Comment gagner une demi-finale de Super Rugby ? – Analyse d’Hurricanes – Chiefs

Même en Super Rugby, il y a des phases finales à gagner et cela débouche sur des matchs à forte tension, comme dans l’hémisphère Nord. Pour autant, être dans le dernier carré ne signifie pas fermer son jeu et se reposer sur la botte du buteur, comme c’est souvent le cas sur le vieux continent. Pour gagner une demi de Super Rugby, il faut faire comme d’habitude : jouer, prendre des initiatives et surtout être juste techniquement. Et Chris Boyd et ses Hurricanes l’ont compris.

Beauden Barrett Hurricanes

Beauden Barrett, homme du match. Il donne un essai et en marque un.

A première vue, la victoire nette des Hurricanes face aux Chiefs (25-9) a tout d’un coup de chance voire d’un miracle. Dominés, pénalisés, privés du ballon, les Hurricanes ont été sauvés par la finition calamiteuse des Chiefs devant l’en-but. Les Chiefs ont effectivement vendangé un nombre incroyable d’actions par des fautes de mains et de choix. L’action avec l’en-avant de Weber est symptomatique du déchet des Chiefs, très inhabituel, tant la franchise d’Hamilton a épaté cette saison par son niveau d’exécution et ses skills. Mais pour autant, on ne peut pas faire des Hurricanes de mauvais gagnants. L’équipe de Chris Boyd est sans doute la meilleure équipe de ce championnat, favorite avant la finale remportée face aux Lions et qui reste sur une série exceptionnelle, autour de joueurs brillants.

Comment expliquer ainsi la victoire des Hurricanes, alors même que les Chiefs ont possédé à hauteur de 62% le ballon et sont restés 64% du temps dans le camp adverse ? Ce paradoxe en apparence compte finalement parmi les règles les plus installées du rugby moderne : celui qui gagne n’est généralement plus celui qui possède le plus le ballon. Pour comprendre ce « paradoxe », il faut regarder dans le détail les essais des Hurricanes. Car gagner, c’est avant tout marquer plus que l’adversaire. Avec un score de 3 essais à 0, les Chiefs n’ont jamais existé sur le papier.

1er essai – Willis Halaholo – 6‘ (lien Youtube)

Le premier essai est le plus intéressant à analyser car il est représentatif du rugby moderne. Au départ les Chiefs ont une occasion d’essai. Les temps de jeu s’enchaînent bien et Kerr-Barlow profite du mauvais repositionnement des avants des Canes pour s’infiltrer dans un intervalle.

Hurricanes Chiefs

Avec McKenzie en soutien idéalement placé, l’action peut très bien mener à l’essai, par une off-load dans le tempo de Kerr-Barlow. La vitesse de McKenzie aurait fait le reste. Mais grâce à l’excellente défense de Perenara, Kerr-Barlow relâche son ballon. Avantage Hurricanes.

3

Le premier geste décisif intervient ici. Au lieu se coucher sur le ballon plus facilement, le talonneur Ricky Riccitelli prend les informations autour de lui et regarde tout de suite vers l’extérieur, vers des 3/4 en couverture. Il s’agit ici du geste juste, Riccitelli adresse une bonne passe à Barrett et le ballon prend ensuite une nouvelle vie. En un choix technique d’une demie seconde, ce qui n’était qu’un ballon mort devient un ballon d’attaque. Choix technique réalisé il faut le souligner par un première ligne et qui-plus-est par le troisième choix au talon chez les Hurricanes derrière Coles et Matu’u. La suite est l’œuvre de Barrett.

Hurricanes Chiefs

On voit bien sur la vidéo la détermination directe de Barrett à jouer le turnover. Là-aussi, le joueur prend les informations. La défense des Chiefs est bien montée en défense inversée et visiblement compliquée à déborder, d’autant plus que les attaquants Hurricanes sont mal placés, loin, pas en profondeur donc sans vitesse. En deux secondes, Barrett a fait le choix d’exploiter l’espace derrière la défense des Chiefs, laissé à cause de la montée rapide en ligne. Le coup de pied à suivre est la solution. C’est le deuxième geste juste.

Hurricanes Chiefs

Barrett avait vu juste : aucun Chief ne récupère le ballon de volée. Lui a bien suivi le ballon et grâce à il est vrai à un rebond parfait, récupère le ballon. L’image ci-dessus est assez classique. Avec des soutiens trop lointains, Barrett va instinctivement vers l’espace en essayant de contourner le dernier défenseur James Lowe, grâce à sa vitesse. Jusque-là, on peut penser que Barrett va conclure l’action tout seul.

