Springboks : Un tri nations à oublier

Une seule petite victoire à l’arrachée, pour cinq défaites dont trois assez sévères, voici le bilan très médiocre des Springboks, champions du monde en titre, pourtant sortant d’une saison 2009 pleine avec un Tri Nations et une victoire sur les Lions britanniques. Malgré un Super 14 2010 dominé par les Bulls et les Stormers, la baisse de régime connue par les Boks lors de leur tournée d’automne 2009 aurait du mettre la puce à l’oreille de Peter De Villiers. Malheureusement ce dernier, entêté dans des choix tactiques et stratégiques plus que hasardeux, a nivelé par le bas le niveau des Sudafs que l’on sait bien plus élevé que cela. Sauf miracle, sa tête devrait sauter compte tenu des mauvais résultats mais également de ses déclarations plus que limites sur l’arbitrage et “l’affaire” Bees Roux. Le bilan de l’Afrique du Sud dans ce tournoi n’est certes pas flatteur mais tout n’est pas à jeter et il existe de nombreuses raisons d’être optimistes pour le futur de la sélection. Petit compte rendu en mode SWOT analysis.

– Strenghts – Bonnes performances et révélations

Francois Hougaard

Peu de révélations malgré les quelques nouveaux joueurs lancés cet été. Si Gio Aplon semble avoir marqué les esprits de nombreux observateurs, il ne m’impressionne que légèrement et reste trop prévisible. Il peut toutefois être un bon remplaçant mais ne me semble pas avoir le niveau d’un titulaire Bok en puissance. Un seul nouveau a crevé l’écran, François Hougaard. Cantonné à un rôle d’ailier ou de demi de mêlée remplaçant chez les Bulls, il a su profiter de la blessure de Fourie du Preez et du niveau de jeu médiocre de Ricky Januarie et Ruan Pienaar pour s’imposer comme le remplaçant idéal de Du Preez à la mêlée. Le titre d’homme du match lui a été décerné après le magnifique come back des Springboks face aux Wallabies au Loftus Versfeld de Pretoria.

Gurthro Steenkamp

Quelques joueurs ont cependant tenu leur rang et ont évolué au niveau que l’on attendait d’eux. En premier lieu Gurthro Steenkamp, pilier des Bulls, qui avait perdu sa place les années passées au profit de Beast Mtawarira. Il a profité des soucis administratifs et de la baisse du niveau de jeu du Zimbabwéen pour s’imposer avec les Boks après son excellente saison avec l’équipe de Prétoria. Epargné par les blessures, il a retrouvé une très bonne tenue en mêlée et est beaucoup plus mobile dans le jeu. La seule satisfaction de la première ligne sudaf. Morné Steyn a également tenu son rang, étant toujours très efficace dans son jeu au pied mais également dans l’animation offensive quand il en a eu l’opportunité. Difficile cependant d’être performant dans la continuité quand les centres et le demi de mêlée changent en permanence. Enfin Juan Smith, absent en début de tournoi pour des raisons familiales, a fait un retour fracassant et a montré qu’il est toujours le leader intelligent du pack saffie. Il n’a cependant pas réussi à élever le niveau de jeu global de la troisième ligne.

– Weaknesses – Déceptions et pétards mouillés

Francois Louw

L’an passé un petit nouveau nommé Heinrich Brussow avait été lancé avec un succès tel qu’il a bousculé la hiérarchie établie de la troisième ligne sud africaine. Gravement blessé lors du Super 14, il n’a pas eu l’opportunité de confirmer tout le bien que l’on pense de lui. Peter de Villiers a donc pioché à Cape Town après la bonne saison des Stormers, celui qui devait être son successeur, Francois Louw. Un bel échec, ce dernier, bien que costaud, n’ayant jamais réussi à se hisser au niveau de jeu requis en compétition internationale. Il n’a pas réussi à faire oublier les deux flankers des Cheetahs absents en début de tournoi. Idem en deuxième ligne où, compte tenu de la suspension de Bakkies Botha et de la blessure d’Andries Bekker, une place restait à prendre aux côtés de Victor Matfield. Flip van der Merwe, troisième seconde ligne dans la hiérarchie des Bulls, a eu l’opportunité de jouer des rencontres mais n’a malheureusement pas convaincu. Le polyvalent Danie Roussow a donc du dépanner faute de mieux.

John Smit

Mais c’est essentiellement au niveau des cadres qu’il faut regarder de plus près, en premier lieu les vieillissants. Deux légendes Springbok ont dépassé les cent sélections, mais si Victor Matfield semble toujours au niveau, John Smit donne de gros signes d’épuisement. Déjà décrié quand il était utilisé en pilier droit l’an passé, c’est désormais à son poste naturel qu’il ne fait plus l’unanimité. Ses qualités de leader sont également discutées, les sud africains n’ayant jamais réussi à se relever de leurs contre performances. Un choix difficile va devoir être pris au sujet de l’avenir du talonneur des Sharks. Bryan Habana est également un des joueurs dont les performances ont été les plus critiquées, au même titre que Pierre Spies. Références mondiales à leurs postes respectifs, ils ne se sont que trop rarement montrés dignes de leur niveau. Cependant personne ne semble en mesure de contester leur place actuellement, Gio Aplon et Ryan Kankowski n’étant pas non plus extraordinaires. Une remise en question s’impose donc pour ces deux cadres des Boks. Rickie Januarie, très décevant et plus titulaire avec les Stormers ne devrait plus très souvent représenter son pays tout comme Ruan Pienaar, en partance pour Belfast après une saison très décevante avec les Sharks. Zane Kirchner a une nouvelle fois confirmé qu’il n’était pas un arrière capable de détrôner un Francois Steyn pourtant en méforme.

