Wallabies – Une embellie prometteuse

Après l’Afrique du sud la semaine passée, vous avez droit aujourd’hui à un focus sur le deuxième des Tri Nations, les Wallabies. Après des années de souffrances devant notre télévision en assistant au pauvre spectacle proposé par les Australiens des Eddie Jones et John Connolly, le plan concocté par Robbie Deans pour relancer les doubles champions du monde commence à porter ses fruits. Bien entendu tout n’est pas rose, il est inexplicable qu’une équipe se fasse remonter au score de la sorte trois semaines consécutives. Mais les Australiens sont tout de même sur la pente ascendante avec pourtant encore beaucoup de joueurs encore à l’infirmerie. Le meilleur reste à venir, mais en attendant petit compte rendu en mode SWOT analysis.

Strenghts – Bonnes performances et révélations

David Pocock

On craignait une baisse de niveau suite à la retraite internationale de George Smith. Il n’en fut rien, David Pocock étant la grande révélation de ce Tri Nations 2010, toutes nations confondues. On connaissait déjà le potentiel incroyable du zimbabwéen de naissance aperçu lors de ses précédentes sélections tout comme avec la Western Force. Les Wallabies ont pu compter sur sa présence sur l’ensemble du terrain, sur ses qualités de gratteur et de récupérateur et sur sa générosité en terme de placages. A 22 ans sa marge de progression est encore énorme. Autre confirmation, la charnière des Reds Will Genia / Quade Cooper a confirmé tout le bien que l’on pensait d’elle. Malgré la suspension de Cooper et les rumeurs concernant son départ vers le rugby league, la doublette vaut bien mieux que celle des Waratahs et correspond bien plus en terme d’animation offensive au jeu que Robbie Deans souhaite mettre en place.

Kurtley Beale

Une révélation qui me fait personnellement plaisir, l’explosion de Kurtley Beale au poste d’arrière. Délesté de quelques kilos, plus entreprenant offensivement et plus vif, il s’impose à ce poste et le déloger semble désormais très difficile. Chris Hickey semble vouloir également l’utiliser à ce poste avec les Waratahs, il aura donc l’occasion de prendre plus ses marques en 15. Si l’on rajoute son énorme coup de pied, il peut être un sérieux asset pour la future coupe du monde. James O’Connor s’est lui imposé à un nouveau poste, l’aile. Plutôt utilisé en second centre, arrière voire ouvreur avec sa province et les Wallabies, il a su s’imposer avec brio comme ailier lorsque Beale a posé l’ancre derrière. Idem pour Adam Ashley Cooper que je voyais depuis longtemps comme un 13 et qui a démontré de grandes qualités défensives, sauf sur le test match contre les Boks à Pretoria où il est passé au travers. Enfin le taulier Nathan Sharpe, de retour après une saison handicapée par les blessures, a montré qu’il était toujours le patron de la touche australienne, et que son expérience et son abattage était indispensable aux avants Wallabies. Titularisé à seulement deux reprises en tant que numéro 8, Ben McCalman a montré de bonnes choses et devrait être revu cet automne lors de la tournée européenne.

– Weaknesses – Déceptions et pétards mouillés

Saia Faingaa

Un problème semble perdurer pour Robbie Deans, la mêlée! Si l’an passé on avait pu constater un léger renouveau avec Benn Robinson et Ben Alexander, la blessure de ce dernier ainsi que des deux principaux talonneurs a sérieusement redistribué les cartes devant. Saia Faingaa a assuré l’intérim au talon mais sans convaincre avant de se faire remplacer par Stephen Moore plus expérimenté mais toujours pas exceptionnel. Salesi Ma’afu a montré ses limites en pilier droit, souvent remplacé par le tout jeune James Slipper qui apprends et devrait être titulaire avec les Reds la saison prochaine. Benn Robinson n’est pas non plus une référence mondiale au poste mais il tient la baraque. Ce n’est par contre toujours pas le cas de Dean Mumm, Mark Chisholm et Richard Brown dans le pack d’avants, incapables de se hausser aux exigences du niveau international et qui ne seront jamais mieux que des remplaçants. Malheureusement Robbie Deans s’est entêté à titulariser Brown ce qui a couté de nombreux points à son équipe. Chisholm n’a lui rien montré de plus que Dean Mumm quand il l’a poussé sur le banc.

Matt Giteau

Matt Giteau est également pointé du doigt par la presse australienne qui le considère comme le maillon faible des arrières australiens. Si ses qualités au pied son discutables, on peut toutefois trouver ces critiques un peu dur. Certes, alors qu’il est constamment baladé entre 10 et 12 en club comme en sélection, il met beaucoup de temps à s’imposer à son nouveau poste mais il reste un grand joueur capable de débloquer une situation sur une inspiration. A lui de hausser son niveau de jeu pour ne pas être sacrifié au profit d’un Anthony Faingaa qui n’a pourtant pas non plus crevé l’écran. Enfin, les Wallabies ont surtout été stigmatisés pour avoir été rejoint au score lors de leurs trois dernières rencontres après avoir largement mené. Kurtley Beale grâce à son coup de pied dantesque a permis aux Australiens d’éviter une nouvelle énorme humiliation. Mais le constat est que les hommes de Rocky Elsom ne savent pas tenir un match. Est-ce un problème mental où est-ce du à la qualité du banc de touche? Robbie Deans doit en tout cas améliorer son turnover pour donner plus de temps de jeu à des joueurs qui renforceraient ainsi le banc.