Hurricanes Chiefs

Le n°10 garde la lucidité après 70m de sprint de prendre les informations et de voir que McNicol va le reprendre (au passage par un plaquage exceptionnel, je vous invite à regarder sa course au ralenti pour voir d’où il vient). Barrett verra ensuite deux soutiens arriver : Savea et Halaholo (hors-champ).

Hurricanes Chiefs

Le reste est formidable : tout en étant plaqué au sol à pleine vitesse, Barrett réussit à adresser une passe au sol parfaite à Halaholo. Et comme il avait pris l’information avant, il sait qu’il a ce soutien sur sa droite, ce qui lui permet de lui donner sans même regarder. C’est le troisième geste technique décisif. Ça fera essai, Lowe est pris à contre-pied total sur l’appui d’Halaholo. Cette action montre déjà que Barrett est un joueur unique – une fois de plus. Surtout, on voit bien que les skills sont pour beaucoup une prise d’information en amont et une lucidité dans l’effort. L’adresse technique et la vitesse de Barrett ne font donc pas tout, elles cachent la réflexion instantanée du joueur. On pourrait donc dire qu’un geste juste, c’est un geste pensé en amont ; la prise de décision se fera instantanément. L’action – à ce stade de la compétition – restera dans les annales.

2ème essai – Beauden Barrett – 34’ (lien Youtube)

Le deuxième essai est une interception, donc moins impressionnante. Mais en même temps, l’interception est le premier des turnovers. Une interception récompense bien l’effort de la défense – un effort de pression et de lecture de l’adversaire – et met en exergue les faiblesses de placement et de timing des attaquants. D’autant plus que l’action qui suit est une attaque en première main, à la suite d’une touche. C’est en principe le moment d’une possession où l’interception est rare, les défenseurs étant à 10m derrière les sauteurs en touche. Ceci met ainsi en exergue le travail en défense et la faiblesse de l’attaque.

Hurricanes Chiefs

Au départ, Kerr-Barlow cherche à jouer avec ses avants pour un premier temps de jeu. On voit souvent cette phase de jeu sur un alignement réduit en touche. Cela permet de créer un point de fixation et d’attaquer la zone du n°10 avec des avants lourds. Parfois, on attend un jeu en pivot pour des 3/4 en profondeur avec quelques avants en leurre afin d’aspirer la défense. Cette technique fonctionne bien et est récurrente, en première main ou non. Sur l’image, Cane est bien positionné et doit attaquer la ligne d’avantage marquée par les sauteurs et l’arbitre.

Hurricanes Chiefs

Les ennuis commencent après. Sam Cane n’est pas le meilleur passeur du rugby néo-zélandais, il effectue une passe assez flottante en direction de Lienert-Brown que l’on voit tendre les bras sur l’action. La combinaison était donc préparée. En plus Cane ne met aucune incertitude dans sa passe, il regarde la direction, arme et passe. On sait ce qu’il va faire avant même qu’il le fasse et d’ailleurs il conserve trop longtemps le ballon en main. C’est déjà le premier problème. Le second est le nombre d’attaquants concentrés dans l’espace : on compte trois 3/4 sur à peine 10m. Ceci réduit pour Cane la possibilité d’effectuer une passe forte et rectiligne, McNicol pourrait la croire pour lui. Une bonne passe en pivot aurait été préférable, avec quelques joueurs en leurre justement à l’endroit des joueurs entourés en rouge, et bien plus en profondeur un Aaron Cruden pour animer. A la limite l’action aurait pu bien se passer. Mais c’était sans compter sur la lecture de jeu de Barrett, qui avant même que le ballon quitte les mains de Cane s’avance et sait qu’il peut être sur la trajectoire. Il n’était pas obligé de le faire : on voit qu’il est nettement en pointe par rapport à sa ligne de défense et qu’il cherche l’interception. Encore une fois, la prise de décision se fait instantanément. L’interception est imparable, la vitesse de l’ouvreur fait le reste. Essai.

3ème essai – Victor Vito – 47’ (lien Youtube)

Le troisième et dernier essai parait aussi simple. Mais encore une fois, il cache une très bonne lecture de jeu des attaquants et une mauvaise des défenseurs. C’est un exemple type d’attaque en première main efficace. Ici à 5m de la ligne en mêlée, l’action est un modèle de sortie de n°8.

