Les Kings, une si mauvaise idée ?

Cheeky Watson Southern Kings

Cheeky Watson, le principal problème des Kings pour progresser

Les Southern Kings ont fait leur retour en Super Rugby cette saison lors du passage de 15 à 18 franchises, retour après une unique participation soldée par un fiasco en 2013. Le ministère des sports et indirectement la fédération Sud Africaine ont en effet la volonté d’implanter une franchise durable au sein de l’Eastern Cape, la région pionnière du développement du rugby pour les “Black Africans” et les “Coloured” à l’époque de l’Apartheid. Crées en 2005, les Southern Spears (province hybride composée des Mighty Elephants, Border Bulldogs et SWD Eagles) devaient intégrer le Super 14 2007 à la place de la franchise la moins bien classée du tournoi 2006 et jouer ses rencontres au Boet Erasmus Stadium.  Après (déjà) des pressions des provinces historiques (WP, Sharks, Golden Lions, Blue Bulls et Free State) et (déjà) des graves problèmes économiques, la SARU a préféré enterrer le dossier pour mieux préparer la fondation des Southern Kings que nous connaissons actuellement et déjà dirigés par Cheeky Watson, un homme sans qui tout se passerait mieux à Port Elizabeth (nous y reviendrons plus tard). Avant de participer à leur premier Super 15, les Kings ont affronté les Lions Britanniques & Irlandais en 2009 et participé à la IRB Nations Cup 2011 avec des joueurs licenciés par les Eastern Province Kings, le nouveau nom des Mighty Elephants. Si les 3 provinces citées précédemment composaient le noyau dur de la franchise, la donne a changé depuis que la SARU en a pris le contrôle fin 2015 devant les menaces de faillite de l’organisation toujours gérée par Cheeky Watson. Les Border Bulldogs ont d’ailleurs rejoint depuis fin mai le giron des Blue Bulls. Malgré les nombreux problèmes, la SARU ne compte pas abandonner la franchise et, même si le politiquement correct tient une part importe du projet, développer le rugby dans l’Eastern Cape est loin d’être une si mauvaise idée!

Un gros réservoir de joueurs

Quatre “high schools” du périmètre de recrutement des Kings font partie du top 20 2016 du site rugby365.com. Une 5e se trouve en embuscade.

Les faibles performances des Kings ne plaident pas en leur faveur et peuvent laisser supposer que cette région n’est pas une terre de rugby. Mais en y regardant de plus près, on se rend compte que les problèmes économiques et l’absence d’infrastructures au sein des clubs amateurs sont les principales raisons de ces contre-performances plutôt que le pauvre réservoir. Le rugby Sud Africain chez les jeunes est lié au milieu scolaire, au sein des primary schools (équivalent du collège) puis des secondary schools (équivalent du lycée), Emilien vous en parlait d’ailleurs très bien dans son article paru l’an passé sur Sud Rugby. Les meilleurs de chaque établissement peuvent ensuite représenter la province où ils évoluent dans les catégories jeunes. La suite logique est d’intégrer la province au niveau pro et/ou des universités en Varsity Cup. Et au niveau des high school, la zone théorique des Kings (Eastern Cape et est du Western Cape) est plutôt bien représentée dans le classement national avec la présence de 4 établissements dans le Top 20, le Dale College (King Williams’s Town), le Selborne College (East London), la Grey High School (Port Elizabeth) et la Hoërskool Outeniqua (George) voire le Kingswood College (Grahamstown). Si aujourd’hui la présence garantie des Eastern Province Kings en première division de la Currie Cup ainsi que des NMMU Madibaz en Varsity Cup peut motiver les meilleurs jeunes à rester dans le giron des Kings, ce n’était pas le cas par le passé et ces joueurs ont fait le bonheur des autres franchises du pays. Le tableau ci dessous indique les principaux joueurs encore en activité mais partis pratiquer leur rugby sous d’autres cieux faute d’opportunités dans l’Eastern Cape.

Expats Kings

En 2013 Alan Solomons avait du piocher un peu partout en Afrique du Sud voire dans le monde (Virgile Lacombe, Tomas Leonardi, Nicolas Vergallo, Hadleigh Parkes, Daniel Adongo) pour essayer de monter une équipe compétitive. Cette saison Deon Davids a tout d’abord essayer de monter son groupe avec des joueurs locaux (Border et SWD Eagles) en plus de ceux déjà sous contrat (EP Kings) avant de s’ouvrir à des joueurs évoluant dans d’autres provinces. Après une première saison très difficile et seulement deux victoires, l’avenir pouvait s’avérer prometteur avec la présence de 6 joueurs de l’Eastern Province au sein des 28 sélectionnés pour le Mondial des -20 ans en Angleterre, quelque chose d’inimaginable ces dernières saisons. Cependant Jeremy Ward et Junior Pokomela, nommés respectivement capitaine et vice-capitaine des Baby Boks, ont déjà quitté Port Elizabeth pour les Sharks et les Cheetahs. Le demi de mêlée James Hall, aligné réguilièrement en Super Rugby, est aujourd’hui à Oyonnax même s’il est censé retourner en Afrique du Sud pour le tournoi 2017.