– Opportunities – Les absents n’ont pas forcément toujours tort

Bismarck Du Plessis

Australien et Sud Africains ont, hormis avoir été maitrisés par les All Blacks, un autre point commun, le nombre de blessés dans leurs groupes de sélectionnables. Quand dans le cas sudaf, il s’agit de son maître à jouer, la tâche est encore plus ardue. Le retour de Fourie Du Preez est donc plus qu’attendu même si Francois Hougaard offre de belles certitudes à son poste. Du Preez était cependant présent dans le squad sudafricain pour conseiller son suppléant chez les Bulls. Pendant ce temps là à Durban, deux joueurs se refont une santé et pourraient être des atouts clés de la première ligne Bok dans leur tentative de grand chelem en terres british cet automne. Bismarck Du Plessis semble retrouver son meilleur niveau et devrait, si la logique sportive est respectée, pousser John Smit sur le banc voire le côté droit de la mêlée. Bien que Steenkamp ait marqué les esprits et s’il retrouve son poids de forme, Beast Mtawarira pourrait booster la concurrence au poste de pilier gauche. Malgré sa grave blessure, on espère toujours qu’Heinrich Brussow sera prêt l’an prochain et complètement rétabli. Opéré une seconde fois au cours du mois d’août, certains pessimistes estiment que sa carrière est d’ores et déjà brisée, ce que je ne crois pas, il reviendra pour le Super 15 2011. Andries Bekker devrait lui être de retour pour la tournée d’automne et aura ainsi l’opportunité de confirmer au niveau international son titre de meilleur joueur du Super 14 2010.

Duane Vermeulen

Le futur proche des Sud Africains passe aussi par des joueurs n’ayant jamais eu l’honneur d’être sélectionnés, le réservoir national étant pléthorique et de qualité. On pense notamment aux troisièmes lignes Duane Vermeulen (Stormers) et Jean Deysel (Sharks), aux ailiers Gerhard Van den Heever (Bulls) et Lionel Mapoe (Cheetahs), au demi de mêlée Dewaldt Duvenhage (Stormers) ainsi qu’à l’ouvreur-arrière des Sharks Patrick Lambie qui ont tous un coup à jouer si leurs performances en Currie Cup sont de même qualités que celles en Super 14.

– Threats – Les menaces qui planent sur le futur des Boks

Peter De Villiers

Et oui même en cas d’échec cuisant, les lendemains ne sont pas forcément roses, Laurent Blanc en sait quelque chose. La fédération Sud Africaine devrait également se méfier des menaces pouvant encore plus noircir le bilan 2010 de la sélection nationale. Oregan Hoskins aura t’il le courage de licencier Peter De Villiers? Rien n’est moins sur compte tenu de l’impact que pourrait avoir cette décision. En effet comment accepter que le choix très politique d’installer le premier entraîneur noir aux commandes des Springboks soit un échec? L’image des Springboks étant déjà fortement associée à la minorité blanche du pays, cette décision pourrait être mal interprétée. Car bien que ce soit le niveau de De Villiers ainsi que ses déclarations insipides, déplacées voire clownesques qui sont critiquées, et comme l’ont rappelé de nombreux journalistes ou bloggeurs sud-africains, un coach blanc aurait été saqué pour moins que ça, comme ce fut le cas avec Nick Mallett pour de simples critiques concernant le prix des billets. La menace d’un maintien de Peter De Villiers plane donc sur les Boks.

Bakkies Botha

Bien que les Saffies possèdent de nombreux joueurs de qualités à certains poste, un est sujet à de nombreuses interrogations, le pilier droit. John Smit n’a jamais fait l’unanimité quand il a déserté le talonnage et Jannie Du Plessis n’est pas non plus une référence internationale au poste. Il semble également difficile de tenter l’expérience Steenkamp ou Mtawarira à droite alors que la coupe du monde aura lieue dans moins d’un an (bien que cela ait rapidement fonctionné pour Ben Alexander avec les Wallabies). BJ Botha pourrait tenir la corde mais il évolue en Europe, toujours un problème pour les sélections de l’hémisphère sud préférant garder un œil sur leurs joueurs en les conservant au pays. C’est le cas de CJ Van der Linde, pourtant très en deçà de son niveau supposé depuis son retour en Afrique du Sud. Enfin un homme qui aura crée la controverse au cours de cette saison décidément pourrie pour lui, Bakkies Botha. D’abord blessé puis suspendu en Super 14, il est une nouvelle fois suspendu avec les Springboks pour neuf semaines après un coup de boule sur Jimmy Cowan. Est-il dépassé physiquement et n’a plus que la violence pour se rattraper ou voulait-il en faire trop pour son retour? Il sera vraisemblablement présent lors de la tournée d’automne et devra se racheter une conduite. Les Boks ne peuvent pas se permettre le risque d’avoir un chien fou sur le terrain.

Author: Adrien

Bien évidemment pour parler rugby du sud, il faut aimer ce sport et aimer écrire! Après un an à Sydney où j’ai chaussé les crampons pour le Mosman Rugby Club aux côtés d’australiens, d’européens, de kiwis, de sud afs, d’islanders et même de zimbabwéens ou de japonais, le retour en France a été difficile avec une presse spécialisée qui préfère parler de la signature du pilier de La Voulte à Lourdes plutôt que du Super Rugby ou des autres compétitions passionnantes de l’hémisphère sud ! Alors pour éviter que Christian Jeanpierre ou Mathieu Lartot vous présentent comme “nouvelle star de l’hémisphère sud” le joueur qui cartonne en bas depuis 3 saisons, j’ai décidé de créer Sud Rugby en 2009 dans le but de proposer une information pertinente, crédible et régulière.

Share This Post On
0 comments