Hurricanes Chiefs

L’action est prévue à l’avance : TJ Perenara se décale vers la droite et l’on peut croire à une 89, Vito lui fera la passe. C’est en réalité un leurre et Brad Weber – le n°9 vis-à-vis – s’engouffre pleinement dedans et est obnubilé par Perenara. Il veut défendre sur lui et cherche à contourner la mêlée de façon à être un de plus sur la ligne de défense. Il tombe dans le piège : on voit déjà sur l’image que Vito va chercher à attaquer l’intervalle laissé libre par Weber.

Hurricanes Chiefs

La puissance et l’explosivité de Vito font le reste. Brad Shields était encore en soutien. La défense de Taleni Seu en n°6 n’est pas suffisante, il aurait fallu Brad Weber qui manque, absorbé par Perenara. L’action montre la faute de défense majeure de Weber et la capacité des Canes à organiser une action et à alterner avec un jeu plus ouvert qui leur est plus caractéristique. Autre paramètre : Weber venait tout juste de rentrer sur cette mêlée, il est possible que Perenara ait rusé et surpris son adversaire, pas encore dans son match.

Conclusion : Avoir le ballon n’est pas gagner.

Si vous avez bien suivi le match ou l’analyse ci-dessus, quelque chose a dû vous marquer. On compte bien 3 essais inscrits côté Hurricanes, mais pour 0 phases de jeu et avec seulement 2 passes en cumulé. On considère ici que pour qu’il y ait « phase de jeu », il faut qu’il y ait un ruck, ce qui a eu lieu sur aucun des trois essais. Sans même passer au sol donc, les Canes ont mis hors d’état de nuire les Chiefs.

Mais cette statistique n’a rien d’un hasard. Elle prend place dans une logique bien plus large, propre à l’évolution du rugby moderne. Aujourd’hui, un nombre croissant d’essais – parfois majoritaire sur quelques matchs – sont marqués après un nombre très réduit de temps de jeu. Le ballon continue à circuler debout et un certain nombre de joueurs prennent des initiatives. On avait déjà pu le remarquer lors d’articles précédents sur les Chiefs et les All Blacks. Ceci forme ce qui semble être une des nouvelles règles du rugby actuel.

Mais l’analyse de la demi du Super Rugby nous amène un peu plus loin encore et l’on peut établir une nouvelle forme de « règle » : avoir le ballon et le garder n’est pas gagner pour autant. C’est en quelque sorte une version actualisée du fameux « dominer n’est pas gagner ». La rencontre Hurricanes-Chiefs en est la démonstration parfaite. Les Chiefs ont en effet eu une possession et une occupation bien supérieures à celles des Canes, à hauteur de 60%. En plus de mettre la main sur le ballon, les Chiefs ont entrepris : 155 passes (contre 85), 126 courses (contre 91) et 15 franchissements (contre 7) et souvent battu l’adversaire (23 plaquages manqués pour les Canes, autour de 20% de l’ensemble des plaquages). Autant dire qu’ils ont « dominé » l’opposition, par vagues successives de pression intenses.

Ces chiffres montrent bien qu’aujourd’hui, un match de rugby – et notamment une demi-finale de Super 18 – se gagne par une gestion des turnovers et sur des phases « directes » (attaque en première main, turnovers donc, interceptions, pénalités). A une heure où les défenses n’ont jamais été aussi organisées, les turnovers sont devenus les meilleurs ballons à jouer, car surprenant l’adversaire. La guerre de la possession a laissé place à une sorte de « guerre des turnovers ». Avant, ce qui comptait dans tout match de rugby étaient l’occupation et la possession du ballon, époque marquée par la figure de Wilkinson. Une possession et une occupation majoritaires par les chiffres sous-entendaient à coup sûr une victoire. Aujourd’hui, ce qui compte est de surprendre l’adversaire et de tromper les défenses. Obtenir des turnovers est essentiel – le rôle des gratteurs s’est amplifié – et la gestion de ces dits turnovers est devenu une sorte d’organisation et de gestuelle calibrées, où les joueurs doivent à tout prix être juste techniquement et faire la différence face à une défense désorganisée. Typiquement, c’est l’essai de Barrett : la première passe est excellente, la gestuelle et le soutien formidables après. L’exécution technique par un niveau de skills toujours plus poussé est devenue la priorité, devant la capacité à avoir le ballon. Et au jeu de ne pas concéder les turnovers, les Chiefs ont là aussi perdu, laissant 23 ballons aux Canes, frais à disposition. « On ne peut pas gagner un match avec 23 turnovers rendus. » a déclaré Michael Lynagh après le match, ancien ouvreur des Wallabies. Turnovers concédés, en grande partie à cause de la défense sans relâche des Hurricanes, qui lui doit pour beaucoup la victoire. Le chiffre possède quelque chose de fatal.

