Quel est le problème du Super Rugby ?

Alors que les matchs vont reprendre le 23 février prochain, le Super Rugby est en pleine tourmente. La SANZAAR défend comme elle peut son modèle et doit se justifier sans arrêt de ses choix faits ces dernières années. On lui reproche down under l’extension à 18 équipes, un format trop compliqué, une logique de sport business ou encore des différences de niveau énormes entre les conférences… Le Super Rugby serait-il encore la compétition reine de l’hémisphère Sud ?

Super Rugby

GAGRSud Rugby vous propose ici une traduction d’un article publié sur Green and Gold Rugby par Nick Wasiliev. Synthétique et bien fourni, l’article permet depuis notre France de nous rendre compte des nombreuses critiques que les pays de l’hémisphère Sud peuvent faire, notamment en Australie. Site de référence du rugby à XV australien, Green and Gold Rugby offre de longs formats détaillés sur les rencontres du Super Rugby, du NRC, des catégories jeunes et des championnats amateurs en Australie, ainsi que des analyses très poussées sur les matchs des Wallabies. Une recommandation Sudrugby!

Le Super Rugby est clairement dans l’embarras et l’année 2016 l’a montré. L’audimat était bas, l’affluence dans les stades également et beaucoup ont l’impression que la compétition a perdu de sa superbe. Beaucoup de fans et d’observateurs sont déçus, appelant à réduire le nombre d’équipes, à changer le système des conférences et on voit aujourd’hui beaucoup de critiques à l’égard de la SANZAAR, l’accusant d’être plus intéressée par l’argent que par le jeu.

Mais soyons clairs: on peut à la limite comprendre pourquoi la SANZAAR fait cela en ce moment. Les équipes de l’hémisphère Nord sortent les chéquiers et ont émergé ces dernières années comme un challenger, recrutant de nombreux joueurs d’Australie, de Nouvelle-Zélande, d’Afrique du Sud, d’Argentine et des Iles du Pacifique. Les joueurs sont facilement tentés par l’aventure de jouer dans les championnats du Nord, avec la promesse d’un salaire supérieur. Bien que je me demande personnellement si de tels transferts permettent aux Nations du Nord de faire émerger leurs propres talents, du point de vue de la SANZAAR, la seule solution logique est d’étendre l’offre télévisuelle et les droits TV pour contrer cette dynamique.

Mais l’extension à 18 équipes l’an dernier a complètement écarté certains du championnat. Le Super  Rugby a été l’une des plus excitantes compétitions dans le monde mais s’il y a des changements en 2018 (comme annoncés par la SANZAAR), ceux-ci devront être faits proprement pour être sûr  d’enlever ces côtés négatifs tout en gardant les points positifs. Quelles sont donc les problèmes majeurs que rencontre le Super Rugby aujourd’hui ?

Le système actuel plus confus que jamais

Bon dieu, quel chantier qu’est ce format actuel! Aujourd’hui, le Super Rugby est divisé en deux groupes (Afrique et Australasie), avec deux conférences dans chaque. Les quatre meilleures équipes de chaque conférence sont qualifiées avec trois wild-cards pour le groupe Australasie et un pour le groupe Afrique. Ces huit équipes jouent les playoffs par la suite, comme on a pu le voir l’an dernier.

Donc pour mettre ça en perspective, on a besoin de sept classements pour s’y retrouver. Non seulement c’est compliqué mais c’est aussi injuste. Les Brumbies, meilleure équipe australienne l’an dernier dans une conférence clairement sous-performante, a fini 4ème avec 43 points et a joué un quart de final à domicile contre la meilleure équipe wild-card, les Highlanders, qui ont fini deuxième d’une grosse conférence néo-zélandaise avec 52 points. C’était un désavantage énorme pour les Highlanders qui, malgré leur saison largement au-dessus, ont du encore voyager à l’extérieur durant toutes les playoffs. Et ce désavantage coûte potentiellement à une bonne équipe sa place en finale.

Ce n’est pas tout, dans le système actuel, une conférence sud-africaine ne joue pas les équipes néo-zélandaises, qui sont sans aucun doute les meilleures franchises. Ça signifie donc qu’il est plus facile pour les équipes sud-africaines d’accéder aux playoffs, surtout en comparaison avec leurs collèges australiens qui eux doivent jouer les Kiwis toute l’année. En plus de ça, cela ne bénéficie même pas aux Néo-Zeds qui même s’ils sont performants conservent un chemin très compliqué vers la finale. Ils doivent voyager pour affronter des équipes qui ont fini derrière eux… Pour résumer, c’est du grand n’importe quoi.

Les nouvelles équipes

La grande raison de ce nouveau système est surtout due à l’intégration de trois équipes : les Kings, les Jaguares et les Sunwolves. J’ai adoré voir les Pumas intégrer le Rugby Championship et malgré la saison décevante des Jaguares l’an dernier (13ème au classement) c’est incompréhensible de penser qu’ils ne seront pas meilleurs cette année. Et au final, pour une équipe qui réalise sa première saison, finir 13ème sur 18 n’est pas forcément un mauvais résultat. En comparaison des équipes comme les Kings, la Force, les Rebels ou même les Crusaders ont toutes fini dernière dans leur première saisons respectives.