– Opportunities – Les absents n’ont pas forcément toujours tort

Tatafu Polota-Nau

Tout comme les Springboks, les Wallabies ont eu à déplorer un grand nombre de blessés lors du Super 14 ou des matchs amicaux du mois de juin. Devant, les retours de Tatafu Polota-Nau et Ben Alexander devraient améliorer la tenue en mêlée fermée de la première ligne et apporter plus de mobilité. En seconde ligne, James Horwill a manqué aux Australiens comme au Reds. Celui qui avait su remplacer Nathan Sharpe avec succès l’an passé n’a pas pu lui être associé. Il se rétablit pour être prêt pour le début du Super 15 l’an prochain. Si Ben McCalman a marqué quelques points en 8 lors des deux dernières rencontres, Richard Brown a lui été catastrophique. La bonne nouvelle pour Robbie Deans est le rétablissement de Wycliff Palu dont la puissance a énormément manqué lors du Tri Nations comme pendant la fin de saison des Waratahs. Enfin derrière, Rob Horne avait gagné sa place avant sa grave blessure et l’épanouissement d’Ashley Cooper en 13. Digby Ioane enchaine lui une saisie pourrie, blessé en Super 14 puis plus gravement alors qu’il jouait avec son frère. Les places se font désormais rares pour lui derrière mais il a le talent qu’il faut pour concurrencer O’Connor, Mitchell voire Ashley Cooper. Comme expliqué précédemment, certains postes devant restent à pourvoir, sur le terrain comme sur le banc.

Dan Vickerman

Robbie Deans a du pousser un ouf de soulagement en apprenant le retour en Australie de Dan Vickerman après son expérience anglaise avec Northampton et l’université de Cambridge. Ce retour est un risque pour le sud africain d’origine, l’expérience de Chris Jack avec les All Blacks et les Crusaders ayant montré qu’il n’était pas si facile de revenir au haut niveau. Mais la perspective de revoir le duo Sharpe Vickerman est plutôt alléchante. Dean Mumm et Mark Chisholm n’étant pas convaincants, Robbie Deans pourrait être tenté de donner plus de temps de jeu aux jeunes Kane Douglas et Rob Simmons qui ont montré de bonnes dispositions dans le Super 14. En troisième ligne, un hypothétique retour de Phil Waugh pourrait apporter de l’expérience sur le banc australien, primordiale pour tenir physiquement en fin de rencontre. Malheureusement le jeunisme prôné par Deans pourrait sonner le glas de la carrière internationale du capitaine des Waratahs. Scott Higginbotham devrait, sauf en cas de nouvelle blessure de dernière minute, être sélectionné cet automne pour la première fois. Ses coéquipiers Leroy Houston et Rob Davies, respectivement 8 et 15 des Reds sont les grosses côtes du moment.

– Threats – Les menaces qui planent sur le futur des Wallabies

Rocky Elsom

Le capitanat de Rocky Elsom n’est pas encore ouvertement décrié mais ses habilités de leader et de meneur d’homme sont de plus en plus remises en cause. Les Wallabies ont besoin d’un leader charismatique pour réguler leurs performances et réagir comme lors des trois dernières rencontres et Elsom n’est pour moi pas l’homme de la situation. Will Genia et Nathan Sharpe semblent les mieux adaptés au rôle mais rien ne laisse présager une destitution du flanker des Brumbies. Le jeunisme de Robbie Deans doit également être maitrisé, les absences d’Al Baxter et Phil Waugh ayant certainement pénalisé les débuts australiens cette saison. Il faut certes préparer l’avenir, mais les Anglais ont été champions du monde en faisant jouer les meilleurs du moment. Deans devrait s’en inspirer car à un an de la coupe du monde, l’Australie doit aussi compter sur ses cadres. Cependant un bémol, Robbie Deans compterait encore sur Stirling Mortlock. J’espère qu’il s’agit d’une boutade du technicien kiwi, le néo joueur des Melbourne Rebels n’ayant rien montré depuis deux saisons.

Richard Graham

Il manque un buteur régulier aux Wallabies, et malgré ses échecs, Matt Giteau a été confirmé dans ce rôle. Bien que Braam van Straten ait été nommé pour encadrer les buteurs australiens, un doute plane sur la capacité mentale de Giteau d’assumer ce rôle. Kurtley Beale, James O’Connor voire Quade Cooper peuvent lui succéder mais ne sont pas non plus des buteurs réguliers. Robbie Deans doit vraiment trouver une solution rapide à ce sujet pour ne plus perdre bêtement des points “faciles” comme c’est le cas depuis plusieurs saisons. Enfin deux éléments externes pourraient troubler la quiétude Aussie. Richard Graham, assistant de Robbie Deans spécialiste des arrières, de la défense et des skills a quitté ses fonctions pour devenir manager de la Western Force après la démission soudaine de John Mitchell. Le coach néo zélandais doit désormais se trouver un nouvel adjoint qui pourra pérenniser le travail entamé par Graham. David Nucifora pourrait tenir la corde. Enfin le rugby league prends sa revanche et fait miroiter des sommes folles à certains joueurs qui pourraient être déconcentrés. Le dernier en date, Quade Cooper.

Author: Adrien

Bien évidemment pour parler rugby du sud, il faut aimer ce sport et aimer écrire! Après un an à Sydney où j’ai chaussé les crampons pour le Mosman Rugby Club aux côtés d’australiens, d’européens, de kiwis, de sud afs, d’islanders et même de zimbabwéens ou de japonais, le retour en France a été difficile avec une presse spécialisée qui préfère parler de la signature du pilier de La Voulte à Lourdes plutôt que du Super Rugby ou des autres compétitions passionnantes de l’hémisphère sud ! Alors pour éviter que Christian Jeanpierre ou Mathieu Lartot vous présentent comme “nouvelle star de l’hémisphère sud” le joueur qui cartonne en bas depuis 3 saisons, j’ai décidé de créer Sud Rugby en 2009 dans le but de proposer une information pertinente, crédible et régulière.

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