Alors certes, les Chiefs ont souffert d’un manque de finition incroyable et les Canes eux étaient en pleine réussite. Certains ont parlé de victoire opportuniste. C’est peut-être cruel mais c’est désormais le jeu : il faut être efficace dans son exécution technique. Tout nous pousse à croire que ces chiffres – vérifiés sur d’autres types de matchs – montrent une vraie tendance auquel il va falloir s’habituer. Le rugby néo-zélandais y est pionnier mais cela tend à s’imposer ailleurs. On pourra aussi se demander : à quoi bon garder le ballon si c’est pour perdre ? Il faut ici nuancer : un nombre important d’essais restent « classiques » dans l’âme, c’est-à-dire après des temps de jeu successifs qui mettent à mal l’adversaire. C’est d’ailleurs comme cela que dans l’autre demi-finale les Lions ont dominé les Highlanders, par une série de vagues répétées. Autour d’une charnière hyper organisée et précise, ils ont étouffé les Landers et les clairement pris de vitesse.

Pour finir, on peut donc dire que la façon de marquer des Hurricanes tend à devenir une constante, même si ce n’est pas non plus la manière exclusive de marquer. Mais la stat du « 3 essais, 0 phases » pousse à son paroxysme l’idée d’une gestion saine des turnovers et d’un réalisme froid. Il semble ainsi que le rugby moderne rentre désormais dans un nouveau type de jeu – pas forcément dégradant – où la justesse technique, le coup de génie de quelques joueurs, la précision des passes et la spontanéité sont devenus les maîtres-mots de ce sport.

Author: Antoine

Dépressif pendant plusieurs années. A sombré non pas dans la drogue, mais dans le Top 14 de longs vendredis soir, notamment à travers les prestations d’une équipe jouant en blanc et rouge (ou ciel et blanc je sais pas trop ; ah, on me souffle dans l’oreillette que c’est pareil de toute façon) dirigée par un type au nom d’effaceur et qui a toujours fait des chemises trop chères pour moi. Tout semblait perdu, je n’étais plus que l’ombre de moi-même, rêvant parfois d’un « David Marty Tribute » sur Youtube. Et un beau jour, mon adolescence de pré-Directioner fut sauvée de justesse par le rugby, le vrai, celui d’en bas (pas d’Agen hein). Richie, Bismarck et Quade sont devenus mes héros, le Super Rugby mon fantasme. P.S : tente de temps à autres de pondre des papiers sur un blog constitué d’un futur chauve étant grand admiratif de Sony Bill Williams et d’un stagiaire argentin alcoolique souvent habillé en poncho.

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2 comments
bcmdmarie
bcmdmarie

Personnellement j'ai toujours pensé que les stats de possession et d'occupation ne signifiaient pas grande chose. Une équipe peut buter sur la défense pendant 5 minutes, multiplier les temps de jeu et les passes, et avoir ainsi une possession de ouf, et ne pas conclure. A l'inverse, une équipe peut percer la défense adverse comme dans du beurre et marquer en ayant donc très peu le ballon. Les stats de franchissements et de défenseurs battus sont pour moi plus représentatifs du score. Encore que, le 15 de France a souvent des stats supérieures à l'adversaire ces derniers temps, et on ne peut pas dire que les résultats suivent.....


C'est un peu la même logique en football. L'Espagne a tout gagné en érigeant la possession comme principe, alors les autres ont essayé de les battre en rivalisant sur la possession. Sans succès puisqu'elle s'appuyait sur les qualités techniques imbattables des joueurs espagnols. Le sommet a été atteint lors du quart de finale de l'euro 2012, où la France a passé tout son match à chercher à contrecarrer l'Espagne uniquement sur la possession de balle, sans cherché à vaincre, et a perdu 2/0 au final.


Difficile donc de trouver un indicateur pertinent pour juger un match. Sans doute dépend-il d'une combinaison minutieuse de tous ces indicateurs (possession, occupation, balles perdues, conquetes, turnovers, franchissements etc....). Pareil pour la conquête. Avec en point d'orgue ici le Angleterre/Afrique du Sud du Mondial 2007 (le match de poule, pas la finale). Les anglais ont plus que rivalisé avec les sudafs tout le match en conquête, mais se sont fait écraser 36/0, et aucun indicateur existant alors n'expliquait un tel écart.