Pourtant, je ne suis pas très confiant pour les autres équipes. Les Kings (17ème) et les Sunwolves (18ème) ont été affligeants. C’était clair que ces équipes étaient en-dessous, luttant même contre les équipes les plus faibles des groupes sud-africains et de la conférence australienne. D’autant plus que les Sunwolves vont jouer les équipes néo-zélandaises…

La confusion règne, sur et en dehors du terrain. Crédits : Keith McInnes

La confusion règne, sur et en dehors du terrain. Crédits : Keith McInnes

Les déplacements

En parlant des Sunwolves, le nombre d’heure de voyages passé l’an dernier était incroyable. Cette année, ils vont s’infliger 100 000 km de déplacement et passer 11 semaines en hôtel. Même le coach des Waratahs Daryl Gibson n’était pas effrayé d’admettre que le tournoi méritait une réorganisation : « Ces pauvres gars. Soit ils sont en train de prendre l’avion, soit ils sont sur le terrain dans des matchs de haute intensité… ».

Les déplacements peuvent avoir un impact énorme sur les joueurs, surtout pour des équipes comme les Sunwolves ou les Jaguares qui luttent déjà pour être compétitifs. Quand les Sunwolves doivent jouer un « match de conférence » contre une équipe sud-africaine à l’autre bout du globe, le déplacement les place dans un désavantage quasi insurmontable. Mais ce n’est pas comme si ce n’avait pas été un problème par le passé, comme pour une équipe comme la Western Force. Ce qui nous mène au prochain point…

Les problèmes avec l’Afrique du Sud

Un autre motif pour le remaniement du format est lié aux problèmes avec l’Afrique du Sud. Dans le passé, quand le Super Rugby avait un système à trois conférences, les déplacements ont souvent été un obstacle pour les équipes sud-africaines. Mais pas seulement, la politique a aussi commencé à affecter la qualité du jeu dans le pays. Ainsi, depuis 2011, les franchises sud-africaines ont participé à la finale seulement deux fois, perdant à chaque fois. En comparaison, les équipes kiwis ont gagné le trophée quatre fois et les Aussies deux fois.

Maintenant, avec la mutation du format, l’inverse s’est produit. Aujourd’hui, une conférence sud-africaine ne joue pas contre les meilleures équipes du championnat (en Nouvelle-Zélande), ce qui veut dire que ces équipes sont effectivement avantagées pour jouer les phases finales par rapport aux autres conférences, comme on le disait déjà plu haut. Mais c’est clairement à leur détriment de ne pas jouer les meilleurs. L’année dernière, les Stormers qui ont fini premiers de la première conférence Afrique ont joué les Chiefs en quart de finale, leur première équipe néo-zed de l’année. Et ils ont perdu 21-60. Même leur coach, Robbie Fleck, a dit après le match que de ne pas jouer les meilleurs handicapait son équipe… Ça ne permet pas aux Stormers de correctement préparer les équipes en forme que sont les franchises kiwis. Donc au final, le format actuel n’avantage pas les Sud-Africains non plus !

En clair, personne ne bénéficie réellement du format actuel. Confus, tordu, difficile à gérer, il part dans tous les sens. Comment faire pour changer ce format ? La SANZAAR doit y travailler sérieusement en ce moment…

Author: Antoine

Dépressif pendant plusieurs années. A sombré non pas dans la drogue, mais dans le Top 14 de longs vendredis soir, notamment à travers les prestations d’une équipe jouant en blanc et rouge (ou ciel et blanc je sais pas trop ; ah, on me souffle dans l’oreillette que c’est pareil de toute façon) dirigée par un type au nom d’effaceur et qui a toujours fait des chemises trop chères pour moi. Tout semblait perdu, je n’étais plus que l’ombre de moi-même, rêvant parfois d’un « David Marty Tribute » sur Youtube. Et un beau jour, mon adolescence de pré-Directioner fut sauvée de justesse par le rugby, le vrai, celui d’en bas (pas d’Agen hein). Richie, Bismarck et Quade sont devenus mes héros, le Super Rugby mon fantasme. P.S : tente de temps à autres de pondre des papiers sur un blog constitué d’un futur chauve étant grand admiratif de Sony Bill Williams et d’un stagiaire argentin alcoolique souvent habillé en poncho.

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2 comments
Njivatahiry
Njivatahiry

Merci beaucoup pour ces explications et analyses.

bcmdmarie
bcmdmarie

Une solution pourrait être de s'inspirer de ce que font les USA dans leurs sports entre les conférences Est et Ouest : les équipes de l'Est jouent majoritairement entre elles et moitié moins contre celles de l'Ouest (toujours mieux que pas du tout).

Adapté au Super Rugby, la zone Afrique jouerait 2/3 de ces matches entre elles et 1/3 contre la zone Australasie (et réciproquement). Par exemple, les provinces sudafs commenceraient par jouer entre elles leur phase aller, puis partiraient en long stage de quelques semaine en Océanie jouer à l'extérieur des provinces australiennes et néo-zed (pas toutes car impossible niveau calendrier) ainsi que soit les jaguares, soit les sunwolves, et finiraient enfin par jouer leur phase retour en afsud.

Pareil pour les jaguares et sunwolves, 1/4 de matches chez eux, puis stage en afrique du sud pour 1/4 des matches, puis à nouveau 1/4 des réceptions et enfin un stage en océanie pour le dernier 1/4. Il y aurait ainsi de longues séries de matches à domicile puis à l'extérieur, mais c'est mieux que d'innombrables aller-retours, l'objectif étant de limiter au mieux les déplacements.

De toute évidence il faudrait un expert logistique pour mettre au point le calendrier d'une compétition qui se joue désormais sur tellement d'endroits dans le monde.