Jeremy Ward Junior Pokomela Southern Kings

Junior Pokomela (gauche) et Jeremy Ward (centre) forment avec Ernst van Rhyn (droite) le leadership group des Baby Boks 2016

La Currie Cup devait permettre de tester d’autres jeunes joueurs en vue de leur intégration au Super 18 l’année prochaine. Peine perdue, les soucis financiers ont eu raison de cette stratégie et l’entraîneur Barend Pieterse (adjoint de Deon Davis en SR) a du composer une équipe hétéroclite de joueurs amateurs ou n’entrant pas dans les plans des autres provinces. Déjà 14e sur 15 lors du tournoi qualificatif devant les modestes Namibiens des Welwitschias, l’Eastern Province a terminée à la dernière place de la Currie Cup Premier Division (où leur place est réservée) avec un modeste point au compteur. Certains joueurs ont toutefois marqué des points et se sont engagés avec les Kings pour le tournoi 2017 offrant un peu de continuité bienvenue à l’effectif. La situation sportive et financière ne motive cependant pas les meilleurs jeunes joueurs locaux à s’investir pour leur province, préférant ainsi tenter leur chance ailleurs comme le prometteur ouvreur Curwin Bosch qui a rejoint les Sharks en début d’année après avoir effectué toute sa scolarité à Port Elizabeth.

L’avenir

Après avoir annoncé son départ à plusieurs reprises, Cheeky Watson s’accroche à son fauteuil de président malgré le mécontentement des joueurs, des présidents des clubs de la région et de la fédération. Cependant le board de l’Eastern Province lui renouvelle sa confiance à chaque assemblée générale et la province est dans une impasse politique. Toujours auréolé de sa réputation de premier joueur blanc Sud Africain à avoir participé à des rencontres mixtes du temps de l’apartheid quand ces matchs étaient intedits, on oublie rapidement sa piètre qualité de gestionnaire et le fait qu’il fait du mal à son équipe et à ses joueurs aujourd’hui. Plusieurs anciens joueurs n’ont toujours pas été rémunérés pour leur travail en 2015 et ont claqué la porte avant le début du tournoi 2016 après pourtant 2 ans de préparation commune. Certains ont même été proche de prendre leur retraite comme SP Marais, finalement relancé par les Bulls.

Outre Pokomela, Ward et Hall, les Southern Kings ont également perdu Aidon Davis, Edgar Marutlulle, Tom Botha, Steven Sykes, Shane Gates et Jurgen Visser, des joueurs cadres de la saison dernière. Et pour rebâtir une équipe, quelques joueurs libres venant d’ailleurs ont d’ores et déjà été signé. Mais une nouvelle fois, hormis CJ Velleman ou Thembelani Bholi, la formation de qualité de l’Eastern Province ne sera que peu présente au sein de ce groupe, mettant en avant une nouvelle fois ce gros problème de continuité.

Le Nelson Mandela Bay Stadium de Port Elizabeth, une enceinte ultra moderne

Le Nelson Mandela Bay Stadium de Port Elizabeth, une enceinte ultra moderne

Pourtant avec le Nelson Mandela Bay Stadium, une infrastructure de très haut niveau héritée de la Coupe du Monde 2010, une bonne université, la Nelson Mandela Metropolitan University où l’équipe de rugby, les Madibaz, participe à la Varsity Cup, tout semble en place pour retenir les jeunes dans la région et leur offrir un avenir aussi bien professionnel que rugbystique. La balle reste cependant dans le camp de la fédération qui doit aider les Kings à se structurer et à maintenir une solvabilité correcte. La saison 2017 s’annonçant aussi délicate que 2016, et alors que la SANZAAR prépare une refonte du tournoi au calendrier décrié, il est vital que les choses s’améliorent très vite à Port Elizabeth sous peine de voir un beau projet, légitime sportivement et socialement, rayé de la carte.

Author: Adrien

Bien évidemment pour parler rugby du sud, il faut aimer ce sport et aimer écrire! Après un an à Sydney où j’ai chaussé les crampons pour le Mosman Rugby Club aux côtés d’australiens, d’européens, de kiwis, de sud afs, d’islanders et même de zimbabwéens ou de japonais, le retour en France a été difficile avec une presse spécialisée qui préfère parler de la signature du pilier de La Voulte à Lourdes plutôt que du Super Rugby ou des autres compétitions passionnantes de l’hémisphère sud ! Alors pour éviter que Christian Jeanpierre ou Mathieu Lartot vous présentent comme “nouvelle star de l’hémisphère sud” le joueur qui cartonne en bas depuis 3 saisons, j’ai décidé de créer Sud Rugby en 2009 dans le but de proposer une information pertinente, crédible et régulière.

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