Il 'y a pas de bonne méthode pour marquer des essais, ni de meilleure méthode d'ailleurs (même si on peut noter un nombre d'essais de plus en plus important sur les ballons de récupération, synonymes de la contre-attaque en football). La meilleure méthode est au final de savoir marquer de toute les manières, et non pas de se reposer sur un point fort trop dominant qui rend les attaques trop prévisibles au final. Les blacks ont toujours dominé le rugby mondial, mais si ils le dominent encore davantage aujourd'hui, c'est bien parce qu'ils sont les plus polyvalents dans le genre. Le talonneur joue après contact, les ailiers vont en percussion, les deuxièmes lignes franchissent et décalent, l'arrière fonce dans le ruck, les piliers libèrent la balle en sortie de mélée etc.....Diversité des tâches induit forcément diversité des essais. Les blacks ne viennent pas de l'inventer mais ils sont les premiers à maîtriser cette polyvalence aussi bien.



Sinon rien à voir mais j'aimerai bien savoir ce que tu as pensé du premier tournoi olympique de rugby à 7, remporté par les Fidji.


Au niveau du jeu, j'ai tout simplement l'impression que le rugby à 7 est en quelque sorte une parcelle de rugby à 15. Il y a tout ce qui concerne le jeu, les intervaux, les passes etc.... mais la conquête et le jeu au pied sont clairement moins déterminants. Un peu comme si on faisait du rugby avec uniquement les arrières. D'ailleurs, tous les quinzistes présents à ce tournoi étaient des arrières (à l'exception du fidjien Nakarawa).


La France a été au niveau qui est le sien dans la hiérarchie mondiale. On peut noter quand même 2 belles victoires contre l'Australie. Au niveau des joueurs le capitaine Bourahoua m'a semblé un cran au dessus. J'aimerai bien savoir ce qu'il faudrait à 15. Par contre pas très emballé par Vakatawa. Je ne sais pas si les quinzistes recalés auraient apporté quelque chose.


Grosse déception en ce qui concerne la Nouvelle Zélande. Les défaites contre le Japon et la Grande Bretagne en poule, avec une qualification qui n'a tenu qu'à une transformation manquée des Etats Unis dans un autre groupe, avaient donné le ton. Bizarrement, la meilleure image qu'ont laissé les néo-zélandais, c'est la résistance qu'ils ont offert aux fidjiens en quarts. Ils sont les seuls à avoir fait douter les Fidji.

Pour Sonny Bill Williams, je suis choqué de toutes les critiques qu'il se prend après sa compétition. Il a tenté le coup, on ne peut pas lui reprocher, seuls ceux qui n'essaient rien ne ratent jamais rien. On dit qu'il a fait ça pour l'argent, mais on ne gagne pas d'argent aux Jeux Olympiques. Si c'était un mercenaire, il serait revenu à Toulon depuis longtemps, ou Boudjellal ne cesse de vouloir l'attirer sur la Rade. Après il s'est blessé, c'est dommage pour lui, surtout qu'il sera absent longtemps. Maintenant il n'y a pas de miracle, son échec était prévisible. Ce n'est pas un joueur de rugby à 7. Il est, quoi qu'on en dise, un super joueur de rugby à 15, tous les spécialistes du 15 sont forcés de le reconnaitre. Il a surtout des qualités atypiques. Et ces qualités, qui font de lui un excellent joueur de rugby à 15, ne sont pas les qualités requises au rugby à 7. Tout simplement.


Lors des tournois mondiaux les équipes britanniques sont morcelées de la même manière qu'au 15, avec l'Angleterre, le Pays de Galles, l’Ecosse et l'Irlande. Mais ici, CIO oblige, une seule équipe, celle de Grande Bretagne. Cette équipe était-elle la transposition de l'équipe d'Angleterre, ou bien une mosaïque des meilleurs joueurs britanniques, comme on trouve en 15 sous le nom des Lions Britanniques?

Il parait que le rugby à 7 permettait une internationalisation que le rugby à 15 n'offre pas, puisque moins universel. Or les équipes qui ont occupé le haut du panier à 7 sont les mêmes qu'au 15. Les autres, Espagne, Kenya, Colombie, Brésil etc.... n'étaient là que pour faire le nombre et se sont fait écraser.


