupés également bien au-dessus. Très clairement, les Chiefs ont exploité les erreurs de défense des Brumbies ou plutôt les ont forcés à commettre des fautes.

En réalité, ils n’ont quasiment pas eu besoin de les utiliser. Greg Martin de Fox sports dit que pour battre les Chiefs il fallait attaquer les rucks. Pourquoi ? Car ils possèdent le taux de libération le plus rapide de la compétition et le plus élevé, autour de 94% de rucks réussis. Pour autant, les Chiefs ne marquent pas tant d’essais en accumulant les temps de jeu, mais plutôt juste en ayant le ballon en main, tout simplement.

Pour illustrer ceci, regardez comment les essais contre les Brumbies se produisent.

14’– Pulu
Les Chiefs suivent un coup de pied, récupéré dans le camp des Brumbies. Contre et essai des Chiefs. Aucun plaquage manqué, 1 phase de jeu.

29’ – Lowe
Toomua loupe une touche sur une pénalité. Les Chiefs renvoient le coup de pied, Toua loupe encore la touche, les Chiefs contrent, les Brumbies volent le ballon et loupent de nouveau la touche. Les Chiefs contrent et marquent en deux phases. 5 plaquages manqués, 3 phases de jeu.

40’ – Sanders
Les Chiefs contrent sur le coup d’envoi. 3 plaquages manqués, 2 phases de jeu (dont le coup d’envoi).

65’ – Lowe
Attaque en première main sur une mêlée. Transversale de Cruden. Aucun plaquage manqué, aucune phase de jeu.

67’ – Weber
Coup de pied à suivre de Lowe depuis les 22m. 3 plaquages manqués, 2 phases.

80’ – McKenzie
Attaque depuis une mêlée, phases de jeu répétées puis essai. 1 plaquage manqué, 6 phases de jeu.

James Lowe balle échappe à David Pocock

James Lowe balle échappe à David Pocock

Ainsi :
– tous les essais contre les Brumbies ont été marqués en moins de 6 phases.
– en plus, 3 des 6 essais viennent directement d’une contre-attaque.
– c’est au-dessus des 2/3 tiers de la moyenne de plaquages manqués des Brumbies. Ces plaquages loupés aboutissent le plus souvent à du jeu débridé puis à des essais.
– au total les Chiefs ont marqué 6 essais sur un total de 13 phases.

Ce dernier point est très intéressant. 6 essais en 13 phases, dont 6 de ces phases ont été utilisées sur le dernier essai de McKenzie. Ça laisse 5 essais en seulement 7 phases. Ainsi, quand on parle de saisir sa chance, de scorer et d’être efficace en contre-attaque, les Chiefs en donnent un parfait exemple. Pour aller plus loin dans l’illustration de l’efficacité des Chiefs, un chiffre met tout le monde d’accord : les joueurs d’Hamilton ont contre-attaqué 14 fois, en convertissant 4 en essais. 3 de leurs contres se sont transformés en turnovers pour les Brumbies. A l’inverse, les Brumbies ont contre-attaqué 9 fois pour aucun essai marqué.

Les Chiefs sont souvent qualifiés comme l’une des équipes les plus intelligentes, dans leur compréhension du jeu, comme par exemple leur faculté à investir les rucks pour dynamiser le jeu. Rennie et cie comprennent que la façon de battre une défense est tout simplement de ne pas la laisser défendre, d’où la raison d’intensifier les contre-attaques. Les Chiefs empruntent à la marque de fabrique des All Blacks mais quasiment en faisant mieux, avec un focus sur la technique individuelle, une capacité exceptionnelle à conclure les actions et une condition physique collective formidable. Ceci leur permet pas seulement de jouer un match de 80 minutes sur un haut tempo, mais aussi d’être encore frais et lucide pour marquer quand l’occasion se présente, à tout moment. En étant patient et en attaquant les Brumbies quand ils n’avaient pas d’organisation défensive en place sur des contres, la notion de « structure » en défense n’existait pas. Les skills des joueurs et l’efficacité dans la conclusion contre des défenseurs isolés a fait la différence par la suite, sur des situations de un-contre-un ou de deux-contre-un.

Bien sûr, il n’y a rien de compliqué à savoir que les Chiefs adorent contre-attaquer, mais les statistiques du match contre les Brumbies montrent à quel point ils savent être efficaces et propres lorsque qu’une opportunité se présente. Beaucoup d’équipes regarderont le match avec une attention particulière, pour voir comment les Brumbies ont essayé de gérer le jeu débridé et les contres assassins des Chiefs. Il sera intéressant de voir les prochaines semaines comment les Australiens ont pu apprendre de leurs erreurs et ré-ajusté leur propre défense.

Author: Antoine

Dépressif pendant plusieurs années. A sombré non pas dans la drogue, mais dans le Top 14 de longs vendredis soir, notamment à travers les prestations d’une équipe jouant en blanc et rouge (ou ciel et blanc je sais pas trop ; ah, on me souffle dans l’oreillette que c’est pareil de toute façon) dirigée par un type au nom d’effaceur et qui a toujours fait des chemises trop chères pour moi. Tout semblait perdu, je n’étais plus que l’ombre de moi-même, rêvant parfois d’un « David Marty Tribute » sur Youtube. Et un beau jour, mon adolescence de pré-Directioner fut sauvée de justesse par le rugby, le vrai, celui d’en bas (pas d’Agen hein). Richie, Bismarck et Quade sont devenus mes héros, le Super Rugby mon fantasme. P.S : tente de temps à autres de pondre des papiers sur un blog constitué d’un futur chauve étant grand admiratif de Sony Bill Williams et d’un stagiaire argentin alcoolique souvent habillé en poncho.

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