Pour les Fidji, ils ont été fidèles au rendez-vous. Ils dominent le circuit à 7 depuis des années, ils ont surclassé ce tournoi olympique. Seule la Nouvelle Zélande en quart leur a posé des difficultés. La finale contre la Grande Bretagne était un massacre. Voir l'archipel des Fidji décrocher sa première médaille de l'histoire olympique était historique, mais en or, et de cette manière, avait quelque chose d'émouvant. Comme l'étaient leur joie et leurs rituels à la fin. Je ne cache pas que j'étais a fond pour eux dans cette finale, comme l'étaient le public, les journalistes et, je suppose, tous ceux qui n'étaient pas britanniques.

Mais je me demande si cette médiatisation nouvelle ne vas pas provoquer justement la chute des Fidji à plus ou moins long terme. Le circuit de rugby à 7 était assez confidentiel, même pour les suiveurs de rugby à 15. Maintenant qu'il y a une belle carotte à aller chercher, avec une médaille olympique, et le surplus de médiatisation qu'il y a avec, est-ce que l'Australie, la Nouvelle Zélande (mais aussi les européens, France et Grande Bretagne en tête) ne vont pas naturaliser en masse les meilleurs septistes fidjiens, comme cela se fait au 15? Et même sans cela, ne risque-t'on pas de voir un développement accéléré du rugby à 7 dans les grands pays, que les Fidji ne pourront jamais suivre faute de moyen? A voir. En tout cas cette édition a montré que le rugby avait bien sa place aux JO.

Antoine Sudrugby
Antoine Sudrugby

@bcmdmarie Tout d'abord, merci pour ce long commentaire documenté qui complète bien l'article :-)


Ce que tu dis sur la possession est juste et c'est tout l'objet de l'article : comprendre qu'avoir le ballon, même avancer et entreprendre avec, ce n'est pasforcément dominer et donc ce n'est pas gagné. Le rugby est plus fin et l'attaque est un panel technique et tactique beaucoup plus large, à commencer par l'utilisation des turnovers. Donc la possession veut bien dire quelque chose, elle a depuis quelque temps un nouveau sens, un sens au sein du rugby moderne. Je te reporte au prochain article sur les All Blacks (Revue technique #2) où je me penche dessus.


A propos du sevens, tu as sûrement raison. On ne peut pas dire que ce soit un autre sport mais pour autant, il y a plein de différences avec le XV, que tu as citées. C'est sans doute plus proche du XV que ne l'est le XIII, même au niveau du public, le XII est vraiment à part, surtout vu d'Europe. Les deux sports sont complémentaires : il y a certes des joueurs de 7 purs, mais ils ont forcément joué à un bon niveau en jeunes ou ont souvent une carrière peu médiatisée en XV à côté (regarde tous les joueurs des All Blacks Sevens dans les squads de Mitre 10 Cup). Même dans l'autre sens ça marche aussi, tout quinziste a goûté à un moment au 7.


Concernant l'équipe de Grande Bretagne, ça a avait plus l'allure d'une "équipe d'Angleterre améliorée" avec notamment le Gallois Davies et l'Ecossais Bennett (tous deux joueurs à XV d'ailleurs). A part ces deux là, uniquement des joueurs cadres anglais (Mitchell, Burgess, Norton, Bibby). Donc non, rien à voir avec les Lions, qui elle est plus diversifiée à priori (l'Irlande et le Pays de Galles ont un gros niveau aujourd'hui).


Et concernant les Fidji, je ne pense pas que ce dont tu parles se produise. Le 7 reste secondaire par rapport au XV, les sponsors, les clubs, les académies, les championnats, les "institutions" donc sont moins présentes et sont toutes des branches des organes du XV. Enfin je vois mal des nations, des clubs ramener des jeunes des Fidji, etc. et vider le vivier, prendre les meilleurs joueurs (comme c'est le cas au XV il faut le reconnaître). Après on est d'accord, il y a des joueurs d'origine étrangère dans d'autres équipes (ex : Vakatawa ; mais ici il est d'abord venu en France pour le XV, au Racing) mais je ne pense pas que ça va se systématiser. Et puis la différence c'est que les meilleurs Fidjiens ne jouent pas dans des gros clubs en Europe comme c'est le cas à XV. Ce sont des joueurs locaux, qui ont tellement d'estime et d'attache à leur maillot et à leur nation qu'il paraît aujourd'hui inenvisageable qu'il trahisse les leurs. Donc non ce n'est pas d’actualité mais un développement du 7 mondialement via des institutions dont je parlais, propres au sevens, pourrait entraîner ce débordement.

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